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Le recul de la banquise rend désormais envisageable l'ouverture permanente du port de Churchill pour exporter du gaz naturel liquéfié (GNL). Une perspective prometteuse, mais qui suscite de vives inquiétudes quant à ses conséquences sur la faune et le tourisme local.
Selon une série d’études commandées par Arctic Gateway Group, propriétaire des installations portuaires, la diminution de la glace de mer permettrait désormais d'assurer une navigation continue dans la baie d'Hudson sans devoir recourir aux brise-glaces les plus onéreux.
Pour le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, ces données renforcent l'ambition de transformer l'unique port arctique en eau profonde relié au rail canadien en plaque tournante pour le gaz naturel liquéfié (GNL).
Ce projet d'agrandissement, qui nécessiterait un terminal méthanier extracôtier estimé entre 70 et 80 milliards de dollars, fera l'objet d'une présentation auprès d'investisseurs à Toronto en septembre. M. Kinew soutient que le GNL ne présente pas le même niveau de risque que le pétrole et écarte l'hypothèse d'une forte opposition locale ou autochtone.
Le dilemme entre relance portuaire et écotourisme
Sur place, les avis sont partagés. Dave Daley, de l'entreprise touristique Wapusk Adventures, estime qu'une activité à l'année freinerait le déclin démographique et offrirait des débouchés à la jeunesse, mais s'inquiète pour la biodiversité.
Beaucoup de gens se demandent si cela va perturber les aires de mise bas des phoques, ou si cela va déranger les ours polaires sur la banquise, affirme-t-il.
Nous avons bâti à Churchill une industrie touristique reconnue mondialement comme l'un des endroits les plus extraordinaires de la planète à visiter. Donc… les gens sont enthousiastes, mais d'autres y sont opposés.
Pour Jeremy Allen, voyagiste chez Lazy Bear Expeditions, concilier ces deux mondes relève du défi de taille.
D'après mon expérience, bien souvent, lorsque les grands navires accostent, les baleines ont tendance à déserter les lieux pour la journée. Mais c'est une réalité avec laquelle nous devrons composer. Il y a beaucoup de gens ici qui ont grandi avec le port et non avec le tourisme, et qui disent qu'ils préféreraient avoir le port plutôt que le tourisme, souligne-t-il.
Joe Stover, ancien employé du port reconverti dans le tourisme après l'arrêt des opérations par Omnitrax en 2016, plaide quant à lui pour une diversification pragmatique.
Personne ne souhaite évidemment que les changements climatiques aient toutes les répercussions que nous constatons actuellement. Mais en attendant, devant cette réalité, il faut saisir l'occasion qui se présente… de façon responsable, bien entendu, soutient-il.

Des bélugas font surface dans la rivière Churchill, au large de Churchill (Manitoba), en juillet 2018. Des craintes subsistent quant au fait qu’une augmentation du trafic maritime autour du port de Churchill pourrait perturber la population de bélugas dans la région. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / John Woods
La mise en garde des scientifiques
Face à cet enthousiasme économique, la communauté scientifique appelle à la plus grande prudence. Ryan Brook, professeur à l’Université de la Saskatchewan, rappelle la vulnérabilité extrême de l'écosystème local, où le moindre accident industriel serait catastrophique.
Le GNL est différent du pétrole… mais il comporte ses propres impacts et risques. Tout transport maritime et tout développement industriel s'accompagneront de risques très réels. Et je pense que nous ne pouvons pas simplement fermer les yeux là-dessus, explique-t-il.
Un constat partagé par Kristin Westdal, spécialiste des mammifères marins et vice-présidente scientifique de l’organisme de conservation Oceans North, qui qualifie le transport à l'année de projet extrêmement spéculatif.
Nous en sommes encore à l'étape des idées — des projets très lointains. Je pense que nous devons d'abord revenir à l'essentiel : déterminer ce que nous voulons faire de cet environnement et comment le protéger, soutient Kristin Westdal.
À ces interrogations écologiques s'ajoutent des contraintes logistiques : les études indiquent en effet que les méthaniers capables de naviguer dans les glaces pourraient ne pas réussir à manœuvrer dans l'étroit chenal d'entrée du port actuel une fois pleinement chargés.
Avec les informations d'Arturo Chang, de Karen Pauls et Bartley Kives


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