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Au cours de ses négociations commerciales avec les États-Unis, Ottawa a refusé de faire du contenu canadien une monnaie d'échange. Cette attitude est à la fois saluée par la première ministre Nouveau-Brunswick, la seule province officiellement bilingue du pays, et par l'industrie.
Lorsqu’il a soudainement mis fin aux négociations commerciales avec les États-Unis, le premier ministre Mark Carney a notamment fait état du refus du Canada de limiter la découvrabilité des contenus francophones sur les plateformes américaines.
Pour le ministre responsable du Commerce Canada-États-Unis et député de Beauséjour, Dominic LeBlanc, le Canada avait clairement tracé des lignes rouges.
On a toujours dit que la question du contenu canadien, la question de la visibilité, de la découvrabilité et la capacité du Canada d’exiger ça, c'était quelque chose qui était non négociable, explique-t-il.
Et en effet, la dernière version des textes qu’on a vus, ils cherchaient encore à avoir une concession du Canada dans cet enjeu-là.
Pour la première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, il n’est pas non plus question de permettre que le contenu francophone devienne une monnaie d'échange.

Susan Holt refuse de transiger sur la question du français.
Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese
C'est non négociable. Ça, c’est clair avec le premier ministre [Mark Carney]. Notre langue, la découvrabilité, […] ça c’est toutes des parties pour protéger notre langue, notre culture et notre identité, explique-t-elle.
Comme la seule province bilingue du Canada, c’est quelque chose qui n’est pas sur la table pour des négociations avec les États-Unis.
Mme Holt affirme qu’elle va faire des recherches sur la loi québécoise relative à la découvrabilité qui a été adoptée l’année dernière, une loi qui impose aux grandes plateformes en ligne de rendre le contenu québécois plus facilement accessible aux utilisateurs.
Elle veut savoir si une loi de ce genre serait envisageable au Nouveau-Brunswick.
La culture n'est pas une marchandise
Nancy Juneau est la présidente de la Fédération culturelle canadienne-française. Elle applaudit les prises de position du gouvernement canadien, qu’elle considère comme fermes.
Pour elle, l’attitude d’Ottawa montre que la langue française, la culture francophone, les médias comme Radio-Canada, les plateformes numériques et les politiques de découvrabilité des contenus culturels, c’est pas de simples enjeux commerciaux.
En fait, on vient d’affirmer que la culture n’est pas une marchandise et c’est exactement de ça que parlent toutes les politiques culturelles qu’on a au pays, rappelle-t-elle.

Nancy Juneau, présidente du conseil d’administration de la Fédération culturelle canadienne-française. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Serge Bouchard
Elle note que l’Europe s’est dotée de politiques en matière de découvrabilité, de souveraineté numérique, telle que celles que le Canada a mises en place, même si, précise-t-elle, le Canada a subi des pressions pour qu'il abandonne, notamment, l’obligation pour les plateformes de contribuer financièrement au contenu canadien.
On a besoin de ces dispositions-là pour protéger le français, puis pour protéger le contenu culturel canadien, explique-t-elle.
Maintenir l’exception culturelle francophone
Nancy Juneau fixe déjà des exigences, au cas où les négociations seraient amenées à reprendre avec les États-Unis.
On demande qu’une future entente protège la langue française et les industries culturelles francophones. Concrètement, on veut pouvoir maintenir l’exception culturelle francophone complète et irréductible, explique-t-elle.
Je pense que les événements des derniers jours rappellent que la langue française et la culture francophone demeurent des piliers fondamentaux de notre souveraineté et de notre identité collective.
Carol Doucet est la directrice du Grenier Musique, une agence d’artistes et un label basé à Moncton qui travaille depuis 25 ans avec des artistes acadiens.
Pour elle, dans l’état actuel des choses, les plateformes numériques américaines sont incontournables dans l’industrie culturelle.

Carol Doucet pense que des efforts doivent être faits pour promouvoir les contenus canadien et acadien.
Photo : Nouemsi Njiké
C’est évident que toutes les plateformes que l’on utilise ou la grande partie en tout cas, que ce soit les Spotify ou encore Bandcamp, […] ce sont toutes des plateformes américaines, explique-t-elle.
Nous passons par là comme nous le faisons avec les médias sociaux pour faire découvrir nos artistes et faire connaître leur travail.
Il est important pour elle que le gouvernement canadien et les gouvernements provinciaux protègent les industries d’ici même si, affirme-t-elle, la domination américaine est une réalité avec laquelle les Canadiens composent depuis des lustres.
Quant à Nancy Juneau, elle estime impératif que le gouvernement travaille à la préservation de l’identité canadienne, sachant qu’on est désormais dans un monde numérique qui est essentiellement dirigé par des algorithmes, ces derniers dictant ce qu’on va entendre et ce qu’on va découvrir.
Et les lois que le gouvernement canadien a adoptées pour favoriser la découvrabilité [...] sont conçues pour obliger les plateformes à faire en sorte que d’autres considérations que les seuls algorithmes interviennent pour promouvoir le contenu francophone, indique-t-elle.
Notamment [le contenu] en situation minoritaire parce que les algorithmes sont dictés par le nombre. Qui dit minoritaire, dit nombre insuffisant.
Pour Mme Juneau, c’est, entre autres, la survie des artistes et de leur industrie qui est en jeu.
Les artistes survivent grâce à des modèles économiques qui leur permettent de faire carrière. Si ces modèles économiques là sont conçus pour alimenter les profits faramineux de plateformes numériques, c’est clair que les artistes ne pourront pas survivre.
Avec des informations de Nicolas Steinbach et de Charles-Étienne Drouin


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