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Alors que l’Ontario prépare un guide de bonnes pratiques et que la polémique enfle autour des centres de données pour l’intelligence artificielle (IA), un professeur de l’Université de Waterloo rappelle une réalité : bien que leurs impacts varient, ces infrastructures font déjà partie de notre quotidien.
Martin Karsten est professeur d’informatique à l’Université de Waterloo. Il explique que la principale différence entre les centres de données traditionnels et les centres de données pour l’IA réside dans le travail fait par leurs ordinateurs.
Il est important de distinguer les tâches informatiques plus traditionnelles, qui consistent principalement à stocker, traiter et récupérer des informations de manière déterministe, explique M. Karsten. Il existe donc des flux de contrôle bien définis et complexes qui régissent la circulation des informations et leur mise à disposition.
Mais la nouvelle ère de l’informatique adopte une approche différente, permettant de traiter d’énormes quantités de données, ajoute-t-il. Le flux de contrôle est beaucoup plus simple, mais les calculs eux-mêmes sont colossaux, précise-t-il.
C’est donc vraiment la différence entre les processeurs traditionnels et cette nouvelle génération de processeurs qui détermine les types de charges de travail, et par conséquent, le mode de fonctionnement du centre de données , résume M. Karsten.
Une consommation énergétique massive
Selon le professeur universitaire, la consommation énergétique est probablement le critère le plus simple pour différencier les centres de données traditionnels et ceux dédiés à l’IA.
Un centre de données traditionnel peut consommer quelques mégawatts d’électricité, mais ce que l’on observe chez les géants de l’infonuagique, notamment aux États-Unis, avec ces installations gigantesques qu’ils planifient, c’est que leur consommation énergétique atteint des niveaux proches du gigawatt, indique M. Karsten. Évidemment, les lois de la physique font qu’on ne peut pas consommer autant d’énergie sans augmenter son impact environnemental.

Devant la pression de certains de leurs citoyens, plusieurs municipalités de la province délibèrent actuellement sur la mise en place de moratoire sur les centres de données. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK
Tout en soulignant que la consommation énergétique est déjà massive, le professeur précise qu’il faut également utiliser de l’eau pour refroidir ces installations, ce qui engendre une consommation d’énergie supplémentaire.
L’eau utilisée pour refroidir les machines est ensuite rejetée dans le réseau d’eau potable, ou, pire encore, elle s’évapore tout simplement, déplore-t-il.
M. Karsten indique toutefois que la plupart des centres de données modernes ne sont pas construits de cette manière et ne nécessitent pas de grandes quantités d’eau pour le refroidissement.

La consommation d’électricité des centres de données des géants de l’infonuagique, notamment aux États-Unis, atteint des niveaux près du gigawatt. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Antonin Sturlese
La clé, c’est le refroidissement en circuit fermé, où l’eau — ou un autre fluide — est utilisée pour refroidir les équipements, explique-t-il. Un autre liquide est utilisé uniquement pour faire circuler la chaleur entre les serveurs et les groupes de refroidissement. Dans ce sens, vous n’utilisez pas vraiment d’eau, précise-t-il.
Bien qu’il n’existe actuellement que cinq centres de données à très grande échelle au Canada, 96 installations sont en projet ou en construction à travers le pays, selon une étude récente de l’Université York.
Malgré tout, les manifestations contre ces projets prennent de l’ampleur partout au pays, alimentées par les inquiétudes concernant la superficie et la quantité d’électricité et d’eau que ces immenses installations consomment.

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Le toit d'un centre de données
Photo : Radio-Canada
Plusieurs municipalités de la province délibèrent actuellement sur la mise en place d’un moratoire sur les centres de données.Oakville a voté en faveur d’un moratoire d’un an le 11 août, et Mississauga doit voter sur son propre moratoire en septembre.
Le chef du Parti vert de l’Ontario, Mike Schreiner, demande de son côté une pause dans la construction de centres de données.
À Toronto, plus de 5000 résidents ont signé des pétitions pour exprimer leurs inquiétudes concernant les centres de données dans leurs quartiers.
Un nouveau cadre réglementaire
La semaine dernière, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a annoncé le nouveau cadre réglementaire de la province pour les centres de données, affirmant qu’il garantira que les données des Canadiens demeurent au Canada.
Ce dernier promet que son gouvernement privilégiera les constructions dotées de systèmes en circuit fermé qui ne consomment pratiquement pas d’eau en fonctionnement.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, tient à ce que les données des Canadiens demeurent au Canada. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Sammy Kogan
Il assure également que le cadre réglementaire annoncé garantira que les centres de données couvrent l’intégralité de leurs coûts de consommation d’électricité. Aucun coût n’est répercuté sur les familles ontariennes qui travaillent d’arrache-pied, ajoute-t-il, promettant emplois et croissance économique.
Je pense que les gens doivent en apprendre beaucoup plus sur les centres de données, ne nie pas M. Ford. Il est paradoxal qu’une municipalité dise : "Je ne veux pas de centre de données, mais toutes mes entreprises en ont besoin. Elles ont besoin d’IA. Mon hôpital a besoin d’IA et tous les habitants de cette communauté utilisent les médias sociaux et des ordinateurs." Cela n’a aucun sens.
Tout le monde utilise des centres de données
Martin Karsten rappelle que nous dépendons tous des centres de données, citant les télécommunications comme exemple de secteurs qu’ils facilitent. C’est d’autant plus vrai pour tout ce qui repose sur Internet, qu’il s’agisse des médias sociaux, de la visioconférence ou autre, précise-t-il.
Tous les hôpitaux utilisent des centres de données pour le stockage de leurs informations. On y trouve des données allant des dernières recherches sur l’utilisation de l’IA pour le dépistage du cancer. Tous les services d’urgence utilisent des centres de données pour accéder à l’information. Cela imprègne complètement notre vie quotidienne, répète-t-il.
Il est difficile de trouver un domaine qui ne soit pas, d’une manière ou d’une autre, lié aux centres de données, conclut-il.
Avec les informations de Desmond Brown, CBC News


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