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En plein cœur du 19e arrondissement, on attend devant une porte qui ne paie pas de mine. Pourtant, derrière celle-ci se cache le studio dans lequel nous accueille l'un des artistes les plus enthousiasmants de l'année. Ino Casablanca a sorti deux EP's en 2025, deux petits bijoux d'inventivité, mêlant des sonorités de tous les continents, entre tradition et modernité. À l'heure où les plateformes de streaming poussent des albums fabriqués de toutes pièces par l'IA et où le monde s'embrase, son projet représente une véritable bouffée d'air frais.
Tout commence en 2000, à Vilafranca del Penedès, près de Barcelone, où Ino naît de parents marocains. Il passe son enfance à Tarragone, mais la crise économique et le coût élevé des études supérieures en Espagne incitent sa famille à déménager dans le sud-ouest de la France, à Montauban. Il a alors 12 ans. À la maison, on lui inculque le respect, la simplicité, la constance. Des valeurs qui transpirent aujourd'hui dans sa musique.
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À 4 ans, ses parents lui mettent un violon dans les mains. "Dans la musique maghrébine et plus largement orientale, les cordes sont majeures", explique-t-il. Il quitte le Conservatoire après son bac. Une expérience qui ne lui laisse pas un souvenir particulièrement agréable. "On ne t'apprend pas à aimer ce qu'on te fait jouer." Parallèlement, son père lui fait écouter de nombreux artistes d'horizons très différents.
Booba et Avicii
Au collège, il découvre l'électro et la trap : Avicii, Chief Kief, Future, Kaaris, Booba. La culture de la punchline le marque profondément et inspire sa manière d'écrire. "J'aimais les punchlines bien écrites, bien dégueulasses, les images folles", se souvient-il. Mais c'est en essayant de comprendre la musique qu'il commence à composer. Comme tout producteur il y a dix ans, il poste ses prods sur Soundcloud sur "des comptes qui ont été supprimés", précise-t-il. Un peu plus tard, au lycée, il se met à rapper. "Seuls quelques potes étaient au courant. Eux rappaient dans la cour, mais pas moi. J'étais trop timide." Ino devait d'abord prendre de l'assurance et s'approprier sa voix, à la fois feutrée et enveloppante. "J'avais un manque de crédibilité et d'aisance. L'interprétation, ça se travaille. C'est une question de confiance en soi."
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Son diplôme de physique-chimie en poche pour "avoir un plan de secours", il se lance dans la musique pour de bon et sort en 2022 son premier projet Demna, qu'il compose, écrit, enregistre et mixe tout seul. A-t-il besoin de tout contrôler ? "C'est plutôt une question d'ego. Je pensais que c'était cool. Mais au bout d'un moment, je me suis demandé si mon ego n'était pas plus grand que mes ambitions." Il se passe presque trois ans avant qu'il ne dévoile Tamara en janvier 2025, puis Extasia en octobre dernier. Un lapse de temps énorme quand on connaît la production prolifique des rappeurs actuels.
Mais après une rupture amoureuse et l'arrêt de ses études, Ino Casablanca préfère prendre le temps de la réflexion, "humaine et artistique". Et c'est de cette introspection qu'ont émergé ses deux projets. "Si, dans ta musique, tu as envie d'être sincère et entier, il faut que tu le sois dans la vie pour pouvoir l'exprimer. Alors, je me suis remis en question et j'ai travaillé sur ma confiance en moi. Qu'est-ce que j'aime vraiment ? Qu'est-ce qui me fait mal au cœur ? Pourquoi parfois, je suis frustré ou je ne suis pas très respectueux ? Travailler sur moi pour pouvoir être à peu près aligné et pour ensuite, dans mon art, pouvoir partager."

Une musique hybride
Tamara révèle toute l'étendue de cette remise en question. "NOUVO GROOVE", qui ouvre l'opus, donne le ton de sa nouvelle liberté musicale. "Moi j'ramène c'putain d'nouveau groove", rappe-t-il sur un beat entêtant. Et c'est exactement ce qu'il fait. Le rappeur crée une musique instinctive dont les rythmes irrésistibles oscillent entre l'énergie langoureuse du zouk et la cadence de la house. Les chansons mêlent des influences R'n'B, mais surtout maghrébines, orientales, caribéennes et latines, son flow nonchalant résonne sur les percussions omniprésentes, et ses textes expriment avec humour ses réflexions intimes (ses relations sentimentales, ses paradoxes, les carences affectives maternelles) et sociales (masculinité, violences sexistes, discriminations).

Aux Victoires de la musique, c'est l'union et la joie qu'il a voulu exprimer lors de sa prestation. Sur scène, l'artiste se balade au milieu d'une fête de quartier, entre un vendeur ambulant, des gens qui dansent, un groupe d'amis en pleine discussion et une partie de cartes animée. Mais qu'avait-il envie de dire à travers cette scénographie ? "Le fait d'être ensemble, heureux et de pouvoir propager ça à travers la musique. C'est quelque chose qui manque." Mais encore ? "On est dans un monde qui manque de nuances, qui sépare les gens et qui accorde de l'importance à des choses qui n'en ont pas, que ce soit le sexe, l'ethnie ou comment les gens s'identifient. Le respect et l'amour, c'est ça qui compte."
Où voir Ino Casablanca ?
Ino Casablanca se produira le 21/5 aux Nuits Botanique, à Bruxelles. Il sera ensuite le 16/7 au Dour Festival et le 31/7 à l'Esperanzah ! Festival, à l'abbaye de Floreffe.
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