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En écoutant le commissaire à la langue française du Québec, Benoît Dubreuil, qui présentait cette semaine son rapport pour l’année 2025-2026, on croyait parfois entendre le commissaire aux langues officielles du Canada.
Dans les deux cas, on a l’impression de se retrouver face à des gens un peu découragés de prêcher dans le désert et de constater année après année que leurs recommandations demeurent lettre morte et que, en dépit de leurs bonnes intentions envers le français, les gouvernements ne s’imposent pas d’obligation de résultat.
À Ottawa, 57 ans après l’adoption de la Loi sur les langues officielles et les remontrances répétées des commissaires qui se sont succédé depuis, le bilinguisme dans la fonction publique fédérale demeure un vœu pieux. Les francophones ont compris depuis longtemps qu’insister sur le droit de travailler dans leur langue est le plus sûr moyen de voir les promotions leur échapper.
Depuis l’adoption de la Charte de la langue française, en 1977, le français est en principe la langue d’usage au Québec, notamment au travail, celle que les immigrants doivent apprendre et dans laquelle ils doivent communiquer avec l’État québécois, même si le Canada est officiellement un pays bilingue.
Le commissaire à la langue française, dont le poste existe depuis seulement trois ans, constate toutefois que les dispositions de la Charte de la langue française, même renforcées par la loi 96, ne suffisent pas à enrayer le déclin du français. « Pour inverser les tendances actuelles, une vaste mobilisation est nécessaire », estime-t-il.
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Dans son rapport, M. Dubreuil formule de nouvelles recommandations pour accélérer la francisation des immigrants, notamment l’octroi d’un prêt annuel de 15 000 $ qui leur permettrait de suivre des cours à temps plein, sans lesquels ils peinent à acquérir une maîtrise suffisante du français.
S’il appelle à une nouvelle politique linguistique « ambitieuse », il souligne toutefois que l’action gouvernementale (aussi vigoureuse soit-elle) et l’ajout d’exigences n’arrivent pas à contrer les dynamiques migratoires, les transformations économiques et les changements culturels qui amènent les nouveaux arrivants à adopter principalement l’anglais dans leur vie de tous les jours dès que le français ne leur semble pas obligatoire.
C’est l’ensemble de la société qui doit participer à une sorte de corvée de francisation, croit le commissaire Dubreuil. Dans un contexte de forte immigration, souvent très concentrée géographiquement, « le laisser-faire ne suffira pas à faire naître les relations sociales nécessaires au maintien du français comme langue commune ». Dans chaque région, les acteurs sociaux doivent donc se concerter pour favoriser la mixité et les échanges interculturels.
Encore faut-il que les Québécois y mettent du leur et qu’ils envoient le message que le français leur tient à cœur. Cela n’est pas toujours évident. Les appels à la « fierté » semblent souvent relever davantage du slogan que de l’expression d’un sentiment profond.
« Pour stabiliser la situation du français, il faut que quelques millions de personnes, au Québec, lui accordent une place un peu plus importante dans leur vie : dans les cours d’école, dans les parcs, autour de la machine à café, dans leurs visioconférences, dans leurs listes d’écoute et dans leurs fils d’actualité en ligne. Pour faire bouger les aiguilles, il faut une mobilisation du gouvernement et de la société qui sorte des paramètres classiques. »
Il y a fort à craindre que le commissaire prêche encore une fois dans le désert.
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Si l’action du gouvernement ne suffit pas à assurer la protection du français, elle n’en est pas moins indispensable.
À quelques semaines du déclenchement de la campagne électorale, il subsiste toutefois un sérieux doute sur la détermination du Parti libéral du Québec à assumer cette responsabilité. Son chef, Charles Milliard, promet une nouvelle politique linguistique d’ici la fin juin, mais l’extrême sensibilité des libéraux aux doléances de la communauté anglophone, et leur allergie à la disposition de dérogation et à l’imposition de mesures coercitives laissent perplexe.
M. Milliard aime rappeler que c’est le PLQ qui a fait du français la langue officielle du Québec, tout en omettant de dire qu’il a férocement combattu l’adoption de la loi 101. Constatant sa grande popularité chez les francophones, il a fini par s’y résigner, mais chaque tentative de la renforcer semble le mettre à l’agonie.
Il est vrai que le gouvernement Fréchette a présenté bien tardivement son projet de loi visant à assujettir l’éducation permanente et la formation professionnelle aux dispositions de la loi 101, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire.
Il ne fait aucun doute que cette mesure, qui ferait passer 27 000 étudiants du réseau anglais au réseau français, sera très mal accueillie par la communauté anglophone. L’Association des commissions scolaires anglophones évoque déjà les dommages que cela causerait à l’économie du Québec. Il tombe pourtant sous le sens que d’autoriser les étudiants qu’on a forcés à fréquenter l’école française à se tourner vers le réseau anglophone dès l’âge de 16 ans constitue une incohérence.
Alors que la requalification professionnelle est pratiquement devenue la norme et que l’utilisation du français au travail est de plus en plus problématique, corriger cette faille dans la loi devrait aller de soi. Le PLQ donne cependant trop souvent l’impression de chercher à en créer de nouvelles.


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