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Entre possibilités et opacité : le projet de TGV d’Alto divise à Peterborough

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Aucun secret autour du projet de train à grande vitesse (TGV) d’Alto à Peterborough. Voilà ce que réclame Bonnie Clark, préfète du comté de Peterborough et présidente du Eastern Ontario Wardens’ Caucus (EOWC), qui s’oppose à ce que la collaboration avec les municipalités dépende de la signature de clauses de confidentialité.

Nous sommes en première ligne au sein des échelons inférieurs [du gouvernement]. Nous représentons nos collectivités et nous devons donc être en mesure de représenter nos résidents et de leur expliquer ce qui se passe , explique-t-elle.

Lorsque les gens voient des ententes de confidentialité et constatent que nous nous sommes réunis autour d’une table, mais que nous ne pouvons pas nous exprimer, cela engendre inévitablement un manque de confiance envers l’ensemble du processus.

Cette demande de transparence survient alors que le projet de TGV d’Alto divise la communauté.

Une carte montre les villes où s’arrêterait le train à grande vitesse et le corridor envisagé pour son tracé.

Le trajet proposé s’arrêterait à Peterborough ainsi qu’à Toronto et Ottawa, en Ontario et à Laval, Montréal, Trois-Rivières et Québec dans la province voisine.

Photo : Radio-Canada

Le conseil municipal appuie l’idée d’accueillir une station sur le futur corridor ferroviaire entre Toronto et Québec. Mais pour les résidents de la région, plusieurs préoccupations demeurent, notamment quant aux répercussions du projet sur les terres et les communautés qui se trouveraient sur son parcours.

Une station qui pourrait transformer Peterborough

Alto souhaite développer un réseau de train à grande vitesse reliant plusieurs grandes villes de l’Ontario et du Québec. Peterborough fait actuellement partie de celles sélectionnées pour accueillir une station.

Pour Jeff Leal, le maire de Peterborough, le projet représente une occasion importante pour la ville.

Peterborough bénéficie d’une situation géographique unique en tant que porte d’entrée vers l’est de l’Ontario, et l’ajout d’un arrêt du train à grande vitesse vient renforcer cette infrastructure de transport essentielle à la croissance et au développement à long terme de notre région, explique-t-il.

Jeff Leal en entrevue.

Le maire de Peterborough, Jeff Leal, dit avoir hâte d’utiliser le train à grande vitesse d’Alto pour pouvoir assister aux matchs des Canadiens de Montréal, son équipe de hockey préférée.

Photo : Radio-Canada / Zachary Proulx

Par exemple, si vous habitez à Casselman ou à Vankleek Hill et que vous souhaitez vous rendre dans l’un des cinq grands hôpitaux situés sur l’avenue University à Toronto, vous pourriez le faire très, très rapidement grâce au train à grande vitesse, ajoute-t-il.

Mais cette perspective ne convainc pas tout le monde.

Une affiche.

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La construction d'une station du train à grande vitesse ne fait pas l'unanimité à Peterborough.

Photo : Radio-Canada / Maxence Bahaban

Neil Prentice, un résident de Peterborough, dit qu’il aimerait voir un train à grande vitesse.

Ces 15 dernières années, il n’y a pas vraiment eu grand-chose [de développé à Peterborough]. Il n’y a pas énormément de travail en ce moment. Un train pourrait rendre les trajets plus faciles et apporter un peu plus à la ville, soutient-il.

Des inquiétudes dans les communautés rurales

Le EOWC fait partie des voix qui soulèvent des réserves à l’égard du projet.

Les préoccupations concernent notamment les impacts potentiels du tracé et les conséquences pour les terres agricoles.

Combien de routes devront se terminer en cul-de-sac?, demande Bonnie Clark. Ils devront certainement couper en deux des fermes et des entreprises. Et, l’autre conséquence de ces coupures, c’est la capacité de nos municipalités à répondre aux appels au 911.

Bonnie Clark.

Bonnie Clark, préfète du comté de Peterborough et présidente du Eastern Ontario Wardens’ Caucus, demande la transparence absolu concernant le projet d’Alto dans sa région.

Photo : Avec l’autorisation du Eastern Ontario Wardens’ Caucus

Pour Bonnie Clark, la question n’est donc pas simplement de savoir si l’Est de l’Ontario veut ou non un train à grande vitesse.

Il s’agit aussi de savoir comment le projet sera réalisé, qui sera consulté et quelles retombées les communautés qui accueilleraient le tracé pourront en tirer.

Je tiens à être claire : nous ne sommes pas contre le projet dans son ensemble, mais nous ne sommes tout simplement pas en faveur de celui-ci sous sa forme actuelle, précise-t-elle. Nous aimerions que toute discussion ultérieure soit reportée jusqu’après les élections municipales en Ontario. Nous souhaitons également la mise sur pied d’une table consultative municipale afin de favoriser une collaboration plus harmonieuse entre tous les paliers de gouvernement.

L’hôtel de ville de Peterborough.

Peterborough abrite entre autres l’Université Trent, le Collège Fleming, un aéroport ainsi que l’historique Manège-Militaire-de-Peterborough, qui accueille une unité de réserve des Forces armées canadiennes. Sur cette photo, on voit l’hôtel de ville de Peterborough.

Photo : Radio-Canada / Laura Hull

Même son de cloche de plusieurs résidents de la ville.

Au Canada, et en Ontario, on doit pouvoir cultiver nos propres fruits et légumes à cause des États-Unis, affirme Karen Darling, qui travaille dans un supermarché à Peterborough. Comment les magasins vont-ils nous fournir des produits canadiens si on n’a pas de fermes et qu’on détruit des fermes pour construire une autre voie ferrée?

Une jeune de Peterborough se dit mitigée. Je pense que ce serait un problème en raison du nombre de choses qu’il faudrait démolir, comme des forêts, des fermes et des routes, explique Olive MacLean. Mais je pense aussi qu’à mesure que notre économie se développe, nous avons besoin d’autres moyens de transport.

Cela dépendra aussi beaucoup du prix du ticket. À quoi servirait un nouveau train si on le rendait totalement inabordable?, conclut-elle.

Un projet au cœur d’un conflit politique

Le projet d’Alto fait également l’objet de critiques de la part de plusieurs députés progressistes-conservateurs de l’Ontario.

Onze d’entre eux ont signé une déclaration commune dans laquelle ils affirment que trop de questions demeurent sans réponse et que certaines voix n’ont pas été suffisamment entendues.

Ils demandent notamment que les répercussions sur les terres agricoles soient réduites et que les personnes touchées par le projet soient prises en compte.

Le gouvernement de Doug Ford serait même en train de réexaminer son appui au projet. Cette position pourrait notamment s’inscrire dans les tensions actuelles entre Queen’s Park et Ottawa concernant l’aéroport Billy Bishop.

Une station à Peterborough et peut-être une à Kingston?

Le débat s’est également compliqué avec l’annonce de Kingston comme autre arrêt potentiel du réseau.

Selon une porte-parole d’Alto, le ministre des Transports a demandé aux responsables du projet d’évaluer une gare à Kingston. Cette évaluation tiendra compte des coûts de construction, de l’incidence potentielle sur l’achalandage, de l’accessibilité régionale, de la faisabilité technique, des retombées économiques et sociales, ainsi que de la performance à long terme du projet une fois en exploitation, explique-t-elle.

Des manifestants brandissent des pancartes contre le projet de train à grande vitesse d’Alto.

Des manifestants ont exprimé leur opposition au projet d’Alto à Kingston en juin. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Dan Taekema

Il est important de souligner que cette évaluation est toujours en cours et qu’il est trop tôt pour spéculer sur le tracé définitif, l’emplacement éventuel d’une gare ou les coûts du projet, ajoute-t-elle. Nous aurons l’occasion de communiquer davantage d’information une fois nos analyses et les consultations additionnelles complétées.

Pour Peterborough, l’annonce de Kingston ne règle donc pas les questions entourant son propre arrêt.

J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le maire de Kingston, qui nous a félicités pour l’arrêt prévu à Peterborough, et nous sommes très heureux pour eux, dit Jeff Leal. Ces arrêts offrent un formidable potentiel pour cette vaste région du Sud et de l’Est de l’Ontario. Ces deux arrêts permettront tout simplement de mieux servir les Ontariens.

Mais du côté de l’EOWC, cette annonce soulève elle aussi des questions sur la planification du réseau.

Il faudrait davantage de communication autour de tout ce projet, déclare Bonnie Clark. D’abord, sans crier gare, on est passé d’Ottawa à Peterborough. Et maintenant, encore une fois sans crier gare, on passe de Kingston à Peterborough. On a l’impression qu’ils déplacent les pions sur l’échiquier sans nous consulter et qu’ils nous demandent ensuite ce qu’on pense de l’itinéraire.

La porte-parole d’Alto affirme que la société prépare une deuxième phase de consultations qui se déroulera à l’automne et qui portera principalement sur le segment central du corridor entre Montréal et Ottawa.

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