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Entre outil et menace, l’IA bouscule le monde du graphisme

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Dans les studios de graphisme, l’intelligence artificielle (IA) générative s’est installée progressivement dans les méthodes de travail. Or, son arrivée soulève une question fondamentale : jusqu’où peut-on utiliser une machine sans perdre ce qui fait la valeur de la création humaine?

Dernièrement, la brasserie Nonsuch dont les bières sont bien connues à Winnipeg, a fait flamber Reddit (nouvelle fenêtre). Un consommateur a remarqué que le design de sa canette de Hazy IPA comporte un oiseau avec… trois pattes. Cela a fait réagir les internautes : plus de 200 commentaires de consommateurs déçus ont rapidement suivi.

La canette de bière où figure un oiseau à trois pattes généré par intelligence artificielle.

Le 24 août 2026, Ty Johnston, cofondateur et directeur artistique de la marque Nonsuch Brewing, a expliqué à CBC comment un oiseau à trois pattes figurant sur l'étiquette de son Hazy IPA a échappé à sa vigilance, et comment il utilise l'IA dans son processus de création.

Photo : Reddit

Interrogé par CBC (nouvelle fenêtre), Ty Johnston, cofondateur et directeur artistique de Nonsuch, a déclaré avoir utilisé un upscaler d’IA pour des raisons d’efficience.

Un upscaler d’IA est un outil qui utilise l'intelligence artificielle pour agrandir une image et augmenter sa résolution sans perdre en netteté.

Stüssy Tschudin est directeur général et artistique à Forge Media + Design. Pour l'ancien président de l'Association des graphistes agréés (RGD), l’IA peut avoir une utilité précise.

Dans son entreprise, elle sert notamment à accélérer la phase de conceptualisation. Lorsqu’on a une idée et qu’on veut réaliser rapidement une illustration pour un client, on va d’abord réaliser un sketch à la main. Puis on utilise l'IA pour aller plus vite dans les différentes versions qu’on propose au client, mais l’image générée n’est jamais utilisée comme résultat final : nos graphistes la réalisent ensuite eux-mêmes entièrement.

Il s'agit d'une distinction importante pour le directeur artistique, qui voit dans l’utilisation directe des images générées un risque pour la qualité du travail, mais aussi pour l’emploi. Cela nous permet d'aller plus vite, mais cela risque, à long terme, de réduire les emplois, estime-t-il, ajoutant que les jeunes designers sont particulièrement concernés.

Pour d’autres artistes, la frontière est beaucoup plus nette. L’artiste visuelle Morgane Clément-Gagnon juge déplorable l’utilisation actuelle de l’IA générative, notamment parce que les modèles ont été entraînés sur des quantités considérables d’images sans autorisation. C’est un problème éthique suffisant pour que je ne cautionne pas l’usage de l’intelligence artificielle, dit-elle.

Graphiquement, l'IA réalise souvent des images hyper chargées qui ne respectent aucunement les règles d'un bon design et dont le message n’est pas toujours clair.

L’expérience humaine derrière le geste artistique

C'est toujours mieux de partir d'une création que quelqu'un a faite, même si c'est imparfait, car j'ai l'impression que ça va être maintenant plus apprécié que quelque chose généré par l'intelligence artificielle, dit Morgane Clément-Gagnon.

Même son de cloche du côté du dessinateur et ancien graphiste de profession Roger Lafrenière : Avoir un bagage de dessinateur, connaître les bases du dessin au crayon et avoir cette perception-là, ça apporte quelque chose dans une œuvre.

C’est quelque chose que l’artificiel ne pourra jamais faire, car une machine, ça n’a pas de sentiment et ça n’a pas ce qui tombe dans le ventre quand tu fais un dessin. Ça n'a pas d’âme.

Vers un encadrement plus strict de l’IA

Ces préoccupations dépassent désormais les studios. Au Canada, les associations professionnelles commencent à formaliser leurs pratiques. L’association des Registered Graphic Designers (RGD) a publié avec d’autres organisations une politique sur l’IA générative et le droit d’auteur, portant notamment sur l’attribution, la propriété intellectuelle et l’utilisation éthique des outils.

Pour Stüssy Tschudin, la transformation actuelle est similaire à l’arrivée de l’ordinateur dans les métiers du dessin il y a plusieurs décennies. Selon lui, l’IA devrait davantage transformer le métier qu’éliminer complètement le rôle du designer graphique.

Le cadre canadien est par ailleurs en pleine évolution grâce à la mise en place depuis 2025 de la Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle du Canada : L’IA pour tous (nouvelle fenêtre). Le gouvernement fédéral mène actuellement une consultation sur la transparence de l’IA (nouvelle fenêtre) jusqu’au 23 septembre 2026, notamment sur l’identification des contenus générés par l’IA.

Pendant ce temps, le Conseil des arts du Canada a déjà publié ses lignes directrices sur l’utilisation de l’IA (nouvelle fenêtre) dans les demandes de financement, en rappelant notamment les préoccupations liées à l’utilisation non autorisée de la propriété intellectuelle des créateurs.

Dans le graphisme, la question n’est donc plus seulement de savoir si l’IA va entrer dans les studios. Elle y est déjà. Le débat porte désormais sur la place qu’on choisira de lui laisser.

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