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Pour Nancy et Serge Bedge, le rêve canadien devait aussi passer par la francophonie. Arrivés de Côte d’Ivoire avec leurs trois enfants, ils pensaient trouver au Manitoba une communauté où le français leur permettrait de créer de nouveaux repères.
Un an plus tard, l’emploi de Serge Bedge les retient à Saint-Georges, mais la famille peine encore à trouver sa place dans cette petite communauté rurale.
Une arrivée dictée par le travail
Le couple quitte Abidjan, la plus grande ville de Côte d'Ivoire, pour partir à l’aventure, mais surtout dans l’espoir d’offrir de meilleures perspectives à leurs enfants. La famille s’installe d’abord à Winnipeg, mais, pendant six mois, ni l'un ni l'autre ne parvient à trouver du travail.
C’est en zone rurale que la situation s’est débloquée. Donc on passe par ici pour ensuite se relancer vers la ville, confie la mère de famille.
Car c’est finalement une offre d’emploi à l’école communautaire de Saint-Georges qui change leur trajectoire. Serge Bedge y travaille aujourd’hui comme concierge en chef intérimaire. En Côte d’Ivoire, il était commercial dans le domaine pharmaceutique et sa conjointe était réceptionniste médicale. Nancy Bedge a travaillé comme enseignante itinérante pendant l’année scolaire, mais elle est actuellement sans emploi.

Installée à Saint-Georges depuis un an, Nancy Bedge dit que le séjour de la famille constitue une première étape.
Photo : Radio-Canada / Farah Mekki
L’installation à Saint-Georges n’était donc pas véritablement une opportunité de cœur pour la famille, mais bien une occasion professionnelle à ne pas rater.
Pourtant, la famille ne rejette pas la communauté. Serge témoigne même avoir reçu beaucoup de soutien à son arrivée, notamment de la part du directeur de l’école, de membres de l’église et de voisins. Par exemple, il était difficile d’accéder aux épiceries sans voiture, mais une famille leur en a prêté une.
Une chaîne d'entraide s'est mise en place et ça s'est très bien passé.
Une francophonie moins présente que prévu
Un aspect de leur nouvelle vie les surprend davantage : l’écart entre leurs attentes et la réalité linguistique du village.
Les deux parents sont francophones, mais découvrent rapidement que le français est beaucoup moins présent qu’ils ne l’avaient imaginé.
Certains essaient de parler français, mais c’est parfois difficile d’avoir une vraie conversation. Ça se limite souvent à quelques mots, comme un "bonjour", et puis ça s'arrête là, raconte Nancy Bedge.

Serge Bedge tente de construire une nouvelle vie à Saint-Georges avec sa famille, tout en gardant l’espoir d’un avenir meilleur pour ses enfants.
Photo : Radio-Canada / Farah Mekki
Le couple confie alors ressentir de l'isolement et aimerait pouvoir compter sur d’autres familles pour partager leur quotidien et leur culture.
Je dirais que je suis chanceux, j'ai au moins ma famille et mes enfants avec moi. Sinon, ce n'est pas facile pour quelqu'un qui viendrait seul, parce que ce n'est pas le même mode de vie. Les gens sont solitaires ici, ils sont bien chez eux. C'est leur manière de vivre, alors on finira par s'adapter.
Le manque d’activités et de services accessibles accentue cette impression, selon Nancy Bedge. Pendant que les enfants sont à l’école, elle passe une bonne partie de son temps à la maison. L’été, elle estime qu’à part les cours de natation proposés à la plage de Saint-Georges, les possibilités sont limitées.
Son mari partage ce constat, notamment pour leurs enfants. Ils se sont fait des amis à l’école, mais les liens sociaux s’arrêtent souvent aux heures de classe.
Je serais tellement heureux que mes enfants puissent se faire des amis et vivre normalement leur enfance. Dans mon pays, les enfants jouent entre eux dans la rue sans se soucier de rien, explique le père.
Attirer, mais surtout retenir
Cette expérience illustre un défi plus large pour les communautés francophones rurales, selon Abdoulaye Konaté, agent de liaison communautaire à la Communauté francophone accueillante (CFA) Rivière Rouge.
L'isolement peut amener les gens à quitter les communautés rurales vers les grandes villes, admet-il. Il explique que les activités et les services en français sont essentiels pour créer un sentiment d’appartenance : Un service en français signifie un contact humain en français..
Son organisme offre notamment des activités communautaires et des services à distance afin d’inclure les francophones qui vivent loin des grands centres.

Pour occuper ses journées, Nancy Bedge jardine avec ses enfants.
Photo : Radio-Canada / Farah Mekki
Le couple Bedge se dit optimiste et considère cette première année comme un point de départ, plutôt qu'un échec.
Je suis déjà là, je n'ai plus rien à perdre et au contraire beaucoup à gagner. Surtout pour mes enfants, j'ai hâte de voir ce que le Canada pourrait leur offrir. Pour moi, c'est un gros sacrifice, mais c'est peut-être pour leur offrir un meilleur avenir.
Nancy se projette déjà ailleurs. Peut-être à Montréal, au Québec, où elle imagine retrouver davantage de diversité et de vie francophone.
Le couple n'est pas encore prêt à tourner le dos au Manitoba, mais leur expérience soulève un indéniable constat pour les communautés rurales : attirer des francophones ne suffit pas toujours à les convaincre d'y rester.


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