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À échec collectif, réponse solidaire

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Depuis le printemps dernier, plus d’une soixantaine de travailleuses et travailleurs du secteur communautaire se sont réunis en assemblées publiques pour trouver des solutions à l’épidémie de burn-out à laquelle nous faisons face. Ces discussions reflètent largement le constat d’échec qu’Andréa Bacon-Therrien exprime dans un cri du cœur honnête et senti, publié le 15 décembre dernier, dans Le Devoir. Tout comme elle, les personnes rassemblées ont mis le doigt sur plusieurs facteurs alimentant cette crise : pratiques organisationnelles inadéquates et dysfonctionnelles, culture de dévotion, manque d’avantages sociaux, mauvais salaires, précarité d’emploi, locaux insalubres, etc.

S’il est vrai que la culture sacrificielle décrite par Mme Bacon-Therrien amplifie la culpabilité et l’épuisement, nous demeurons pourtant persuadés que les causes du burn-out sont indissociables des structures de financement, caractérisées par les mesures d’austérité des dernières décennies et le virage vers le financement philanthropique pour assurer la survie des organismes. De plus, nous sommes d’avis que la seule manière d’améliorer nos conditions est l’organisation en milieu de travail.

Le financement, bel et bien source d’épuisement

Dans sa lettre, Mme Bacon-Therrien effleure le sujet du financement comme l’une des sources de l’épuisement, mais rapidement elle semble rejeter la faute sur les travailleuses incapables de « remettre en question [leurs] propres pratiques et de briser le statu quo organisationnel. » Un tel discours blâmant les victimes pour leur propre malheur peut rapidement devenir glissant, puisqu’il tend à individualiser le problème.

Le modèle de financement des organismes œuvrant en défense collective des droits est un bon exemple pour illustrer comment ce modèle contribue à l’épuisement des travailleuses et des travailleurs. D’abord, les fonds publics octroyés par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS) ne sont pas indexés, ce qui appauvrit systématiquement ces groupes d’année en année. De ce fait, les salaires des intervenantes stagnent et plusieurs directions d’organismes font le choix d’abolir des postes pour ne pas tomber dans le rouge, ce qui précarise nos emplois.

Pour éviter les bris de services, de nombreux organismes se sont tournés vers les fondations privées offrant du financement « par projet », c’est-à-dire que les fonds sont octroyés pour réaliser des actions spécifiques circonscrites dans le temps. Évidemment, ce type de financement vient généralement avec une lourde charge administrative, ce qui ajoute au travail des intervenantes. De plus, ce type de financement est instable. Les contrats de travail qu’il engendre sont généralement temporaires, ce qui crée un grand roulement de personnel. Ainsi, la recherche de nouveaux financements devient une tâche centrale au maintien des services.

Bien sûr, le financement n’est pas, à lui seul, responsable de l’épidémie de burn-out dans le secteur communautaire, mais il faut reconnaître que cela joue un grand rôle dans la manière dont sont structurées nos conditions de travail.

Le changement passe par les travailleuses

Le texte de Mme Bacon-Therrien se terminait sur la question suivante : « Combien de travailleurs devront encore s’effondrer avant que le milieu change ses pratiques ? » Cette question, bien que légitime, sous-entend que le milieu est une entité capable d’évoluer d’elle-même. À l’instar de plusieurs collègues, nous sommes plutôt d’avis que le milieu communautaire, c’est d’abord et avant tout les travailleuses et les travailleurs qui le constituent, avec les membres et les participantes des groupes.

Au terme des assemblées publiques réunissant des travailleuses et des travailleurs du milieu communautaire, nous sommes plusieurs à nous rassembler chaque mois avec l’objectif de créer une culture d’organisation syndicale basée sur la solidarité. Certes, il faut mettre fin à la culture de dévotion qui règne dans le secteur, mais plutôt que de culpabiliser nos collègues en leur faisant porter l’odieux de notre épuisement, nous faisons le choix de cibler l’État, nos bailleurs de fonds et nos directions comme étant responsable des conditions structurelles menant au burn-out.

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