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Voleur de bijoux, envahissant : voici pourquoi tout ce qu'on croit sur cet oiseau serait faux

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La pie bavarde fréquente aussi bien les campagnes que les parcs et jardins urbains. Cette familiarité n'a pas empêché l'accumulation d'idées reçues, que les observations disponibles contredisent sur plusieurs points.

Pierre Frisch, membre de la Ligue pour la protection des oiseaux, estime que cet oiseau mériterait d'être davantage observé, ses comportements révélant une réelle capacité d'adaptation.

Un cerveau petit mais dense

L'argument anatomique est le point de départ. Le cerveau d'une pie est évidemment réduit en volume. Il présente en revanche une densité de neurones remarquable, propriété commune aux corvidés et aux perroquets.

Les oiseaux ont plus de neurones que les primates !

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Les travaux comparatifs ont établi que les oiseaux concentrent davantage de neurones dans leur cerveau antérieur que des mammifères de masse cérébrale équivalente. Cette organisation compense le format et explique des performances longtemps jugées improbables chez un animal de cette taille.

Ce dont elle est capable

Plusieurs aptitudes ont été documentées chez les corvidés, dont la pie. Elle analyse son environnement et ajuste son comportement selon les situations rencontrées. Elle reconnaît des visages humains individuellement, et conserve cette mémoire.

Des expériences menées sur ce groupe d'oiseaux ont montré qu'ils distinguent durablement les personnes s'étant approchées de leur nid de celles qui ne l'avaient pas fait. Sa vue très développée lui permet de détecter des mouvements rapidement. Ces oiseaux coopèrent par ailleurs entre eux, notamment pour repousser un prédateur.

Des cris qui disent quelque chose

Le registre vocal constitue un autre indice. La pie n'émet pas le même cri selon l'origine du danger. Ses signaux d'alerte diffèrent selon que la menace vient du ciel ou du sol, ce qui suppose une catégorisation du danger et non une simple réaction.

Pie bavarde : voilà pourquoi il vaut mieux ne pas l'embêter

Sais-tu quel animal au joli costume irisé noir et blanc, a une excellente mémoire et peut même reconnaitre les humains à leurs visages ? Aujourd’hui, on va parler de la pie bavarde dans Bêtes de Science.... Lire la suite

Elle pratique également l'imitation de sons produits par d'autres espèces. Une précision s'impose sur ce point : les performances les plus spectaculaires en la matière reviennent à un oiseau australien portant le même nom courant, mais appartenant à une famille différente.

La réputation de la pie voleuse de bijoux doit beaucoup à un opéra du début du XIXe siècle, dont l'intrigue repose précisément sur ce malentendu. © Burroblando, iStock

L'expérience du miroir

Un résultat a fait date, et il manque rarement dans les discussions sur l'intelligence animale. En 2008, une équipe allemande a soumis des pies au test de la marque : une pastille colorée est placée sur le corps de l'oiseau, à un endroit qu'il ne peut voir qu'en se regardant dans un miroir. Les oiseaux ont tenté de retirer la marque, comportement interprété comme une reconnaissance de soi.

C'était la première fois qu'une espèce non mammifère réussissait cette épreuve, ce qui a conduit à reconsidérer l'origine évolutive de cette capacité. Ce résultat appelle toutefois une réserve. Des tentatives de reproduction menées depuis ont donné des résultats contrastés, et la validité du test comme mesure de la conscience de soi fait l'objet de débats.

Une bâtisseuse méconnue

La construction du nid témoigne d'un savoir-faire rarement mentionné. Le couple édifie une structure pouvant approcher le mètre, en branchages, fermée par un dôme qui protège l'intérieur et dotée d'une entrée latérale. Cet agencement complique nettement l'accès aux prédateurs.

La légende de la voleuse

Reste le reproche le plus répandu, et il a été testé directement. Une équipe de l'université d'Exeter a présenté à des pies des objets brillants et des objets ternes, dans des conditions contrôlées. Non seulement les oiseaux ne manifestaient aucune préférence pour les premiers, mais ils s'en approchaient avec davantage de réticence, par méfiance envers la nouveauté. L'image de la voleuse de bijoux doit beaucoup à un opéra du début du XIXe siècle, dont l'intrigue repose précisément sur ce malentendu.

Une réhabilitation qui bute sur un statut

Un élément de contexte mérite d'être signalé, car il situe l'enjeu de ces observations. La pie bavarde figure, dans de nombreux départements français, sur la liste des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts, catégorie qui autorise sa destruction par piégeage ou par tir dans des conditions définies par arrêté.

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Ce classement s'appuie sur les dommages attribués à l'espèce, notamment la prédation de nichées d'autres oiseaux et les dégâts aux cultures. Il fait l'objet de contestations régulières devant les juridictions administratives, portant sur la démonstration effective de ces dommages.

Le débat dépasse donc la question des capacités cognitives de l'animal. Il porte sur ce que l'on considère comme acceptable de la part d'une espèce qui partage nos espaces.

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