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Terre-Neuve-et-Labrador est la pire province pour la rétention des jeunes infirmières

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Le pire ratio entre les nouvelles infirmières de moins de 35 ans et celles qui quittent la profession se trouve à Terre-Neuve-et-Labrador, selon un récent rapport de l’Institut économique de Montréal. Un résultat peu reluisant qui, selon l’un des auteurs du rapport, témoigne de conditions de travail déplorables dans le système de santé.

En moyenne, sur 100 nouvelles infirmières âgées de moins de 35 ans en 2024 au Canada, 34 quittent la profession ou ne renouvellent pas leur permis.

À Terre-Neuve-et-Labrador, ce sont 61 infirmières de moins de 35 ans sur 100 qui ont quitté, soit pratiquement le double de la moyenne canadienne.

C'est la seule province en 2023 et 2024 qui s'est détériorée, malgré le fait qu'on a vu plus de jeunes infirmières et infirmiers.

Bien qu’elle soit totalement en accord avec l'avis que les conditions de travail doivent être améliorées dans la province, la présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers immatriculés de Terre-Neuve-et-Labrador, Yvette Coffey, nuance toutefois les données de l'institut économique.

Elle croit que celles-ci incluent aussi le personnel infirmier d'agences privées.

Ces chiffres incluraient toutes les infirmières et tous les infirmiers des agences privées qui sont venus de façon intermittente à Terre-Neuve-et-Labrador au cours des trois dernières années, pour un total de près d'un demi-million de dollars déjà dépensés dans notre province, affirme-t-elle.

L'analyste Gabriel Giguère.

Gabriel Giguère est analyste en politiques publiques à l'Institut économique de Montréal. (Photo d'archives)

Photo : Institut économique de Montréal

De son côté, Gabriel Giguère dit utiliser les données de l'Institut canadien d'information sur la santé. On regroupe, à travers l'institut, l'ensemble des entrées dans la profession d'infirmière et des sorties pour les 35 ans et moins, a-t-il expliqué sur la méthodologie de son travail.

Yvette Coffey n’est pas surprise que Terre-Neuve-et-Labrador se retrouve en bas de la liste.

Nous avons ces jeunes infirmières et infirmiers qui arrivent dans un système de santé où les conditions de travail sont insoutenables.

Même celles ou ceux qui sortent de l’école sont difficiles à recruter, dit-elle.

Violence, heures supplémentaires et salaire

À Terre-Neuve-et-Labrador, l'une des principales raisons des départs serait la rémunération, qui est la plus faible du pays, affirme l’analyste Gabriel Giguère.

Cela dit, nous sommes de retour à la table de négociation actuellement. C'est l'un des points que nous allons revendiquer : une meilleure rémunération.

D’après M. Giguère, ce problème de rétention s’explique aussi par la présence de plusieurs éléments qui rendent difficile la conciliation entre le travail et la vie personnelle, notamment le manque de flexibilité des horaires.

Yvette Coffey pose pour une photo. Elle est dans un corridor de ce qui semble être un centre de soins.

Yvette Coffey est présidente du Syndicat des infirmières autorisées de Terre-Neuve-et-Labrador. (Photo d'archives)

Photo : CBC / Peter Cowan

Selon les données de 2026 de la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières et infirmiers (FCSII) qui sont citées dans le rapport, plus de 40 % des infirmières auraient effectué des heures supplémentaires obligatoires et involontaires dans les six derniers mois.

Nous le constatons dans nos grands centres urbains, où l'on impose au personnel, à la fin de son quart de travail, de rester pour travailler 16 ou 24 heures, ou encore de rentrer dormir quatre heures avant de revenir pour un autre 12 heures, ajoute Yvette Coffey.

Ces conditions de travail sont donc la raison pour laquelle nous voyons les jeunes quitter la profession.

Il nous manque encore environ 200 infirmières et infirmiers immatriculés. Les grands centres, comme Saint-Jean [de Terre-Neuve], connaissent des problèmes de surcapacité et de pénurie de personnel, souligne-t-elle.

De plus, les employés sont très juniors au service d'urgence du Health Sciences Centre, où seulement 20 % du personnel aurait plus de deux ans d'expérience en soins d'urgence, selon Mme Coffey.

La violence fait aussi partie des causes importantes de départs. Plus de 90 % du personnel aurait subi de la violence ou des abus au travail dans la dernière année, et 50 % présentent des signes d’épuisement professionnel, dit ce rapport.

Lors d'un sondage réalisé cet été, 65% de nos membres nous ont dit avoir subi de la violence au cours du mois précédent. 22 % d'entre eux ont été victimes de violence physique. Nous constatons cela dans l'ensemble du système, ajoute Mme Coffey.

La Colombie-Britannique, modèle à suivre?

Dans ce même rapport, la Colombie-Britannique se démarque. Depuis 2014, cette province a réduit de 53 % le roulement de ses jeunes infirmières.

La simplification de la reconnaissance des diplômes internationaux et la mise en place de banques d’échange de quarts de travail, sans approbation administrative, expliqueraient cette amélioration.

L'entrée de l'urgence de l'hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique.

En ce qui concerne la rétention du personnel infirmier, les hôpitaux de la Colombie-Britannique se comparent avantageusement, selon le rapport de l'Institut économique de Montréal. (Photo d'archives)

Photo : CBC / Maggie MacPherson

Yvette Coffey explique que le syndicat et le gouvernement testent en ce moment un projet d'équipe volante syndiquée de 25 postes pour soutenir les régions isolées, comme le Labrador.

Des primes de 15 $ à 25 $ de l'heure y sont aussi offertes pour attirer le personnel. D'autres idées pour rendre les emplois au Labrador plus attrayants font aussi l'objet de discussions.

Le syndicat demande par ailleurs une modernisation des ratios de personnel. L'organisation actuelle repose sur des données datant de 40 ans, qui ne reflètent plus la gravité et la complexité des soins d'aujourd'hui, tant à l'hôpital qu'à domicile.

Les services de santé de la Terre-Neuve-et-Labrador n’ont pas donné suite aux demandes d’entrevue.

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