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Sur la francophonie, les candidats à la mairie se démarquent par leur ignorance

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Radio-Canada a pu s’entretenir en tête-à-tête avec chacune des 12 personnes candidates à la mairie de Winnipeg pour connaître leur vision pour la francophonie. Si tous soulignent avoir l’électorat francophone à cœur, certaines des propositions laissent transparaître une profonde méconnaissance de l'existence des francophones et une ignorance des enjeux qui traversent la communauté de Winnipeg.

Dans la course à 12 pour la mairie, les candidats ont faim d’exposition, au point de s’exprimer sur des sujets qu’ils ignorent.

Micro éteint, trois candidats confient avoir appris l'existence d’enjeux pour les francophones à Winnipeg en lisant le courriel envoyé par Radio-Canada pour leur demander une entrevue sur le sujet.

En quelques jours, ces candidats qui, pour certains, ne vivent pas de la politique, n’ont pas le temps d’étudier le sujet. L’un d'eux va même jusqu'à demander la définition de franco-manitobain. Un autre lance : mais qu’est-ce que vous [les francophones] voulez?.

Un panneau indiquant un bureau de scrutin.

2:52

Les élections municipales auront lieu le 28 octobre prochain. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Simon Deschamps

Les questions posées aux candidats étaient les mêmes pour tous : que pensez-vous de la francophonie, qu’est-ce que les Franco-Manitobains peuvent attendre de vous en cas de victoire, et avez-vous une mesure concrète pour les francophones.

Seuls deux candidats, Kevin Klein et Scott Gillingham, ont mentionné la partie 9 de la Charte de la Ville de Winnipeg pour appuyer leur volonté de rendre la capitale manitobaine davantage bilingue. Ce texte est pourtant à la base de la présence du français à Winnipeg, exigeant un service égal dans les deux langues dans les quartiers désignés.

C’est aussi ce règlement qui garantira aux francophones que, peu importe le ou la gagnante de la course à la mairie, des voies légales seront possibles si les droits linguistiques sont relégués au second plan.

Des propositions cosmétiques

Devant notre caméra, certaines solutions paraissent bricolées. Don Woodstock ou encore Umar Hayat promettent de rendre tous les panneaux routiers bilingues.

Cette promesse cosmétique n’est chiffrée chez aucun des deux candidats. Elle pourrait cependant coûter des millions de dollars, quand le simple remplacement des panneaux de limite de vitesse dans les rues résidentielles a déjà été estimé à plus de 525 000 $.

Tracey Drexler, Joshua Pagdato, Johnny Calderon, Kevin Klein ou encore le maire sortant Scott Gillingham évoquent l'envie de rendre les services en français plus accessibles en recrutant davantage de personnel bilingue, souvent en évoquant le 311.

Par contre, aucun candidat n’évoque le recrutement dans d’autres services de la Ville, comme le personnel bilingue au sein des équipes paramédicales ou le nombre de policiers francophones.

Comme l’affirme Scott Gillingham, la Ville a multiplié son nombre d’employés bilingues sous son mandat, mais ce progrès apparent cache des manquements.

Le dernier rapport sur les services en français datant de 2024 démontre qu’il est impossible d’être reçu en français au bureau du maire et au service des finances générales, qui ne comptent aucun employé bilingue, et presque impossible au niveau de la Winnipeg Transit, qui n’en compte qu’un seul.

Une vision caricaturale de la francophonie

Mike Vogiatzakis estime que la culture francophone est en déclin. Elle commence à ne plus être aussi proéminente qu’avant, pense-t-il.

Mais sa promesse frise avec la caricature. En cinq minutes d’échanges par téléphone, Mike Vogiatzakis circonscrit la culture francophone à la revitalisation du boulevard Provencher, dans Saint-Boniface. Les autres quartiers désignés bilingues dans le district Riel ne sont pas évoqués, encore moins de reste de la ville.

La Ville, consciente que les francophones ne sont pas restreints à leur quartier historique, avait déjà envisagé d’étendre ses services en français partout sur son territoire en 2023. Ce projet n’a finalement jamais abouti et a sombré dans l’oubli, n’ayant été mentionné par aucun des aspirants à la mairie.

Le candidat d’origine philippine, Chris Clacio, promet d’apprendre le français s'il remporte l’élection. Il est actuellement capable de se présenter et de dire merci, rien de plus. Il admet avoir du mal avec l’apprentissage du Tagalog, langue officielle des Philippines, mais veut ainsi en apprendre une troisième pour prouver [sa] passion des langues.

Mazher Alam veut pour sa part mettre l’accent sur la production de films et séries partageant l’histoire des francophones.

Il propose même un Festival francophone qui, selon lui, n’existe pas encore à Winnipeg. La phrase idéale pour rater son date avec les francophones et leurs 57 éditions de Festival du Voyageur.

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