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Quinze ans après son dernier match avec les Aigles Bleues, Mariève Provost recevra l'un des plus grands honneurs qu'une équipe peut donner à une joueuse : le retrait de son numéro. Le 55 sera mis bien en évidence sur une bannière à l'aréna J.-Louis-Lévesque, samedi soir à 19 h, lors du match contre Mount Allison.
C'est la première fois qu'un tel hommage est rendu en sport féminin à l'Université de Moncton. C'est aussi une première en hockey féminin pour le Sport universitaire de l'Atlantique (SUA).
De retirer un chandail, c'est... énorme, là, comme honneur, a lancé Mariève Provost, émue, en entrevue plus tôt cette semaine. Je ne me serais jamais attendu à ça, pour être honnête.

Mariève Provost, en entrevue la semaine dernière. Elle avait hâte de revenir à Moncton pour cet honneur.
Photo : Capture d'écran
Elle a porté son chandail numéro 55 de 2006 à 2011, cinq saisons qui ont été fastes pour le Bleu et Or.
Elle a donné du lustre et des lettres de noblesse aux Aigles Bleues, qui avaient vu le jour en 1998. C'était, à ce moment, la seule université de langue française à offrir un programme de hockey féminin au Canada.

Mariève Provost est détentrice des records universitaires de buts et de points en carrière. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes
Son palmarès est impressionnant : quatre championnats des marqueuses en Atlantique.
Elle détient toujours deux records canadiens du hockey universitaire féminin : le plus de buts en carrière, avec 110, et le plus de points en carrière (buts et mentions d'aide combinées), soit 220.
Il y a une équipe qui te soutient, souligne l'as marqueuse, maintenant âgée de 41 ans. Il y a la gardienne de but, qui couvrait les nombreuses fautes défensives que j'ai faites. C'est beaucoup plus qu'un record de points, c'est toute l'équipe qui a performé.
Ce qu'elle dit maintenant n'est pas de la fausse modestie. Quand on fouille dans les archives de Radio-Canada Acadie, on trouve des citations de la hockeyeuse, qui répétait souvent que le succès collectif est important pour elle.
Tu ne peux pas faire ce record seule, disait-elle au Téléjournal Atlantique, le 14 février 2011. C'est ce que je dis depuis le début. Mes coéquipières font un excellent travail.

Mariève Provost a fait l'objet d'une surveillance accrue lorsqu'elle était près du filet adverse. (Photo d'archives)
Photo : Normand Léger / Université de Moncton
On a l'impression que le retrait de son numéro est aussi l'occasion de rendre hommage à son époque.
Je n'ai pas l'impression que ce chandail-là, c'est simplement mon nom. C'était l'équipe qui était derrière moi, analyse-t-elle.
De Laval à Moncton, une nouvelle vie
Excellente joueuse au niveau collégial, la jeune Mariève ne savait pas trop à quoi s'attendre en 2006. Des universités canadiennes et américaines lui avaient fait des offres.
La jeune femme voulait étudier en français.
À ce moment, les Aigles Bleues croupissaient dans les bas-fonds du classement, avec une seule victoire. C'était aussi une époque où le hockey féminin était dans l'ombre et moins développé.

Sa chasse au record la rendait un peu mal à l'aise. La hockeyeuse voulait gagner des championnats et les statistiques individuelles l'intéressaient moins, nous explique-t-elle. (Photo d'archives)
Photo : Normand Léger / Université de Moncton
Je vous avoue que je n'avais pas trop regardé les statistiques de l'équipe avant de me joindre à l'université!, admet Provost, sourire en coin.
Son choix final, on le doit en partie à un jeune homme motivé : Mathieu Gingras, un préposé à l'équipement qui travaillait aussi au recrutement d'étudiants à l'Université de Moncton.
On le surnommait aussi le gars aux drapeaux.

Mathieu Gingras, en 2019. Il a toujours été un ardent promoteur de l'Université de Moncton. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux
Ce gars-là, il avait les étoiles dans les yeux! Tout ce qu'il disait, dans ce qu'il racontait comme histoire, celle de l'université, de la langue française, de l'Acadie. C'est vraiment des valeurs qui sont venues me chercher, se souvient la hockeyeuse.
C'est cet acte de foi envers l'Acadie qui aura fait d'elle une légende du hockey universitaire.
On est vraiment parti de loin, comme programme... Je me suis dit : "Oh! Comme c'est intéressant." Tu sais, ça va être un beau défi!
Un défi relevé haut la main!
En plus des records personnels, des prix au Gala des Athlètes, ce sont les championnats qui l'ont marquée. Deux fois, les Aigles Bleues ont gagné le titre de l'Atlantique — 2007, avec 14 recrues dans l'alignement, puis en 2009.

Mariève Provost a gagné le titre d'athlète de l'année en 2010. C'est l'un des nombreux prix qu'elle a remportés au gala des athlètes de l'Université de Moncton. (Photo d'archives)
Photo : Normand Léger / Université de Moncton
Son meilleur souvenir est sans contredit la médaille de bronze au Championnat canadien.
Les Aigles Bleues devenaient la première équipe de l'Atlantique à gagner une médaille sur la scène nationale en hockey féminin.
C'est la saison la plus mémorable que j'ai vécue, avec tout ce qu'on a accompli.

Les Aigles Bleues fêtent leur victoire dans le match pour la médaille de bronze en 2009. C'était le meilleur résultat d'une université de l'Atlantique aux nationaux. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
L'aventure du hockey pro
Armée de son baccalauréat en kinésiologie, elle a joué au niveau professionnel en Autriche, puis avec les Stars de Montréal, dans la défunte Ligue canadienne de hockey féminin.
Les conditions étaient différentes comparativement à la Ligue professionnelle de hockey féminin, aujourd'hui.

Mariève Provost a joué pendant trois ans avec les Stars de Montréal, au hockey professionnel. (Photo d'archives)
Photo : Mariève Provost
Dans ce temps-là, les joueuses devaient avoir un autre emploi en plus du hockey. Les heures sur la glace étaient tard le soir et les matchs avaient lieu le week-end.
Je pense qu'on a toutes permis aux jeunes joueuses de pouvoir faire ça aujourd'hui, de rêver à ça. Je ne regrette pas, parce que pense qu'on a aidé à construire le rêve de demain de plusieurs jeunes filles.
Un conseil aux futures joueuses universitaires?
Ça dépend de ce que les filles recherchent. Tu peux viser le hockey, mais c'est important de choisir le bon programme d'études, lance la légendaire joueuse. Ce n'est pas toujours évident de trouver sa voie [dans les études], mais quand tu la trouves, c'est magnifique.

Mariève Provost a représenté le Canada à deux reprises lors des Universiades. (Photo d'archives)
Photo : Hockey Canada
À sa retraite du hockey, Mariève Provost a travaillé dans les gymnases et a même aidé à faire passer les tests des recrues des Canadiens de Montréal, en plus de préparer des évaluations, notamment dans les écoles de hockey.
Partie à la découverte d'un pays, elle a découvert l'Acadie et un métier. Maintenant, son nom et son numéro pourront inspirer d'autres générations.


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