Le ministère de l’Intérieur a publié ce mercredi les chiffres des infractions commises en France en raison de l’ethnie, de la nation, de la religion ou d’une prétendue race. Un état des lieux statistique inquiétant qui ne donne pourtant pas à voir l’ampleur du phénomène.

Kevin Nectoux - Aujourd'hui à 19:02 | mis à jour aujourd'hui à 19:02 - Temps de lecture :

Les crimes racistes ont augmenté en 2025 en France. Photo d'illustration Sipa/Arnaud Cesar Vilette Les crimes racistes ont augmenté en 2025 en France. Photo d'illustration Sipa/Arnaud Cesar Vilette

Une progression alarmante. Le ministère de l’Intérieur a publié ce mercredi un état des lieux statistique des « atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux en 2025 » en France. Les services de police et de gendarmerie ont enregistré plus de 16 400 infractions pour ces motifs l’an dernier. Dans le détail, le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) précise que 6 700 de ces infractions sont des contraventions, tandis que 9 700 constituent des crimes ou des délits, soit une hausse de 5 % par rapport à 2024. Une augmentation significative qui reste toutefois moins importante qu’en 2023 et 2024, où ces faits avaient respectivement bondi de 30 % et de 10 % avec une forte progression des actes antisémites depuis le 7 octobre 2023. Malgré une baisse de 16 %, ceux-ci restent cependant à un niveau extrêmement élevé (1 320 en 2025).

En 2025, la moitié des crimes et délits à caractère raciste sont des injures publiques, mais une part significative sont des menaces, notamment de mort (19 %). Si les atteintes à la vie et les violences « sont nettement plus rares » (environ 6 %), le SSMSI rappelle que l’an dernier trois homicides ont abouti, dont celui d’Hichem Miraoui, un Tunisien de 45 ans abattu par un homme aux motivations racistes à Puget-sur-Argens (Var) en mai 2025, et trois tentatives d’homicide ont été décomptés.

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Seules 3,5 % des victimes portent plainte

L’an dernier, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 10 100 victimes de crimes ou de délits commis en raison de l’ethnie, de la nation, de la religion ou d’une prétendue race, en hausse de 4 % par rapport à 2024. Parmi eux, ce sont les hommes, les personnes âgées de 25 à 54 ans et les étrangers ressortissants d’un pays d’Afrique (11 %) qui sont le plus représentés.

Cependant, « il faut prendre ces chiffres avec des pincettes », prévient la politiste Nonna Mayer, directrice de recherche émérite au CNRS/Science Po. En effet, comme le souligne également le service du ministère de l’Intérieur, ce n’est qu’une infime minorité des victimes d’infractions à caractère raciste qui porte plainte. En 2023, plus d’un million et demi de personnes de 18 ans ou plus ont été victimes d’une atteinte pour ces motifs mais seulement 3,5 % d’entre eux ont effectivement porté plainte, d’après l’enquête de victimation “Vécu et ressenti en matière de sécurité”.

« De nombreuses études démontrent qu’il y a aussi une inégalité devant la démarche de déclaration. Certaines catégories de la population, notamment les personnes immigrées et les musulmans, sont plus réticentes à franchir les portes d’un commissariat. On a donc sans aucun doute une sous-estimation des actes antimusulmans en France », rapporte Nonna Mayer. Ceux-ci ont augmenté de 88 % en 2025, selon le ministère de l’Intérieur. Si la catégorisation des infractions laisse encore à désirer pour la chercheuse, elle note malgré tout « un progrès du recensement côté police et gendarmerie » ces dernières années ainsi qu’un « effort non négligeable des associations qui accompagnent les victimes pour les inciter à porter plainte ».

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