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Près de 320 millions de dollars empruntés pour un satellite qui n’a émis que quelques heures : l’Angola a dû attendre cinq ans pour en recevoir un second

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Trois cent vingt-sept millions de dollars empruntés, quelques heures de fonctionnement, puis le silence total. C’est l’histoire d’AngoSat-1, premier satellite de télécommunications de l’Angola, disparu dans l’espace à peine son lancement achevé fin 2017. Il faudra attendre près de cinq ans et un changement complet de fabricant pour que Luanda obtienne enfin un satellite opérationnel.

À retenir

  • Un satellite de 327 millions de dollars qui n’a fonctionné que quelques heures avant de disparaître dans l’espace
  • Comment une coopération russo-angolaise de décennies a mené à l’un des plus grands fiascos spatiaux africains
  • Une indemnité d’assurance de 121 millions de dollars qui a changé la donne pour le second satellite

Sommaire

  1. Un rêve spatial financé à crédit
  2. Quelques heures d’émission, puis plus rien
  3. Cinq ans, un changement de fabricant et une seconde tentative

Un rêve spatial financé à crédit

Tout commence en 2009. Luanda et Moscou avaient convenu de lancer Angosat-1, dont la mission, d’une durée espérée de quinze ans, visait à améliorer les communications par satellite, l’accès à l’internet et la diffusion de programmes de radio-télévision en Afrique, pour un projet d’environ 280 millions de dollars financé par un crédit des banques d’État russes. Dans le détail, des banques moscovites, dont Vneshekonombank, VTB et Roseksimbank, accordent un prêt de 286 millions de dollars au ministère des Finances angolais, remboursable sur treize ans. Un montage financier classique dans les relations russo-angolaises, héritées de décennies de coopération militaire et économique datant de l’époque soviétique.

La construction, confiée au géant russe RKK Energia, traîne plusieurs années avant d’aboutir. Le satellite finit par décoller le 26 décembre 2017 depuis le cosmodrome de Baïkonour, propulsé par un lanceur Zenit-3F couplé à un étage Fregat-SB. Sa destination : une orbite géostationnaire à 14 degrés est, d’où il devait couvrir l’ensemble du territoire angolais et une partie de l’Afrique et de l’Europe. Sur le papier, le projet complet, incluant la construction d’une station de contrôle près de Luanda, atteint finalement 327,6 millions de dollars. Une somme colossale pour un pays dont l’économie repose largement sur le pétrole, et qui symbolisait pourtant l’entrée de l’Angola dans le club très fermé des nations spatiales africaines.

Quelques heures d’émission, puis plus rien

L’euphorie ne dure pas. Six jours après le lancement, RKK Energia communique déjà sur un problème d’alimentation électrique du satellite. La télémétrie révèle un problème dans le système d’alimentation électrique, et l’entreprise indique que l’engin allait sortir de portée des stations de contrôle au sol avant que d’autres tentatives de dépannage ne puissent être menées. En clair : au moment critique du déploiement des panneaux solaires, censés fournir l’énergie vitale au satellite, quelque chose s’est cassé. Le dernier contact enregistré remonte au 29 décembre 2017, trois jours seulement après la mise en orbite.

Les ingénieurs tentent bien de reprendre la liaison plusieurs fois durant l’hiver et le printemps suivants. En vain. La prochaine tentative de contact et de correction du problème a lieu en avril 2018 ; le satellite ne répond à aucun signal et est donc considéré comme perdu. Le gouvernement angolais officialise l’échec le 23 avril 2018, quatre mois seulement après un lancement pourtant présenté comme historique. Pour un satellite censé fonctionner quinze ans, la durée de service réelle se compte en heures d’émission utile, une performance qui reste l’un des échecs spatiaux les plus coûteux jamais enregistrés sur le continent africain, à l’exception peut-être de projets militaires classifiés dont personne ne parle jamais.

Un détail technique surprenant circule alors dans la presse spécialisée : selon certains experts russes, l’appareil aurait passé trois ans stocké dans un hangar avant son lancement, ce qui aurait pu fragiliser certains composants. Rien n’a jamais confirmé officiellement cette hypothèse, mais elle illustre bien les délais interminables qui ont entouré ce projet dès l’origine.

Cinq ans, un changement de fabricant et une seconde tentative

Face à la catastrophe, Moscou ne tarde pas à réagir, du moins sur le principe. C’est en avril 2018 que la Russie et l’Angola conviennent de construire AngoSat-2, présenté comme une compensation directe à la perte du premier engin. Le contrat initial revient logiquement à RKK Energia, le constructeur du satellite défaillant. Mauvaise pioche : le marché lui est retiré en 2020 à la demande de l’Angola, Luanda ne faisant plus confiance en une société qui comptait déjà plusieurs échecs à son actif. La construction est alors transférée à ISS Reshetnev, une autre filiale de l’agence spatiale russe Roscosmos, réputée plus fiable sur les plateformes de télécommunications.

Ce changement de cap paie. Le satellite Angosat-2 est créé en un temps record pour l’industrie spatiale russe, deux ans, une fois le nouveau contrat signé. Il décolle finalement le 12 octobre 2022 depuis Baïkonour, cette fois embarqué sur un lanceur Proton-M, et rejoint sa position orbitale définitive début novembre. Basé sur la plateforme Ekspress-1000H, l’appareil pèse environ deux tonnes et embarque trente et un transpondeurs répartis sur les bandes C, Ku et Ka, contre un équipement bien plus modeste pour son prédécesseur. Selon les responsables angolais du programme spatial national, le nouveau satellite serait sept fois plus rapide que son prédécesseur Angosat-1, qui avait été perdu quelques heures après son lancement en 2017.

Cette fois, pas de mauvaise surprise. Le satellite devient pleinement opérationnel le 23 décembre 2022, plus de cinq ans jour pour jour après le lancement raté du premier exemplaire. Entre les deux dates, l’Angola a dû composer avec une capacité de télécommunications empruntée temporairement sur la flotte satellitaire russe existante, en attendant que son propre équipement fonctionne enfin.

Reste un détail financier qui mérite d’être souligné : une partie du fiasco initial n’a pas été totalement perdue pour Luanda. Une indemnité d’assurance de 121 millions de dollars pour le satellite perdu a été intégrée au paiement du second satellite, ce qui a permis d’alléger la note pour le contribuable angolais. Un mécanisme classique dans l’industrie spatiale, où les polices d’assurance couvrent justement ce genre de scénario catastrophe, mais qui rappelle surtout à quel point l’aventure orbitale reste un pari risqué, même pour des puissances industrielles aussi rodées que la Russie.

Sources : afrique.lalibre.be | wearetech.africa | techguru.fr

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