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En passant derrière la face cachée de la Lune le 20 juillet 1969, un Américain resté seul dans sa capsule a littéralement disparu de la Terre pendant 48 minutes

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Le 20 juillet 1969, alors que des centaines de millions de personnes ont les yeux rivés sur un écran de télévision pour suivre les premiers pas de Neil Armstrong sur la Lune, un troisième homme vit un moment tout aussi historique, mais aux antipodes de la gloire télévisée. Cet homme, c’est Michael Collins, resté seul à bord du module de commande Columbia, en orbite lunaire. Pendant qu’Armstrong et Aldrin marquent l’histoire à la surface de notre satellite, Collins disparaît régulièrement derrière la face cachée de la Lune, coupé de toute communication avec la Terre pendant 48 minutes à chaque révolution. Un huis clos silencieux, presque anecdotique dans les récits populaires d’Apollo 11, mais qui mérite qu’on s’y attarde tant il raconte une facette méconnue de cette aventure spatiale.

L’homme que la Lune a effacé du monde

On connaît par cœur les visages d’Armstrong et d’Aldrin, immortalisés dans les manuels scolaires et les documentaires. Michael Collins, lui, reste souvent dans l’ombre de cette mission qu’il a pourtant rendue possible. Son rôle est pourtant capital : il pilote le module de commande, cette capsule qui doit rester en orbite lunaire pendant que ses deux coéquipiers descendent vers la surface à bord du module lunaire Eagle. Sans lui, pas de retour possible vers la Terre.

Pendant que ses collègues s’illustrent dans la poussière lunaire, Collins tourne, encore et encore, autour de la Lune. Il devient, pour un temps, l’homme le plus isolé de l’histoire humaine. Aucun être humain avant lui n’avait été aussi loin de toute présence humaine, à l’exception de ses deux coéquipiers eux-mêmes, mais qui, eux, foulent le sol lunaire sous les projecteurs du monde entier. Collins, lui, n’a pour seule compagnie que le silence et les instruments de son vaisseau.

48 minutes où plus personne sur Terre ne pouvait l’entendre

Le module de commande suit une trajectoire orbitale qui l’amène, à intervalles réguliers, à passer derrière la face cachée de la Lune. À ce moment précis, la masse lunaire fait écran entre le vaisseau et la Terre, bloquant totalement les ondes radio. Pendant environ 48 minutes, Collins ne peut plus émettre ni recevoir aucun message. Ni Houston, ni ses coéquipiers à la surface, ni personne d’autre sur Terre ne peut alors entendre sa voix ou capter le moindre signal en provenance de sa capsule.

Ce blackout radio total se répète à chaque orbite, plusieurs fois durant la mission. Il faut imaginer la scène : un homme seul, dans une capsule métallique grande comme une petite voiture, filant à plus de 5 000 kilomètres à l’heure autour d’un astre mort, sans aucun contact possible avec le reste de l’humanité. Même les astronautes russes en pleine Guerre froide n’avaient jamais connu un isolement aussi radical. Collins devient, littéralement, l’être humain le plus seul de l’histoire, avec pour seul horizon les cratères gris défilant sous son hublot.

Dans le silence absolu, la peur la plus étrange qu’il ait ressentie

Ce que l’on retient souvent de cette expérience, c’est la solitude quasi métaphysique qu’elle a pu provoquer. Collins racontera plus tard qu’il ressentait moins la peur de mourir seul dans l’espace que celle, bien plus insidieuse, de devoir repartir sans ses coéquipiers si jamais quelque chose se passait mal lors de leur remontée depuis la surface lunaire. Cette angoisse-là, purement psychologique, semble avoir davantage marqué l’astronaute que l’isolement physique lui-même.

Il faut se représenter la situation : à chaque passage derrière la Lune, Collins sait qu’il ne pourra recevoir aucune nouvelle si un incident survient à la surface. Pas de moyen de savoir si Armstrong et Aldrin sont en sécurité, pas de possibilité d’intervenir en cas de problème. Cette impuissance totale, couplée au silence radio, crée une tension psychologique unique, bien différente de la peur classique du vide spatial. C’est une solitude active, chargée de responsabilité, plus qu’une simple absence de bruit.

Ce que Collins a vécu là-haut change notre regard sur Apollo 11

Revenir sur l’expérience de Michael Collins permet de nuancer le récit très centré sur les deux hommes ayant marché sur la Lune. Apollo 11 n’est pas seulement l’histoire d’une empreinte de botte dans la poussière lunaire, c’est aussi celle d’un troisième homme resté en orbite, garant silencieux du bon déroulement de toute la mission. Sans son travail minutieux, sans sa capacité à gérer cette solitude extrême, le retour vers la Terre n’aurait tout simplement pas été possible.

Cette dimension humaine, souvent éclipsée par l’image iconique du drapeau américain planté sur le sol lunaire, mérite d’être remise en lumière. Elle rappelle que l’exploration spatiale repose autant sur des exploits individuels visibles que sur des missions plus discrètes, tout aussi essentielles. Michael Collins n’a jamais posé le pied sur la Lune, mais son rôle dans cette aventure reste, à sa manière, tout aussi extraordinaire que celui de ses deux illustres compagnons de voyage.

Plus de cinquante ans après cet exploit, l’histoire de Michael Collins continue de fasciner par ce qu’elle révèle sur la condition humaine face à l’immensité spatiale. Alors que de nouveaux programmes lunaires se préparent aujourd’hui, cette expérience unique de solitude absolue invite à s’interroger : que ressentiraient les astronautes de demain, confrontés à des missions plus longues encore, vers Mars ou au-delà ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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