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On pensait l’orbite vide d’armes : l’armée américaine confirme que des engins y suivent déjà d’autres satellites

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Imaginez un satellite espion qui se glisse discrètement à quelques centaines de mètres d’un engin adverse, capable à tout moment de brouiller ses communications ou de l’aveugler. Ce scénario, longtemps digne d’un roman de science-fiction, vient de recevoir une confirmation officielle glaçante. L’armée américaine a reconnu, sans détour, que des armes se trouvent déjà en orbite, prêtes à défendre les intérêts des États-Unis contre d’éventuelles actions hostiles. Une déclaration qui change la donne et qui remet brutalement en question l’image d’un espace neutre, réservé à l’exploration scientifique et aux télécommunications civiles.

À retenir

  • L’US Space Force et le secrétaire de l’US Air Force Troy Meink ont confirmé la présence de systèmes de contrôle spatial armés déjà en orbite, sans préciser leur fonctionnement ni leur apparence
  • Ces armes privilégient des méthodes non destructrices comme la filature orbitale et le brouillage électronique plutôt que la destruction physique, afin d’éviter la création de débris spatiaux
  • La Chine et la Russie ont réagi en exhortant Washington à cesser ce déploiement militaire, plaidant depuis des années pour un traité international interdisant les armes dans l’espace, un sujet qui sera abordé lors de la conférence du désarmement de l’ONU en novembre

L’espace n’est plus ce sanctuaire pacifique qu’on imaginait

Pendant des décennies, l’orbite terrestre a conservé une image presque romantique : un territoire commun, dédié à l’observation de notre planète, aux communications et à l’aventure humaine vers les étoiles. Cette vision vient de prendre un sérieux coup de vieux. Lors de la conférence Air, Space & Cyber, qui s’est tenue à National Harbor aux États-Unis, un porte-parole de l’US Space Force a confirmé que le pays dispose de systèmes de contrôle spatial armés déjà positionnés en orbite. Un aveu rare, presque inédit dans sa franchise, qui a été appuyé par les propos du secrétaire de l’US Air Force, Troy Meink, reconnaissant lui aussi l’existence de ces armes spatiales.

Ce qui frappe, c’est le flou savamment entretenu autour de la nature exacte de ces engins. Aucune précision n’a été donnée sur leur fonctionnement, leur apparence ou leur mode d’action. On sait simplement qu’ils sont conçus pour défendre la force interarmées contre des actions jugées hostiles. Une ambiguïté qui, loin de rassurer, alimente les spéculations et les inquiétudes chez les puissances rivales.

Des satellites qui filent d’autres satellites, un jeu du chat et de la souris à 36 000 km d’altitude

L’image est saisissante : des engins qui suivent silencieusement d’autres satellites, à des dizaines de milliers de kilomètres au-dessus de nos têtes, dans un ballet aussi discret que stratégique. Ce type de manœuvre, appelé filature orbitale, permet de surveiller de près les activités d’un satellite adverse, voire de s’en approcher suffisamment pour perturber son fonctionnement. On est loin des explosions spectaculaires qu’on imagine parfois quand on pense à une guerre spatiale.

En réalité, les experts s’accordent à dire que les armées évitent soigneusement tout ce qui pourrait générer des débris en orbite, un danger qui menacerait l’ensemble des infrastructures spatiales, y compris les leurs. La priorité va donc à des équipements non destructeurs, comme les brouilleurs électroniques ou les outils de guerre électronique, capables de neutraliser un satellite sans le détruire physiquement. Une approche plus subtile, mais tout aussi efficace pour qui cherche à prendre l’ascendant dans ce nouvel espace de confrontation.

Pentagone contre Pékin et Moscou : la course silencieuse qui se joue au-dessus de nos têtes

Cette confirmation américaine n’a évidemment pas laissé la Chine et la Russie indifférentes. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a immédiatement exhorté Washington à cesser le déploiement de ses capacités militaires, tout en mettant en garde contre le risque d’une véritable guerre dans l’espace. De son côté, la Russie a réaffirmé sa position historique : l’espace devrait rester exempt de tout armement, un principe régulièrement défendu par Moscou sur la scène internationale.

Cette rivalité n’a rien de nouveau. Elle remonte en réalité au lancement du satellite Spoutnik en 1957, moment où Washington et Moscou ont commencé à explorer les moyens d’armer leurs satellites et de neutraliser ceux de l’adversaire. En 1967, le Traité sur l’espace extra-atmosphérique avait tenté de poser des limites claires, interdisant notamment le déploiement d’armes de destruction massive en orbite. Mais ce texte, aussi fondateur soit-il, ne couvre pas les armes conventionnelles ni les technologies non cinétiques, laissant une zone grise dans laquelle les grandes puissances évoluent aujourd’hui avec une liberté certaine.

Depuis une vingtaine d’années, la Chine et la Russie plaident pour l’élaboration d’un traité international visant à empêcher purement et simplement le placement d’armes dans l’espace. Les pays occidentaux, eux, préfèrent une approche différente, fondée sur la notion de comportement responsable, plus souple mais aussi plus difficile à faire respecter concrètement.

Une nouvelle ère spatiale s’ouvre, et personne n’est vraiment prêt

La question de la prévention d’une course aux armements spatiale devrait justement être abordée lors de la prochaine conférence du désarmement de l’ONU, prévue en novembre. Un rendez-vous qui s’annonce déterminant, alors que les tensions s’accumulent et que chaque camp semble avancer ses pions sans réellement dévoiler ses intentions. En Chine, certains observateurs ont d’ores et déjà averti que la stratégie spatiale américaine risquait de mettre en danger la sécurité nationale du pays, laissant présager une réponse de Pékin dans les mois à venir.

Ce qui se joue actuellement au-dessus de nos têtes n’est donc plus une simple hypothèse théorique évoquée dans des rapports militaires confidentiels. C’est une réalité assumée, revendiquée même, par la première puissance spatiale mondiale. Et si l’automne s’installe tranquillement sur Terre, en orbite, c’est une tout autre saison qui semble débuter : celle d’une compétition stratégique où la maîtrise de l’espace pourrait bien devenir aussi cruciale que celle des mers ou des airs l’a été par le passé.

Entre les non-dits savamment entretenus par Washington, les mises en garde de Pékin et la fermeté affichée par Moscou, une chose semble certaine : l’orbite terrestre n’a plus rien d’un simple décor pour satellites de télécommunication. Elle devient, discrètement mais sûrement, un nouveau théâtre d’opérations où se dessinent les rapports de force de demain. Reste à savoir si la diplomatie parviendra à encadrer cette course avant qu’elle ne devienne totalement incontrôlable.

Source : Ars Technica

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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