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La famille d’une dame de 83 ans, assassinée en 2025 à Pickering, demande à la province une enquête du coroner pour éviter une autre tragédie semblable dans l’avenir après la condamnation, mercredi, du jeune meurtrier à la peine maximale devant le tribunal d’Oshawa. Le mineur, dont l’identité est protégée par la loi, a écopé de 10 ans de prison, dont quatre à purger dans la communauté, pour le meurtre prémédité d’Eleanor Doney.
Dans sa sentence, la juge Lisa Wannamaker, de la Cour supérieure de l’Ontario, s’est montrée clémente à l’endroit du jeune meurtrier, en lui accordant, comme le demandait la défense, un crédit d’un an pour le temps qu’il a passé en détention préventive depuis son arrestation il y a 13 mois et demi.
Si je ne lui avais pas donné un crédit, tous les efforts qu’il a déployés en détention pour suivre des programmes de réinsertion n’auraient servi à rien, explique-t-elle devant un prétoire plein à craquer.
Une peine jugée trop clémente
Couronne et défense avaient soumis une recommandation conjointe de 10 ans, mais elles ne s’entendent pas sur le crédit à lui octroyer. La Couronne avait refusé tout crédit.
L’adolescent peut maintenant espérer compléter sa peine dans un centre pour jeunes délinquants, à moins d’un avis contraire du service correctionnel.
Si la juge avait donné raison à la Couronne, le meurtrier aurait dû être transféré dans un pénitencier pour adultes à son 20e anniversaire pour y compléter sa peine.

Peter Kirwin, le gendre d’Eleanor Doney, s’adresse à la presse à l’extérieur du palais de justice d’Oshawa après le prononcé de la peine contre le jeune meurtrier.
Photo : Radio-Canada / Vedran Lesic
La Couronne avait renoncé à réclamer une peine pour adulte après avoir pris connaissance de l’immaturité et de la santé mentale du meurtrier.
La fille d’Eleanor Doney, Judy Kirwin, a dénoncé la sentence dans une déclaration qu’elle a lue à la presse, en se demandant s’il était possible de réintégrer un meurtrier dans la société après seulement six ans de prison.
Nous manquons à notre devoir envers les jeunes en rejetant l’idée qu’ils ne savent pas distinguer le bien du mal. Ce faisant, nous ne parvenons pas à remplir la mission du système judiciaire, qui consiste à assurer la sécurité et la protection de notre communauté, dit-elle.
Son conjoint, Peter Kirwin, s’est montré moins sévère que sa femme, bien qu’il eut préféré un crédit plus court de six mois à cause de la cruauté du crime.
Il affirme que sa famille partage un mélange de sentiments, comme la colère et la revanche, mais également la compassion, lorsque l’on regarde le passé du meurtrier et ce que sa famille doit endurer.
Rappel des événements tragiques
La décision de la juge a par ailleurs permis d’en apprendre un peu plus sur ce qui s’était passé l’après-midi du 29 mai 2025 à Pickering.
Eleanor Doney a été poignardée à multiples reprises, notamment dans le dos, au visage et au cou, dans son jardin, où elle faisait du jardinage.
La caméra de surveillance de ses voisins d’en face avait permis de voir l’accusé masqué en train de marcher sur le trottoir avec une mallette et vêtu d’un long manteau et d’un pantalon noirs.
L’adolescent s’était arrêté en déposant son porte-documents et en entamant une discussion avec la dame avant de retourner à sa mallette pour y prendre un couteau.

La victime, Eleanor Doney, 83 ans, jardinait devant sa résidence de Pickering lorsqu’elle a été poignardée à mort par un adolescent de 14 ans. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lowe
Il avait alors poignardé l’octogénaire avant de prendre la fuite dans un boisé. L’arme blanche avait été retrouvée par les policiers et l’adolescent avait été appréhendé à 20 h le même jour.
Plusieurs affaires avaient été saisies à son domicile, notamment un ordinateur dont le disque dur a révélé des recherches sur les meurtres en série, le harcèlement, l’utilisation d’un couteau et les moyens d’échapper à toute surveillance.
Une conversation dans un salon de clavardage a été prélevée : elle y fait mention d’un projet visant à tuer des personnes tout en échappant à la justice ainsi qu’à son intention de tuer sa grand-mère et de s’en prendre à des animaux.
Les policiers avaient aussi confisqué des vidéos d’animation sur des meurtriers en série.
Facteurs aggravants et atténuants
La magistrate explique qu’elle a tenu compte de plusieurs facteurs atténuants, comme le plaidoyer de culpabilité du mineur et sa santé mentale.
L’adolescent est atteint d’autisme, il a des problèmes d’apprentissage et souffre d’un trouble dépressif avec une composante psychotique.
La juge ajoute que le jeune remplit tous les critères de la loi pour obtenir une thérapie dans le cadre de son retour éventuel dans la communauté sous de strictes conditions et de sa réinsertion sociale.

L’attaque sur Eleanor Doney avait été perpétrée au hasard l’après-midi du 29 mai 2025. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lowe
Elle a également pris en compte des facteurs aggravants, comme la préméditation du meurtre, le degré élevé de responsabilité de l’adolescent, la vulnérabilité de la victime et le profond impact que le meurtre de Mme Doney a eu sur sa famille et sa communauté.
À ce sujet, elle a relu quelques passages des déclarations des proches de Mme Doney au sujet de l’impact que la mort de l’octogénaire a eu sur la famille depuis un an.
Il semble que tout le monde aurait été chanceux de connaître Eleanor Doney, mais aucun châtiment, aussi sévère soit-il, ne pourra jamais aider la famille à surmonter leur deuil, dit-elle.

Un camion d’enquête médico-légale de la police régionale de Durham est stationné devant la résidence de la victime, le 29 mai 2025, à Pickering. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lowe
Elle assure que le châtiment est proportionnel à la gravité du crime, qu’il est conforme à la jurisprudence du pays pour un délit semblable, et qu’il respecte les principes de protection du public, de dénonciation et de dissuasion.
M. Kirwin ajoute qu’il espère que le plan d’intervention pour venir aux problèmes de santé mentale de l’adolescent porte ses fruits pour la suite des choses.
Nous espérons qu’il réussira à réintégrer la société et à devenir un membre actif de sa communauté, dit-il.
Il mentionne que sa famille a cru aux excuses du meurtrier, hier dans le prétoire, mais seulement à la lumière de ses capacités mentales.
M. Kirwin croit en outre que le meurtre aurait pu être évité et qu’il reste de nombreuses questions à résoudre.
S’il avait été suspendu de son école la veille pour y avoir apporté un couteau, pourquoi l’a-t-on laissé aller? Quelles sont les précautions qui ont été prises par la suite pour protéger la communauté, s’interroge-t-il.
Appel pour une enquête du coroner
La famille Doney demande d’ailleurs à la province d’ouvrir une enquête du coroner pour comprendre ce qui s’est passé et faire en sorte que pareil drame ne se reproduise plus dans la province.
La juge cite notamment le premier rapport des psychiatres qui ont rencontré l’adolescent en détention en décembre et en janvier derniers pour tenter d’élucider ces questions.
Le document indique que le meurtrier n’a aucun intérêt pour les filles, qu’il maintient des relations superficielles avec ses pairs, qu’il a été suspendu de son école et qu’il fréquente des sites violents et inappropriés sur Internet.

Une voiture de police monte la garde à l’entrée de la promenade qui mène à la résidence de la victime, le 29 mai 2025, à Pickering. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lowe
Le jeune leur a notamment mentionné en prison qu’il avait ressenti un désir ardent de commettre un meurtre dans les jours avant de passer à l’acte. Il avait expliqué qu’il avait tué sa victime, parce qu’il voulait échapper à son destin.
Le meurtrier avait révélé qu’il n’avait rien consommé ce jour-là et que ses pensées meurtrières avaient disparu après le meurtre.
Les psychiatres ont relevé que le jeune fait preuve d’une piètre introspection par rapport à son crime, que ses remords sont inconstants et que sa prise de conscience au sujet de la douleur qu’il a causée aux Doney est limitée.
La juge mentionne également un second rapport, psychologique cette fois, qui indique que le meurtrier présente un risque faible à modéré de récidiver dans les six prochains mois.

Des résidents de Pickering avaient laissé des fleurs sur la pelouse devant la résidence de la victime. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Sharif Hassan
Elle a en outre donné un aperçu de la vie du meurtrier dans son jugement avant qu’il ne commette l’irréparable.
L’adolescent est né au Canada de parents pakistanais, mais son père est parti travailler aux États-Unis, lorsqu’il n’avait que cinq ans. Le patriarche visite de temps en temps sa famille à Oshawa, où elle s’était installée.
Avant son arrestation, le jeune de 14 ans vivait avec sa mère, sa grand-mère et deux frères aînés. Il partageait d’ailleurs la même chambre que sa grand-mère avec laquelle la relation était tendue, notamment à cause de la barrière de la langue ourdoue.
Le meurtrier a admis qu’il avait une meilleure relation avec sa sœur aînée, qui vit de façon indépendante qu’avec ses frères, mais il a formulé le vœu de retourner vivre avec sa famille, dont il a reçu tout son soutien.
Avant d’ajourner l’audience, la juge l’a averti qu’il retournera en détention s’il devait enfreindre les conditions de ses quatre années de supervision dans la communauté.


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