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La sécheresse qui frappe l’Amérique du Nord pousse de nombreux éleveurs à réduire leurs troupeaux de bovins, provoquant une pénurie de viande et une hausse des prix. Pendant ce temps, à l’Île-du-Prince-Édouard, les producteurs prennent le chemin inverse et augmentent leur production.
Cette croissance repose notamment sur l’abattoir Atlantic Beef Products, considéré comme essentiel par plusieurs agriculteurs de la province.
Pour nous autres, c’est vraiment important d’avoir un abattoir ici à l’île. On a des gens qui sont vraiment bien versés dans l’industrie du bœuf, qui savent vraiment comment gérer ça, comment faire fonctionner les choses, affirme l’éleveuse Darlene Sanford.
L’établissement, qui appartient aux producteurs et au gouvernement provincial, a ouvert il y a plus de 20 ans après la fermeture d’autres abattoirs dans les Maritimes.

Darlene Sanford est propriétaire d'une ferme spécialisée dans la production de bovins de boucherie à Mont-Carmel.
Photo : Radio-Canada / Laura Meader
Malgré des années difficiles et des millions de dollars investis par les gouvernements provincial et fédéral pour le soutenir, il demeure aujourd’hui le seul abattoir de bovins à l’est du Québec.
Nous, ça nous donne un peu de sécurité parce qu’on sait qu’on a un abattoir ici, qui est proche pour nous autres, pour les producteurs de l’île.
Méme si la pénurie de bœuf en Amérique du Nord profite aux producteurs et que les prix qui leur sont versés n’ont jamais été aussi élevés, l'industrie éprouve des défis.
Ce qu’on est payé de l’abattoir est plus élevé que jamais, c’est le plus haut prix qu’on n’a jamais vu, mais en même temps, ça prend plus que ça, dit-elle.
Elle explique que les dépenses liées à l’exploitation, comme les semences et les engrais, ont augmenté, mais que la forte demande encourage plusieurs agriculteurs.
Le bœuf de l'Île-du-Prince-Édouard tire son épingle du jeu
Le directeur d’Atlantic Beef Products, Bruce Andrews, estime que l’industrie bovine demeure viable dans la région. Il rappelle cependant que les coûts ont fortement augmenté : un bovin peut maintenant valoir jusqu’à 5 000 dollars, soit plus du double d’il y a 20 ans.
Toutes les usines de transformation de viande en Amérique du Nord éprouvent des difficultés dans une certaine mesure, principalement en raison des besoins importants en liquidités. Les coûts d’exploitation sont beaucoup plus élevés, notamment à cause du prix des intrants, du temps pendant lequel les animaux sont détenus, puis du délai avant leur vente, explique le directeur de l'usine de transformation de viande bovine.

Bruce Andrews explique qu'Atlantic Beef Products permet aux producteurs locaux de faire transformer leur viande sur place, sans avoir à transporter leurs animaux hors de la province, un élément clé de l’industrie bovine de l'Île-du-Prince-Édouard.
Photo : Radio-Canada / Laura Meader
Selon lui, les producteurs locaux ne peuvent pas rivaliser avec les grandes entreprises industrielles, mais les consommateurs apprécient de plus en plus le bœuf provenant de fermes familiales.
La crainte d’une concurrence sud-américaine
Les producteurs demeurent toutefois inquiets face à l'accord commercial en négociation entre le Canada et certains pays d’Amérique du Sud. Ils craignent que l’importation de viande moins chère et produite selon des normes inférieures nuise à l’agriculture locale.
Le Canada ne devrait pas importer du bœuf moins cher et de moins bonne qualité, soutient Allan Larsen, de l’Association des éleveurs de bovins de l’Île-du-Prince-Édouard.
Le représentant de l'association affirme que le bœuf de la province jouit d’une bonne réputation et que le cheptel continue de croître. Il ajoute que le bœuf canadien, de manière générale, est aussi bien perçu.
Les consommateurs font confiance à notre bœuf canadien en ce moment, donc nous ne voulons vraiment pas prendre le risque de perdre cette confiance non plus, ajoute-t-il.
Malgré ces inquiétudes, les producteurs espèrent que l’industrie bovine locale continuera de prospérer dans les prochaines années.
Avec les informations de Laura Meader


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