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Le p’tit journal qui fait grandir Woburn

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La lumière si particulière de l’automne a un effet remarquable sur le paysage que je contemple sur la route qui me mène de Sherbrooke à Woburn. Le coloris des feuilles des arbres, la pureté du ciel, le mont Mégantic au loin et plus près, le mont Gosford; décidément la région est splendide.

L’est tout autant l’accueil chaleureux que je reçois à mon arrivée à la bibliothèque municipale de Saint-Augustin-de-Woburn, un village qui compte environ 700 habitants. Des journalistes bénévoles et des collaborateurs du P’tit journal, qui vient de célébrer ses 20 ans, sont visiblement heureux de faire part de l’amour qu’ils éprouvent pour leur journal communautaire et, bien sûr, pour leur village.

Des gens autour d'une table de conférence.

Une partie de l'équipe du P'tit journal de Woburn.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

J'ai l'impression qu’il y a comme un vortex, ici à Woburn, lance Jessy Grenier, provoquant des rires chez ses collègues. Un petit quelque chose qui fait que les épaules se détendent un peu, qui fait qu'on se sent bien, qu’on se sent chez nous, ajoute le natif de l’endroit.

Donner la parole à la population

Fondé pour donner la parole aux gens du coin, Le p’tit journal, qui paraît tous les deux mois, est distribué à 400 exemplaires, sans compter la version numérique, et se distingue par sa qualité et le professionnalisme de son édition. Sa fondatrice et rédactrice en chef, Johanne Carbonneau, montréalaise d'origine, est venue s’installer il y a 30 ans dans cette région montagneuse de l’Estrie avec son mari, aujourd’hui décédé.

Une femme assise sur un banc dans un parc.

Johanne Carbonneau est la fondatrice du P'tit journal de Woburn.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Quand on a commencé à vivre ici, on s'est rendu compte qu'il y avait un manque d'informations locales incroyable, se souvient-elle. On a alors décidé de fonder cet organisme pour faire circuler l'information et pour permettre une prise de parole citoyenne.

On trouvait que les gens avaient des choses à dire.

Parmi ces citoyens de Woburn qui s'expriment, il y a Jessy Grenier, qui travaille à la MRC du Granit comme conseiller en développement. Sa contribution est unique puisqu’il collabore au P’tit journal depuis l'âge de 10 ans. J'ai grandi avec lui, c'est comme un vieil ami, dit-il avec fierté.

Un homme assis sur un banc.

Jessy Grenier s'implique au P'tit journal de Woburn depuis l'âge de 10 ans.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Aujourd’hui, la mi-vingtaine à peine passée, il transmet, dans sa chronique Le monde de Jessy, des réflexions et des petits moments vécus dans son patelin adoré.

Le journal, pour moi, c'est comme un grand jardin cultivé ensemble, c'est un peu comme un espace où les gens se rassemblent.

Découvrir les nouveaux venus

Si le perron de l’église servait autrefois à réunir les habitants et même parfois à faire connaissance avec le nouveau venu au village, aujourd’hui, c'est Le p’tit journal qui joue ce rôle à sa manière.

Régulièrement, le périodique consacre un article à une personne qui vient de s’installer à Woburn. C’est comme une présentation officielle à tous les membres de la communauté, qui semble grandement appréciée de tous et qui, d’une certaine façon, favorise le bien-vivre ensemble.

Des magazines sur une table.

Les derniers numéros du P'tit journal de Woburn.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

On apprend à les connaître dans les pages du P’tit journal. On découvre leurs intérêts, tout ça, explique, enthousiaste, Claudette Lapointe, une bénévole.

La chose qui m'a le plus impressionnée lorsque j'ai commencé à vivre ici, c'était la somme de connaissances et de savoirs qu'il y avait dans le village, mais personne ne le savait.

Si au début, le maître de poste était chargé de remettre aux nouveaux venus une convocation officielle, aujourd’hui, il semble que la nouvelle Woburnoise ou le nouveau Woburnois, au fait de cette pratique, se propose elle-même ou lui-même pour paraître dans les pages du bimensuelle.

Des exemplaires du P'tit journal de Woburn.

Le p'tit journal de Woburn a obtenu six nominations et obtenu quatre prix à l'occasion du congrès de l'Association des médias écrits et communautaires du Québec (AMECQ) qui a eu lieu en mai dernier.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Aujourd’hui, on a même une liste d'attente, indique Johanne Carbonneau, tout en ajoutant que ce sont les plus âgés du village qui avaient parfois du mal à s’y retrouver dans le va-et-vient des changements d’adresse, qui ont réclamé ces portraits. Ils nous disaient : mais là, il y a plein de nouveaux visages, on ne reconnaît plus notre village, on ne reconnaît plus notre monde.

Le p'tit journal de Woburn a obtenu six nominations et obtenu quatre prix à l'occasion du congrès de l'Association des médias écrits et communautaires du Québec (AMECQ), qui a eu lieu en mai dernier.

Les attentes envers les politiciens

Si bien connaître son monde est une valeur importante pour cette communauté estrienne, les attentes envers les politiciens en campagne électorale sont également de cet ordre. Claudette Lapointe demande un peu plus de considération envers ceux qui ont fait le choix de s’établir dans des endroits un peu plus isolés, comme Saint-Austin-Woburn.

Que les politiciens écoutent la population, moi, c'est surtout ça.

Qu'ils viennent dans les régions. Pas rien qu'une petite saucette, mais qu’ils viennent quelques jours pour voir comment ça se passe. Je trouve que c'est un gros manque.

Une femme assise sur un banc.

Tammy-Lyne Comtois-Fortier est apicultrice et collaboratrice au P'tit journal de Woburn.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Tammy-Lyne Comtois-Fortier, une apicultrice qui écrit des textes engagés sur l'apiculture et les défis de la biodiversité, croit que ses collègues agriculteurs devraient être davantage considérés pour leur contribution à la société.

Nos étés sont un petit peu plus courts ici dans les montagnes, ce qui fait que c'est d'autant plus important d'aider les agriculteurs de la région, parce qu' il y en a plusieurs qui laissent tomber.

Mettre plus d'argent dans l'agriculture et promouvoir les aliments locaux.

La fondatrice du journal communautaire qui a fait le choix de s’établir à Woburn pour la nature et le mont Gosford est catégorique : l’environnement, passablement mis de côté pendant la campagne, doit être la priorité absolue.

C'est épouvantable ce qui se passe, et tout ça a pris le bord, c'est effrayant. Québec solidaire a sorti un programme qui avait une plateforme qui a du bon sens, mais sinon, c’est le désert total, déplore celle qui n’hésite pas à publier régulièrement des articles sur les airs protégés et la restauration des rivières, des sujets particulièrement sensibles à Woburn.

Des personnes assises à une table.

Des journalistes bénévoles et collaborateurs au P'tit journal de Woburn.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Lucy Foley, qui rédige les Échos de l’Association féministe d’éducation et d’action sociale (AFEAS) de Woburn, demeure préoccupée par les questions d’équité et d’égalité. La reconnaissance du travail invisible, tout le bénévolat qui est fait partout dans les foyers, le travail de proches aidantes.

Et aussi, ramener une gestion locale à notre hôpital de Lac-Mégantic, en tant qu'infirmière, ça me touche.

Très attachée à son coin de pays, Sonia Carrier, qui possède un atelier de création dans l’industrie du bois, croit que la localité a besoin d’un peu plus de dynamisme économique.

On a perdu quelques entreprises depuis quelques années. Ça fait mal, indique celle qui s’implique au journal et dans toutes sortes d'activités organisées dans la municipalité. Il faut essayer d'apporter de la diversité, on en a besoin, c'est sûr.

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