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Une femme originaire de Trois-Rivières lance un appel à l’aide alors qu’elle est coincée à l’autre bout du monde avec ses enfants : en Libye. Chantal* est mariée avec un Libyen depuis 10 ans, mais sa relation aurait vite tourné au cauchemar.
Violence conjugale, menaces de mort, séquestration : l’amour entre son mari et elle se serait transformé en relation malsaine et dangereuse, d’après la présumée victime.
Après le mariage, son mari et elle ont eu deux enfants en sol canadien. Deux ans plus tard, le couple a décidé d’aller s’installer en Libye, où les enfants ont obtenu la double citoyenneté canado-libyenne. Par la suite, son mari serait retourné étudier au Canada, en lui imposant d’habiter dans la maison familiale, en Libye.
Plus les années ont passé, plus elle aurait réalisé qu’elle se trouvait dans une situation de violence conjugale : elle affirme avoir été manipulée par son mari, qu’il lui aurait menti, et surtout, caché qu’il aurait eu une relation extra-conjugale.
C'est après ce moment-là qu’il y a commencé à y avoir vraiment des violences physiques et des violences verbales à répétition. Tous les jours, ça escaladait. C'était de pire en pire, jusqu'à avoir des menaces de mort et tout. Là, je me suis dit :’’ soit je crève dedans, soit je crève dehors’’, raconte Chantal.
D’après le courriel d’une avocate en Libye qui l’accompagne dans ses démarches, deux choix s’offriraient à elle : [...] soit à divorcer et à rester [en Libye**] avec les enfants dans un logement séparé, financé par la famille, soit à repartir seule au Canada, sans ses enfants, explique Nisreen Eisay, une conseillère auprès du Conseil présidentiel libyen pour les femmes et la jeunesse.
C’est là que Chantal a commencé à planifier son évasion.
Évasion : un plan risqué
Alors que son mari aurait quitté pour un voyage en Égypte dans les derniers jours, Chantal en aurait profité pour concevoir un plan pour s’évader de la maison de sa belle-famille, alors qu’elle habitait au deuxième étage avec ses enfants.
Elle a commencé par aller porter plainte contre son mari pour séquestration, menaces de mort puis adultère au poste de police de la ville où elle se trouve. Son mari aurait été mis en état d’arrestation et serait demeuré détenu depuis, rapporte Me Eisay, toujours par courriel. Malgré les craintes qu’elle a envers sa belle-famille qu’elle a partagées aux policiers, elle serait rentrée chez elle, sans protection.
La même nuit, elle aurait décidé de s’évader.
Difficile d’attendre un moment où personne ne se serait retrouvé dans la maison. Chantal aurait donc décidé de sortir aux petites heures du matin, en espérant que personne n’entende. Elle dit avoir apporté un petit sac contenant son passeport, de l’argent américain, son cellulaire, puis les carnets de vaccination des enfants.
J'ai dit à mes enfants : ‘’on sort comme des fourmis et on marche sur la pointe des pieds. Il ne faut pas faire de bruit
Une fois devant la porte, verrouillée, elle aurait pu utiliser un double des clés pour l’ouvrir, après trois tentatives. L’une de ses belles-sœurs se serait interposée au même moment, tentant de lui arracher ses enfants pour les garder dans la maison familiale.
Lorsqu’elle aurait réussi à sortir, elle aurait couru jusqu’à une rue principale, où elle serait tombée sur une maison gardée par des militaires. D’après Chantal, les hommes armés auraient pris sa défense, puis l’auraient envoyé dans un hôtel. Sa belle-famille aurait su où ils se trouvaient. Elle aurait donc changé d’emplacement, endroit où elles et ses enfants se trouvent depuis trois jours.
Démarches infructueuses, elle appelle à l’aide
Chantal affirme qu’elle demande l’aide de son pays depuis 2021, sans succès. Le problème, c’est qu’elle n’a pas en sa possession les passeports de ses deux enfants. D’après elle, son mari les lui aurait volés. Sans eux, difficile de les faire quitter le pays.
Il n'y a pas de sécurité, pas d'ambassade [canadienne]. Ici, je ne connais personne, ni l'arabe. Je suis complètement, mais totalement isolée [...]. Je suis complètement démunie. J'ai pris un risque énorme en essayant de me sauver, avoue Chantal, à bout de ressource.
L’avocate impliquée dans son dossier affirme par écrit que : Les représentants consulaires canadiens nous ont confirmé avoir envoyé une note verbale au ministère libyen des Affaires étrangères et avoir contacté la personne qui l’héberge temporairement.
Sa soeur, Nadine*, tente de l’aider du mieux qu’elle peut, de Trois-Rivières. Elle affirme avoir écrit des courriels au premier ministre du Canada, à plusieurs ambassades canadiennes qui sont près de la Libye et elle s’est rendue au bureau de la députée de Trois-Rivières, Caroline Desrochers, pour l’informer du dossier, lundi.

Le bureau de Caroline Desrochers est situé au centre-ville de Trois-Rivières. (archives)
Photo : Radio-Canada
Grâce à l’aide juridique, Nadine a également demandé une ordonnance de sauvegarde d’urgence, au nom de sa sœur, pour que la garde complète des enfants soit au Canada, afin de mettre de la pression sur le gouvernement libyen.
Je ne peux pas croire qu'en 2026, avec tous les moyens et la technologie qu'on a, qu'on ne puisse pas la sauver avec ses enfants de cette situation-là, qui est vraiment extrême
Elle explique que, durant ses démarches, on lui aurait expliqué que l’autorisation du père des enfants est requise pour que les enfants puissent quitter la Libye. Elle se sent impuissante et découragée. D’après Nadine, il est impensable que le mari de sa sœur signe ces papiers.
Dans le passé, il a dit : moi, je peux tuer pour mes enfants. Tu ne sortiras jamais de la Libye vivante avec les enfants’’, ajoute-t-elle.
Toutes deux craignent que les démarches n’aboutissent avant que l’homme soit remis en liberté.
Il y a des familles qui sont reconnues pour être vraiment dangereuses, puis, pour avoir des contacts aussi dans la police, dans les hauts placés. C'est ça qui rend la chose encore plus dangereuse, explique Chantal.
Nadine demande que ses neveux bénéficient d’un titre d’urgence pour pouvoir rentrer au Canada, le pays où ils sont nés.
*Les noms de la présumée victime et de sa sœur ont été modifiés pour protéger leur identité.
**Le nom de la ville où ils résident n’est pas dévoilé pour protéger leur l'identité.
D'après les informations de Léa Lauzon


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