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Malgré des exportations agroalimentaires qui atteignent environ 100 milliards $ par année, le Canada perd du terrain face à ses principaux concurrents. Des experts et des producteurs pointent notamment les limites des infrastructures, la lenteur réglementaire, le manque de main-d’œuvre et le retard dans l’adoption de certaines technologies agricoles.
Pour plusieurs acteurs du secteur, le problème ne réside pas seulement dans la capacité de produire davantage, mais aussi dans celle d’acheminer efficacement les récoltes vers les marchés internationaux.

Dean Roberts cultive notamment du canola, du blé, de l’orge et des lentilles sur sa ferme de Coleville, en Saskatchewan.
Photo : Radio-Canada / Emma Godmere
Des récoltes produites, mais difficiles à acheminer
Agriculteur depuis plus de 20 ans, Dean Roberts estime que le potentiel d’exportation des producteurs canadiens demeure sous-exploité. Parmi les principaux obstacles, il pointe les infrastructures de transport, particulièrement importantes dans un pays où les récoltes doivent souvent parcourir des milliers de kilomètres avant d’atteindre les ports.
Il explique que le transport ferroviaire est pratiquement la seule option viable pour acheminer ses récoltes jusqu’à un port maritime.
Au cours de ma carrière, nous avons connu toutes sortes de retards, notamment à cause du mauvais temps sur la côte ou dans les montagnes, qui empêchait les compagnies ferroviaires d’expédier les marchandises.
Ces difficultés ne se limitent pas à son exploitation. Elles illustrent, selon plusieurs experts, un problème qui freine la croissance des exportations agricoles à l’échelle du Canada.
Le Canada perd du terrain sur le marché mondial
Selon une analyse de RBC publiée en février 2025, le Canada est passé de la cinquième à la septième place parmi les plus grands exportateurs alimentaires au monde. Il est notamment devancé par la Chine et le Brésil. Le pays pourrait même glisser au neuvième rang au cours de la prochaine décennie.
La même analyse indique que la part du Canada dans le marché mondial des exportations alimentaires a diminué de 12 % depuis 2000. Pendant cette période, les exportations alimentaires canadiennes ont quadruplé, mais celles du reste du monde ont quintuplé.
Selon le gouvernement fédéral, le Canada exporte aujourd’hui pour environ 100 milliards $ de produits agroalimentaires chaque année. Sa croissance demeure toutefois moins rapide que celle de plusieurs pays concurrents.
En substance, le commerce alimentaire mondial a augmenté plus rapidement que la production canadienne , explique Evan Fraser, directeur général de l’Institut Arrell des aliments de l’Université de Guelph. Notre production globale est en baisse.

Evan Shout est cofondateur et PDG de Maverick Ag, une firme de consultation et de gestion des risques agricoles établie à Saskatoon. Il est également directeur financier de Hebert Grain Ventures, l’une des plus importantes exploitations agricoles de la Saskatchewan.
Photo : Radio-Canada / Emma Godmere
Evan Shout est le directeur financier de Hebert Grain Ventures, l’une des plus importantes exploitations agricoles de la Saskatchewan et est aussi cofondateur et le PDG de Maverick Ag, une entreprise de conseil et de gestion des risques agricoles basée à Saskatoon.
Ce dernier partage les préoccupations de Dean Roberts. Il affirme que les problèmes d’infrastructures reviennent régulièrement dans ses discussions avec les producteurs.
Ces problèmes d’infrastructure, qui sont de véritables problèmes, deviennent criants lorsqu’on est le dernier à être payé.
Un retard dans l’adoption de certaines technologies
Les infrastructures ne sont toutefois pas le seul frein évoqué. Dean Roberts estime également que le Canada accuse un retard par rapport à plusieurs pays dans l’adoption de certaines technologies agricoles.
Il cite notamment l’utilisation de drones pour pulvériser des produits sur les cultures. Selon lui, des pays comme les États-Unis, la Chine, le Brésil, le Japon et l’Australie ont progressé plus rapidement que le Canada dans l’autorisation de cette technologie.

Dean Roberts installe une batterie dans un drone pulvérisateur qu’il envisage d’utiliser sur sa ferme. Il utilise déjà des drones pour repérer les pierres qui pourraient endommager sa machinerie. Depuis que Santé Canada a levé, à la fin juin, certaines restrictions sur l’épandage de pesticides par drone, des agriculteurs et des distributeurs constatent un intérêt accru pour cette technologie.
Photo : Radio-Canada / Emma Godmere
Pour l’agriculteur saskatchewanais, ces outils pourraient améliorer l’efficacité du travail dans les champs et, à plus grande échelle, contribuer à accroître la capacité de production et d’exportation du secteur agricole canadien.
Les drones existaient, nous pouvions les acheter, mais nous n’avions pas de cadre réglementaire pour les utiliser [pour pulvériser des pesticides]. Dans ce cas précis, je dirais que le retard est dû à un blocage réglementaire.
Evan Fraser estime, lui aussi, que le Canada a la réputation d’avoir un cadre politique et réglementaire particulièrement lent. Cette situation peut retarder l’adoption de nouvelles technologies et de nouveaux produits par les agriculteurs.
Il souligne toutefois que cette rigueur réglementaire comporte également un avantage : les produits alimentaires canadiens figurent parmi les aliments de la plus haute qualité, les plus fiables et les plus sûrs au monde.
Ottawa promet de lever certains obstacles
Pour Dean Roberts, il n’existe pas de solution unique. Il faudrait plutôt intervenir sur plusieurs fronts afin de permettre au Canada de mieux exploiter son potentiel agricole.
Il voit notamment d’un bon œil la refonte de l’organisme canadien chargé de la réglementation des pesticides, qui pourrait, espère-t-il, accélérer le processus d’homologation des produits phytosanitaires.
Dans une déclaration, le ministre fédéral de l’Agriculture, Heath MacDonald, affirme que le gouvernement s’attaque aux obstacles qui freinent nos agriculteurs et crée de nouvelles occasions pour les exportations agroalimentaires canadiennes.

Heath MacDonald, ministre fédéral de l’Agriculture.
Photo : CBC / Laura Chapin
Selon le ministre, Ottawa investit notamment dans des projets d’infrastructure par l’entremise du Fonds national des corridors commerciaux et soutient la Stratégie de la porte d’entrée de Vancouver, qui relève désormais du Bureau des grands projets.
La stratégie nationale de sécurité alimentaire du gouvernement fédéral prévoit également plusieurs mesures, dont une réduction des formalités administratives et des investissements de plusieurs milliards de dollars destinés à accroître la production alimentaire canadienne.
Si cette stratégie vise notamment à réduire le coût des aliments pour les consommateurs au pays, Ottawa souhaite également augmenter la capacité du Canada à exporter ses produits.
Produire davantage, mais à quelles conditions?
Jennifer Clapp est professeure et titulaire d’une Chaire de recherche du Canada à l’École de l’environnement, des ressources et du développement durable de l’Université de Waterloo. Elle affirme que cet objectif valable, mais estime qu’il doit être abordé avec prudence.
Selon elle, le Canada ne devrait pas uniquement chercher à augmenter le volume de ses exportations. Il pourrait plutôt chercher à devenir une puissance agricole durable et aider d’autres pays à développer leur propre capacité de production grâce à des pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement.

Des wagons de marchandises se trouvent sur les voies ferrées à l’extérieur du terminal Viterra Cascadia, qui manutentionne des céréales destinées à l’exportation, à Vancouver, le 12 juillet 2023.
Photo : Radio-Canada / Emma Godmere
Jennifer Clapp prévient également que la conquête de nouveaux marchés pourrait devenir plus difficile, alors que plusieurs pays cherchent eux-mêmes à renforcer leur autonomie alimentaire.
Dean Roberts demeure toutefois convaincu que le Canada possède les ressources nécessaires pour jouer un rôle beaucoup plus important dans l’approvisionnement alimentaire mondial. Absolument, nous pouvons nourrir une grande partie du monde. Je ne sais pas si une seule province pourrait suffire à nourrir le monde entier, mais nous pouvons essayer.
Avec les informations de The House, Benjamin Lopez Steven, Emma Godmere et Leisha Grebinski


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