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Donner une deuxième chance à des vêtements et à des humains

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En entrant dans l’atelier de Récupex, des dizaines de rouleaux de tissus récupérés déploient leurs couleurs. Ils côtoient les piles de vêtements classés par catégories : le cuir, le suède, le coton uni et les tissus à motifs. Puis on entend retentir le moteur des machines à coudre. On comprend alors que ces vêtements oubliés pourront bientôt avoir une deuxième chance.

Derrière la machine à coudre, Emilio joint deux morceaux de tissu qui portent déjà leur histoire, un peu comme lui. Originaire de la Colombie, ce père de trois enfants est arrivé à Sherbrooke en 2024. Après son parcours en francisation, il a intégré l’atelier de couture de Récupex.

C’est mon premier travail ici à Sherbrooke. Pour moi, c’est fantastique. Je ne savais pas comment apprendre un travail ici. Je me sens très content.

Emilio sourit en travaillant à la machine à coudre.

En arrivant dans l'atelier de Récupex, Emilio n'avait pas touché une machine à coudre depuis plus de 20 ans.

Photo : Radio-Canada

Comme Emilio, de nombreux travailleurs de Récupex sont des nouveaux arrivants. Mais il y en a aussi certains qui sortent de prison, d'autres ont perdu pied et tentent de réintégrer la société active.

Leur passage dans l'atelier dure six mois. Une période pendant laquelle ils perçoivent un salaire, ils apprennent un nouveau métier et ils reçoivent du soutien pour se trouver un emploi au terme de leur parcours. C’est que Récupex est une entreprise d’insertion, la seule à être reconnue par le ministère de l'Emploi en Estrie.

Qu’est-ce qu’une entreprise d’insertion ?

L'entreprise d'insertion permet d’acquérir une expérience professionnelle en étant considéré comme un salarié à temps plein, rémunéré au salaire minimum par Québec. L'entreprise offre une formation professionnelle ou technique et une formation personnelle et sociale, précise le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale.

L’objectif est de les faire prendre part à une production réelle, qui a une valeur économique.

Dans l’atelier de couture de Récupex, ils taillent des pièces de cuir à même de vieux manteaux et ils découpent de grands rectangles de jeans de toutes les couleurs, qu'ils transforment en sac. Des sacs bananes, des sacs à dos ou même des sacs de magasinage. Plus de 1000 d’entre eux sont vendus chaque année à la boutique T.A.F.I. du centre-ville de Sherbrooke. Depuis peu, une boutique montréalaise vend aussi ces sacs uniques en leur genre.

Moi, je trouve ça magique. Il y en a qui arrivent et ne connaissent rien du tout, ils ont juste l'envie d'apprendre. Et ils réussissent.

La coordonnatrice de l'atelier et formatrice, Liliane Rivard est la première témoin de la transformation qui s'opère chez chacun des participants. Le but c'est de prendre conscience qu'ils sont capables d'apprendre et d'aller chercher la confiance en soi, croit Liliane Rivard.

Derrière elle, une jeune femme découpe une grande pièce de tissu rose fleuri. Aurélie vient chaque jour à l'atelier de couture depuis cinq mois déjà. Et la confiance, c'est effectivement ce qu'elle retire de son expérience.

Aurélie découpe une pièce de tissu.

Aurélie a appris les bases de la couture par elle-même, mais auprès de Liliane, elle perfectionne les techniques.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Partie aux États-Unis pendant trois ans pour les études et passer du temps auprès de sa famille élargie, son retour au Québec s'est avéré plus difficile que prévu. C'est un peu difficile de se réajuster, admet-elle. Après avoir envoyé son CV à plusieurs entreprises, elle n'essuie que des refus, puis elle découvre le programme de Récupex.

Ça m'a donné une opportunité de travailler, d'être stable, d'apprendre quelque chose et ça me donne espoir que je vais pouvoir un jour travailler dans ce domaine-là, souhaite-t-elle.

Le directeur général de Récupex, Danny Roy, est convaincu que ce modèle a un avenir prometteur. C'est pour cette raison que l'OBNL a recentré sa mission sur l'insertion professionnelle et sociale, et ce, depuis près de 30 ans. En plus de l'atelier de couture, Récupex gère aussi un atelier d'ébénisterie et offre un parcours en service à la clientèle et dans son centre de tri de vêtements. Selon Danny Roy, dans tous ces lieux d'apprentissage la même transformation s'opère chez les participants.

À la fin du parcours, on a vu les épaules se relever, la tête se relever. Il y a une fierté qui s'est installée de contribuer à un projet, de faire partie d'une équipe et d'avoir développé des compétences, donc un sentiment d'accomplissement.

Une passerelle vers l’emploi

Selon le Collectif des entreprises d’insertion du Québec, 83 % des finissants d’un programme d’insertion ont intégré un emploi ou sont de retour aux études au terme du programme de 6 mois.

C'est qu'en plus d'apprendre un nouveau métier, les participants sont accompagnés de près pour favoriser leur transition vers le marché de l'emploi.

On va travailler tous les aspects de l'employabilité avec des accompagnements personnalisés, des formations de groupe. On va travailler aussi à refaire leur CV, à préparer les entrevues puis à faire de la recherche d'emploi avec eux. Le but c'est d'obtenir un emploi à la fin et de maintenir cet emploi de la manière la plus durable possible, explique la coordonnatrice en insertion socioprofessionnelle, Caroline Marier.

Caroline Marier regarde la caméra.

Caroline Marier est la coordonnatrice en insertion socioprofessionnelle chez Récupex.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Les participants bénéficient en parrallèle d'un accompagnement psychosocial. Ils peuvent aussi poursuivre la francisation, puisqu'une enseignante se déplace deux jours par semaine sur leur lieu de travail. Au terme des six mois, l'organisme assure aussi un suivi de deux ans auprès des participants.

On va prendre de ses nouvelles pour voir comment ça se passe, s'il y a des des enjeux, des difficultés. On peut les rencontrer, travailler avec eux, remettre leur cv à jour et s'assurer que le maintien en emploi se passe bien, décrit Caroline Marier.

Une mesure rentable pour la société ?

Les projets de préparation à l'emploi dont font partie les entreprises d'insertion sont rentables dans 99,5 % des cas. En cinq ans, cette mesure a procuré en moyenne un revenu supplémentaire actualisé d’environ 15 482 $ à un individu y ayant participé et génère un gain moyen d’environ 13 210 $ à la société.

Source : Étude sur le rendement de l’investissement des mesures actives offertes aux individus, ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale, 2024

Pour Récupex, ce modèle permet depuis plusieurs décennies d'accroître ses activités. L'organisme compte une vingtaine d'employés qui cimente ses activités et qui gèrent la formation des participants.

Grâce à l'insertion sociale et professionnelle, on a été capable de faire plus de récupération de vêtements et on a également développé au fil des années des nouvelles initiatives comme l'atelier de couture et la boutique T.A.F.I. au centre-ville

Danny Roy regarde la caméra.

Danny Roy est le directeur général de Récupex

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Depuis peu, l'OBNL a commencé à collaborer avec la SÉPAQ dans un projet d'économie circulaire.

On transforme les tentes de prêt à camper, on les remet en porte buche qui sont retournés à la SÉPAQ. Donc, ce sont des façons d'allonger la durée de vie de certaines matières qui ont encore une valeur, explique Danny Roy.

Ce nouveau créneau est emballant pour le directeur général. C'est la preuve qu'économie, environnement et insertion professionnelle peuvent marcher main dans la main. Plus on aura des projets intéressants, des produits qui se vendent, bien meilleures seront les opportunités d'apprentissage et de développement pour les gens qui vont faire les parcours en insertion, croit-il.

Emilio travaille à la machine à coudre.

Emilio qui a longtemps travaillé comme tatoueur retrouve un côté créatif qu'il apprécie dans la couture. «J’aime la précision, les combinaisons de couleur, la texture, le cuir », dit-il.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Les projets de l'OBNL ont aussi un impact à échelle humaine.

Pour Emilio, Récupex a grandement facilité l'intégration de sa famille à Sherbrooke. Depuis peu, sa conjointe a complété son parcours de six mois en service à la clientèle et commence un emploi. Sa fille aînée, elle, travaille à la boutique T.A.F.I. au centre-ville de Sherbrooke.

À son arrivée, Emilio ne parlait pas un mot de français et peinait à trouver ses repères. Deux ans après son installation à Sherbrooke, ses progrès son immenses.

Et ce qui lui fait surtout plaisir? C'est de lire la fierté dans le regard de ses enfants, qui se sont rapidement intégrés à leur ville d'accueil.

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