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« Comment avons-nous collectivement accepté qu’un immeuble situé en plein cœur de la ville de Shawinigan, regorgeant de dangers potentiels, soit accessible aussi facilement? », c’est une des questions que pose le coroner Me Jean-François Labadie dans son rapport sur la mort de l’adolescente sur le site de la Belgo de Shawinigan en avril 2025.
Il fustige les autorités. Jean-François Labadie s'insurge sur la présence de dangers évidents sur le site. Il émet à cet égard quatre recommandations au ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).
Me Jean-François Labadie préconise notamment qu’une inspection continue du site [soit effectuée] dans le but d’identifier les sources de dangers, que ces sources de dangers soient éliminées et qu’une signalisation indiquant leur présence soit installée.
Bien qu’il ait été porté à son attention que des pancartes installées soient parfois retirées et que des trous soient fréquemment faits dans les clôtures aux abords du site, le coroner recommande également qu’une signalisation claire soit présente en continu en bordure de l’ensemble du site indiquant que son accès est hautement dangereux et strictement interdit à toute personne non autorisée.
Le site de la Belgo est d’une superficie d’environ 300 000 mètres carrés. Il abrite les ruines de bâtiments abandonnés depuis la fin de l’exploitation d’une usine de fabrication de papier journal en février 2008.
À titre comparatif, 300 000 mètres carrés, c’est l’équivalent de 56 terrains de football.

Le site de la Belgo est d’une superficie d’environ 300 000 mètres carrés.
Photo : Radio-Canada / François Genest
Le coroner reconnaît que la vastitude du site rend son étanchéisation difficile, voire impossible. On peut installer des clôtures et des panneaux interdisant l’accès au site, renforcer la fréquence des patrouilles policières dans le secteur, mais une personne déterminée trouvera néanmoins un moyen d’y accéder, écrit-il.
Il critique notamment la gestion du site, dont personne ne semble vouloir prendre la pleine responsabilité de son administration, de sa décontamination et de sa réhabilitation depuis plusieurs années.
En 2010, l’entreprise Recyclage Arctic Béluga inc. (RABI) a acquis l’ancien site de l’usine Belgo. Elle se voit donc confier, par la même occasion, l’obligation de gérer la démolition et la décontamination du terrain. Sans toutefois en être au courant. En déclarant faillite en mai 2021, l’entreprise se départit de cette responsabilité. Depuis, les travaux de réhabilitation et de décontamination du site [doivent] être supportés par la collectivité.
Le coroner se questionne sur la responsabilité des sociétés qui ont exploité le site abandonné depuis maintenant 18 ans. Selon lui, si les entreprises avaient respecté les exigences de décontamination et de réhabilitation, avant d’en être libérées par la vente ou la faillite, certains dangers évidents auraient pu être éliminés simplement.
Les dangers, incluant celui qui a causé la mort de [l’adolescente], [auraient été] éliminés depuis déjà plusieurs années et l’on pourrait aisément s’imaginer [qu'elle] serait encore parmi nous aujourd’hui.
À la demande du Bureau du Coroner, l’échelle menant au silo duquel est tombée l’adolescente a été retirée par les pompiers de la ville de Shawinigan dans les heures suivant le décès.
Une mort accidentelle
Le coroner Me Jean-François Labadie conclut à une mort accidentelle. Le 11 avril 2025, l’adolescente de 15 ans est morte d’un polytraumatisme causé par une chute de 25 mètres de hauteur.
Cette soirée-là, elle se rendait, comme plusieurs ont l’habitude de le faire, sur le site pour y observer les nombreux graffitis qui s’y trouvent. Accompagnée d’un proche, elle entame l'ascension d’un silo d’une quarantaine de mètres.
À une trentaine de mètres, ils s’arrêtent sur une plateforme en béton. L’adolescente déplace alors une planche, sans voir qu’elle recouvrait un trou. Faisant un pas vers l’avant, l'adolescente est tombée directement dans celui-ci. Sans réponse, son jeune compagnon retourne au domicile familial de l'adolescente pour prévenir ses parents.
Techniciens ambulanciers paramédicaux, policiers de la Sûreté du Québec et pompiers de la ville de Shawinigan sont dépêchés sur place vers 20 h 30. Voyant la complexité de l’opération de sauvetage qui doit être réalisée, l’assistance de l’unité de sauvetage vertical et espace clos du service d’incendie de la ville de Trois-Rivières est demandée.
Vers 2 h 40, les hommes-araignées entament leur descente dans le silo. Le corps de la jeune adolescente est finalement transporté à l’hôpital un peu avant 5 h, où son décès est constaté.
Depuis cette nuit où le pire est survenu sur le site de la Belgo de Shawinigan, des messages de sensibilisation pour éviter la fréquentation du site affluent, tant sur place que sur les réseaux sociaux. Malgré cela, nombreux sont ceux qui continuent de le fréquenter.
Les jours suivants, des témoignages et des mémoriaux ont été apposés sur son casier d'école secondaire, aux abords du terrain de l'école et à l'entrée du site de la Belgo.


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