La disparition de Xavier Dupont de Ligonnès, qui s’est volatilisé après avoir méthodiquement tué et enterré son épouse et leurs quatre enfants à Nantes en avril 2011, est devenue un objet de curiosité, et l’un des plus grands mystères criminels de France. L’enquête reste toutefois ouverte, même si l’hypothèse d’un procès reste lointaine.

Aurélien Poivret - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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Il y a des livres, les documentaires, les enquêtes et même les films, téléfilms ou séries. Il y a surtout les mystères, les rebondissements, les fausses pistes et les conjectures qui nourrissent les conversations, parfois les fantasmes. Il y a 15 ans, le 21 avril 2011, les corps de l’épouse de Xavier Dupont de Ligonnès, Agnès, et de leurs quatre enfants - Arthur, Thomas, Anne et Benoît - étaient découverts enterrés sous la terrasse de leur maison du boulevard Robert-Schuman à Nantes, en Loire-Atlantique. L’événement lançait un phénomène judiciaire hors normes passionnant les Français, dans tout le pays.

Reste que l’affaire n’est pas terminée. Elle n’est en tout cas pas close pour la justice. L’information judiciaire reste ouverte au tribunal de Nantes, où le procureur Antoine Leroy répond sobrement à qui l’interroge sur le dossier "XDDL" qu’il a « pour habitude de ne pas communiquer concernant ce dossier », même s’il comprend que la date anniversaire des faits « réveille, s’il en était besoin, l’intérêt de chacun le concernant ». Le magistrat n’en dira pas plus. Au total, la justice a reçu près de 1800 signalements depuis 2011...

Xavier Dupont de Ligonnès est suspecté d’avoir tué son épouse et leurs quatre enfants avant de disparaître. Mais il reste présumé innocent. Photo EBRA/DR

Xavier Dupont de Ligonnès est suspecté d’avoir tué son épouse et leurs quatre enfants avant de disparaître. Mais il reste présumé innocent. Photo EBRA/DR

La fin de l’affaire n’est pas encore écrite, mais une question émerge. Pourrait-on juger Xavier Dupont de Ligonnès, qui reste présumé innocent, en dépit de son absence ? Les procès terroristes de ces dernières années ont montré que la justice française peut le faire, en jugeant les djihadistes partis rejoindre le groupe État islamique et vraisemblablement morts sur place. Pourquoi est-ce que cela ne serait pas faisable avec "XDDL" ? Un procès permettrait d’exposer les éléments de l’enquête, d’établir une vérité judiciaire et de rendre un verdict qui permettrait peut-être aux proches des cinq victimes de faire leur deuil. Mais une telle audience reste rare - même si elle n’est pas impossible.

Aux assises, la présence de l’accusé reste fondamentale

« Lorsque le procès oral, public et contradictoire devant les assises n’a pas lieu, la partie civile subit naturellement une lourde déception, confie l’avocat Thierry Moser, habitué des procédures au long cours. Elle a pu obtenir certaines réponses grâce au travail fourni par le juge d’Instruction mais elle est privée de l’audience qui peut mener à une déclaration de culpabilité et une condamnation à une sanction. » L’expérimenté pénaliste mulhousien, qui est intervenu sur les affaires Grégory et Heaulme, qui couvrent chacune plusieurs décennies, sait qu’un avocat « a rapidement conscience de l’importance et de la longueur d’une affaire criminelle majeure. Pour autant, il ne peut évidemment pas prévoir la longueur vraiment exceptionnelle de la procédure. »

Si la tenue d’un procès semble peu probable, c’est sans doute d’abord parce que la justice française a fait de la présence d’un accusé aux assises un principe fondamental du procès équitable. S’il devait arriver, celui-ci serait exclusivement à charge, l’accusé n’ayant aucun avocat pour le défendre. Et même s’il était un jour jugé et condamné, Xavier Dupont de Ligonnès pourrait de toute façon être rejugé s’il était retrouvé. Tout procès, à cette heure, serait donc dramatiquement incomplet.

Les dates clés de l'affaire

  • Nuit du 3 au 4 avril 2011 : date probable de l’assassinat présumé d’Agnès Dupont de Ligonnès et des quatre enfants du couple (Arthur, Thomas, Anne et Benoît) à Nantes.
  • 15 avril 2011 : dernière trace de vie de Xavier Dupont de Ligonnès à Roquebrune-sur-Argens (Var), où il abandonne son véhicule après avoir passé la nuit dans un hôtel Formule 1.
  • 21 avril 2011 : découverte des corps sous la terrasse de la maison familiale.
  • 29 avril 2011 : premières fouilles autour de Roquebrune-sur-Argens. Elles se révèleront infructueuses.
  • 10 mai 2011 : émission d’un mandat d’arrêt international contre Xavier Dupont de Ligonnès.
  • 9 janvier 2018 : opération de police dans un monastère de Roquebrune-sur-Argens. Des fidèles ont pris le prieur pour Xavier Dupont de Ligonnès.
  • 11 octobre 2019 : un homme a été arrêté à Glasgow, suspecté d’être Xavier Dupont de Ligonnès. Après vérification, il s’est avéré qu’il ne s’agissait pas de lui mais de Guy Joao. Celui-ci est décédé en 2021.
  • 24 mars 2026 : un shérif américain du comté de Brewster, dans le sud Texas, lance un appel à témoins pour tenter de retrouver Xavier Dupont de Ligonnès, qui aurait été vu en 2020 dans le secteur avec un labrador noir.

Par ailleurs, renvoyer "XDDL" devant une cour d’assises dès maintenant aurait pour conséquence de figer le dossier. Contrairement aux djihadistes français qui sont hors d’atteinte, les enquêteurs de la police judiciaire de Nantes et de l’Office central pour la répression de la violence aux personnes traquent toujours Xavier Dupont de Ligonnès. Ils gardent espoir de lui mettre la main dessus et de traduire en justice cet homme qui, s’il est vivant, est aujourd’hui âgé de 65 ans. D’autres avant lui ont déjà été rattrapés après une longue période de fuite - entre 1999 et 2003, Yvan Colonna était parvenu à échapper à la police pendant plus de quatre ans avant d’être interpellé.

« L’affaire est résolue au plan policier, mais pas au plan judiciaire »

Il arrive en effet que la justice passe après plusieurs décennies d’attente. En 2016 à Strasbourg, la cour d’assises du Bas-Rhin avait prononcé la prison à perpétuité à l’encontre de "l’étrangleur de la Robertsau", qui avait violé une fillette et tué une jeune femme 30 ans auparavant. Une simple empreinte palmaire avait fini par trahir Nicolas Charbonnier, qui coulait des jours tranquilles en Gironde, où il avait refait sa vie. Mais contrairement à Xavier Dupont de Ligonnès, son nom était inconnu, et il n’avait donc pas eu besoin de se cacher.

« À mon sens, l’affaire est résolue au plan policier, mais pas au plan judiciaire », résume Me Moser, pour lequel la responsabilité du père de famille nantais dans la tuerie familiale est « vraisemblable ». « On peut se forger une opinion mais nous n’avons malheureusement pas une décision de la juridiction criminelle retenant officiellement la culpabilité du suspect. » Mort ou vivant, "XDDL" est définitivement sorti de l’anonymat. Il est maintenant un fantôme. Un mystère qui pourrait encore fasciner  longtemps.

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