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Le tribunal de commerce de Lyon a rejeté ce mercredi le projet de reprise de Vencorex porté notamment par des anciens salariés de l'entreprise chimique. Dans un entretien au groupe EBRA (dont fait partie notre journal), Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, dénonce l’impasse de l’industrie en France, et demande à l’État de changer de stratégie.
Propos recueillis par Élodie Bécu - Aujourd'hui à 19:30 | mis à jour aujourd'hui à 19:38 - Temps de lecture :
« C’est un scandale de A à Z, qui symbolise l’abandon de l’industrie française et le mépris complet du rôle et de la place des travailleurs et des travailleuses. Vencorex est un dossier stratégique pour l’industrie, une plateforme chimique clé pour la souveraineté française, notamment en termes de fabrication de chlore et de soude, des produits classés essentiels pendant le Covid. Vencorex a également un impact à la chaîne sur tout le reste de l’industrie chimique, à Pont-de-Claix et au-delà. Sa fermeture a déjà entraîné des plans de licenciements, notamment à Arkema.
Tout cela aurait dû être évité. L’État n’a pas joué son rôle. Il aurait dû activer les mesures anti-dumping pour éviter la faillite puis nationaliser. Les salariés se sont mobilisés pour prendre le relais et sauver le site industriel avec un nouveau projet, le deuxième après le refus de la reprise en Scop porté par la CGT. Le projet Exalia [le nom du projet de reprise de Vencorex, NDLR], construit pendant neuf mois, vise à reprendre l’exploitation de la mine et à fabriquer du chlore, de la soude et de la javel, qui permettent de traiter notamment l’eau potable, d’alimenter l’industrie agroalimentaire et de fournir le nucléaire. Avec à la clé, 14 emplois immédiatement, 120 emplois fin 2027, avec une montée en charge progressive, et la possibilité de 500 emplois à un horizon plus lointain.
Ce refus confirme qu’on ne peut plus continuer avec cet entre-soi et cette opacité qui règne dans les tribunaux de commerce. La colère est immense. Même avec une mobilisation exemplaire, avec trois mois de grève et d’occupation du site, le soutien des collectivités et de la population, avec des militants et militantes CGT qui portent des projets alternatifs, et ont même réussi à aller chercher des patrons, nous sommes dans une impasse. Cette décision confirme à quel point la situation actuelle est un naufrage. Il faut tout changer et avoir une vraie stratégie industrielle. »
« La seule chose que fait l’État, c’est de donner des aides pour les plus grandes entreprises »
Laquelle ? Qu’attendez-vous du gouvernement ?« Il a toujours les cartes en main pour empêcher la catastrophe et peut nationaliser Vencorex et le revendre à Exalia. Ensuite, il faut réformer les tribunaux de commerce, qui jouent un rôle stratégique. Ce n’est plus possible que ça soit les patrons qui décident seuls de la vie et de la mort des entreprises dans les tribunaux de commerce. Dans le cas de Vencorex, comme dans celui de Brandt, les décisions préfèrent les projets qui ne privilégient pas l’emploi.
Deuxièmement, il faut de vrais instruments de financement de l’économie. La BPI est une banque publique, elle doit être au service d’une stratégie industrielle. Enfin, l’État doit jouer son rôle dans la planification de l’économie, et de l’industrie et doit arrêter la politique du chèque en blanc. Aujourd’hui, la seule chose que fait l’État, c’est de donner des aides pour les plus grandes entreprises, 211 milliards d’euros distribués sans condition ni contrepartie chaque année et qui pourraient être un levier majeur d’intervention sur l’économie. »
« On tire la sonnette d’alarme depuis deux ans : sans aucune réponse ! »
Le gouvernement met en avant que cette politique permet d’ouvrir et d’agrandir davantage d’usines qu’il n’y a de fermetures, même si le rythme ralentit (245 ouvertures contre 244 fermetures en 2025, selon BPI France). Que lui répondez-vous ?« C’est faux et de nombreuses évaluations le démontrent comme celle de Trendeo, qui indique que pour 2025, il y a eu 179 fermetures de sites industriels et seulement 116 ouvertures. Côté CGT, nous recensons depuis mai 2024 546 plans de licenciements, soit environ 126 000 emplois directement concernés, contre 133 plans en mai 2024, quand nous avons commencé notre décompte. On tire la sonnette d’alarme depuis deux ans : sans aucune réponse ! »
« Le seul secteur qui va bien, c’est l’armement ! Il faut que notre outil industriel permette de répondre aux besoins des populations qui habitent en France et en Europe. Nous, on aimerait que les marchés de l’automobile, du verre ou du papier aillent bien ! L’industrie automobile est un autre excellent exemple de l’absence totale de stratégie industrielle. C’est une honte. Elle fait face à des suppressions massives de postes, organisées par des grands groupes qui délocalisent. L’argument mis en avant est la décarbonation. Mais avoir une stratégie anticipée aurait permis d’éviter cette saignée. Il faut exiger des grands constructeurs français – dans lesquels l’État est au capital et qui sont largement subventionnés – de produire en France des petits véhicules électriques bon marché et à faible empreinte environnementale, pour qu’ils soient accessibles aux ménages et moins polluants que des gros SUV ou des gros véhicules hybrides.
À l’inverse, aujourd’hui, c’est la double peine : la décarbonation est au point mort et les licenciements et destructions d’emploi continuent. »
« Nous sommes très inquiets. Un choc majeur se prépare et l’État ne réagit pas. C’est irresponsable. Nous demandons un blocage des prix, et des taxes qui baissent quand les prix augmentent. »


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