• Accueil
  • Santé
  • Le nombre de médecins augmente en France, mais des inégalités persistent entre les ...

Près de 4 600 médecins supplémentaires sont en activité par rapport à l’année dernière, selon le Conseil national de l’Ordre des médecins ce mardi. Un chiffre qui devrait croître progressivement jusqu’en 2040. Mais des départements sous-dotés doivent faire face à une pénurie d’offre de soins.

Arthur Sautrel - Aujourd'hui à 07:00 - Temps de lecture :

En 2026, 41,8 % des médecins sont des généralistes, contre 48 % en 2010. Photo d'illustration Sipa/Syspeo En 2026, 41,8 % des médecins sont des généralistes, contre 48 % en 2010. Photo d'illustration Sipa/Syspeo

Du mieux, même si la situation est encore loin d’être idyllique. D’après les chiffres de l’Atlas de la démographie médicale publiés ce mardi par l’Ordre des médecins (Cnom), la France compte 245 847 médecins en activité, soit 4 592 médecins de plus au 1er janvier 2026 que l’année précédente (+1,9 % sur un an, +14 % depuis 2010). Du côté des médecins actifs réguliers (en excluant les remplaçants et les retraités actifs), l’augmentation est de 2 % sur un an, ce qui semble marquer la fin d’une baisse de cet effectif qui a été continue entre 2010 et 2023.

« Le nombre de médecin ne baisse plus et on observe même une hausse plus nette cette année », analyse le docteur Jean-Marcel Mourgues, vice-président du Conseil national de l’Ordre et en charge de la démographie médicale. « Cela n’est pas suffisant pour satisfaire l’accès et le parcours des soins aujourd’hui, mais c’est une augmentation durable du nombre de médecin qui va s’accélérer graduellement jusqu’en 2040. » À cette échéance, les effectifs de médecins devraient avoir augmenté de 40 %.

Cliquez sur l'image pour zoomer.

Cliquez sur l'image pour zoomer.

Les effets du numerus clausus – la politique d’encadrement du nombre d’étudiants en médecine à partir des années 1970 – s’amenuisent depuis son remplacement en 2020 par un numerus apertus, lui-même supprimé en 2025. En 2026, 12 000 étudiants en deuxième année de médecine sont formés, contre un plus bas niveau à 3 500 étudiants par an dans les années 1990. Symbole du rajeunissement de la profession, l’âge moyen des médecins en activité régulière s’établit à 47,5 ans en 2026, contre 50,2 ans en 2010. Mais des fortes disparités persistent entre les départements avec des moyennes d’âge des médecins qui varient de 47,5 ans dans le Rhône ou 47,1 ans en Savoie jusqu’à 51,2 ans dans les Vosges voire 56 ans en Haute-Marne.

En 2026, pour la première fois, les femmes sont majoritaires parmi les médecins en activité (50,5 % des effectifs, contre 49,9 % en 2025 et 40,1 % en 2010).

Cliquez sur l'image pour zoomer.

Cliquez sur l'image pour zoomer.

Une répartition « inégalitaire »

La situation demeure difficile dans de nombreux territoires, où les déserts médicaux restent une réalité. « La répartition des médecins est inégalitaire et n’a cessé de s’aggraver au fil des années, constate Jean-Marcel Mourgues. Il y a des départements hospitalo-universitaires (avec des CHU), où la population médicale augmente et se rajeunit. Il y en a d’autres, ruraux, avec des densités de faibles et des populations plus âgées, qui perdent plus encore des médecins. »

C’est le cas de la Haute-Saône, dont la densité de médecin par rapport à la population a baissé de 1,5 % entre 2010 et 2026, de l’Ain (-11 %), de l’Ardèche (-8,6 %), des Vosges (seulement +2,6 %) ou du Jura (+2,4 %), qui connaissent des situations opposées au Rhône (+12,5 %), à la Savoie (+29,2 %), au Bas-Rhin (+19,3 %), au Haut-Rhin (+21 %), à la Meurthe-et-Moselle (+20,3 %) ou à la Moselle (+20,6 %). « Pour autant, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas des difficultés aussi dans les grosses agglomérations », précise le vice-président de l’Ordre des médecins, soulignant des problèmes « d’attractivité » dans des « quartiers prioritaires de la ville ou dans le périurbain ».

Cliquez sur l'image pour zoomer.

Cliquez sur l'image pour zoomer.

Vers une contrainte d’installation ?

« L’augmentation du nombre de médecins à elle seule ne suffira pas à offrir une meilleure répartition des médecins sur tout le territoire », prévient Jean-Marcel Mourgues. « Il faudra certainement d’autres leviers aussi pour faire en sorte d’attirer dans des zones sous-dotées. C’est tout l’objet du livre blanc dont le concept a été présenté par le Cnom en janvier et qui devrait être publié en octobre prochain », ajoute-t-il, sans dévoiler les propositions privilégiées par l’Ordre des médecins.

Preuve de la sensibilité de cette question pour la classe politique, Sébastien Lecornu avait annoncé lors de son premier déplacement officiel en tant que Premier ministre, à Mâcon (Saône-et-Loire), sa volonté d’organiser d’ici à 2027 un réseau de soins de proximité, en atteignant 5 000 maisons de santé sur le territoire (contre 2 500 recensés en 2023). « Les Françaises et les Français, ce qu’ils veulent surtout, c’est un médecin », avait-il résumé.

En attendant, la contrainte à l’installation des médecins fait son chemin dans le débat public et au Parlement, malgré l’opposition farouche des professionnels. En mai dernier, deux propositions de loi visant à lutter contre les déserts médicaux ont été adoptées. L’une par l’Assemblée, l’autre par le Sénat. La première, portée par le député PS Guillaume Garot, souhaite « flécher » l’installation des médecins vers les zones où l’offre de soins est insuffisante, en instaurant une autorisation d’implantation pour les médecins délivrée par l’ARS. La seconde, du sénateur LR Philippe Mouiller, propose de subordonner l’installation des médecins généralistes en zone sur-dotée à un engagement d’exercice à temps partiel dans des zones déficitaires.

Pour s’appliquer, ces textes doivent être adoptés après une navette parlementaire, qui n’a pas encore été programmée. En février, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a redit son opposition à la coercition : « Contraindre les médecins à s’installer dans les déserts médicaux est inefficace. »

« Les déserts médicaux sont un problème d’aménagement du territoire »

Entretien avec François-Xavier Schweyer, professeur honoraire de sociologie à l’École des Hautes Études en Santé publique.

Le nombre de médecins augmente ces dernières années, après avoir longtemps baissé. Se dirige-t-on vers une sortie de crise pour les déserts médicaux ?

« L’augmentation se produit depuis plusieurs années, mais cette hausse était trop faible pour satisfaire les besoins, ce qui a créé une tension. En revanche, une des nouveautés est que le nombre de généralistes actifs repart enfin à la hausse, après une période de baisse. La notion de “déserts médicaux” est problématique : ces territoires sont des déserts tout courts en termes de services publics. Il y a donc plusieurs dimensions à résoudre, dont un problème principal d’aménagement du territoire. La métropolisation de la France a créé les conditions actuelles, en asséchant tout autour des villes. Il y a eu une désindustrialisation rurale, les cadres supérieurs en sont partis, ce qui a changé la sociologie de l’espace rural. Les médecins restent une classe sociale qui aspire principalement à un mode de vie urbain, avec un accès à des services culturels, à des bons lycées pour leurs enfants, etc. C’est aussi pour ça qu’on parle de “médecins de ville” depuis le XIXe siècle ! »

« La nouvelle génération ne souhaite plus être débordée »

Comment résoudre ces difficultés ?

« On ne s’en sortira pas tant qu’on assistera à une lutte entre les maires des communes pour attirer le médecin chez eux. Mettre en place des locaux, des primes… Tout ça a un rendement faible, car les différents territoires se font concurrence et tout le monde en sort affaibli. Une approche territoriale et concertée doit se développer. Ces concertations doivent notamment réunir l’intercommunalité, l’ARS, l’Assurance maladie, les unions régionales des professionnels de santé (URPS) et les départements. Il faut également travailler sur la prévention pour améliorer à long terme l’espérance de vie en bonne santé de la population, qui est très en deçà de nos voisins européens. »

Constate-t-on un changement de pratique de la médecine ?

« C’est le deuxième élément important. Auparavant, on avait un modèle vocationnel essentiellement masculin : le médecin était aidé par sa femme, avec quasiment un statut de notable, et le besoin de gagner beaucoup d’argent en travaillant en conséquence. Si la démocratisation de l’enseignement supérieur a aussi amené une féminisation de la profession, le rapport au travail de la nouvelle génération a changé, qui ne souhaite plus être débordée. Les médecins travaillent toujours beaucoup, mais moins de jours dans la semaine. Il faut donc avoir une approche collective de l’organisation du travail pour permettre une continuité des soins par une équipe de médecins qui maîtriseront leur temps de travail. Enfin, l’un des problèmes des professionnels est l’isolement social, face à la pression de l’opinion, des patients ou de la Sécu. Ce qui oblige à organiser le système différemment pour offrir de meilleurs soins partout. »

Articles les plus lusSanté