La guerre au Moyen-Orient et les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz, entre hausse du prix du pétrole et risques de pénurie en Asie, engendrent des surcoûts importants et obligent les armateurs à se réorganiser.

Charlotte Murat - Hier à 20:00 | mis à jour hier à 20:06 - Temps de lecture :

3 200 navires sont bloqués par la fermeture du détroit d’Ormuz. Certains (comme sur la photo) passent par Istanbul en Turquie. Photo d'illustration Sipa/ZUMA/Tolga Ildun 3 200 navires sont bloqués par la fermeture du détroit d’Ormuz. Certains (comme sur la photo) passent par Istanbul en Turquie. Photo d'illustration Sipa/ZUMA/Tolga Ildun

Voilà plus d’un mois que le détroit d’Ormuz est bloqué à cause de la guerre au Moyen-Orient. « Incontestablement, c’est la plus grosse crise auquel le trafic maritime a été confronté ces dernières années », affirme Sylvain Domergue, géographe spécialiste des enjeux de sécurité maritime, enseignant à Sciences Po Bordeaux et auteur de Géopolitique des espaces maritimes (éd. Armand Colin). Dans ce passage où transitent habituellement 20 % du pétrole et du gaz mondiaux, le trafic a chuté de 95 %, seuls quelques navires chinois, pakistanais ou indiens étant autorisés par l’Iran à passer.

Ce lundi, Donald Trump a annoncé avoir négocié le passage de 20 pétroliers « pour les prochains jours ». Bien loin, encore, des 120 passages journaliers d’ordinaire recensés par le journal d’informations maritimes Lloyd’s List. Empêchés de circuler, quelque 3 200 navires sont bloqués dans la région, dont 53 français. Peu dépendante de cette région pour ses approvisionnements, l’Europe ne risque pas de pénurie de pétrole. « Cela nous touche en revanche directement pour les engrais azotés ou encore le plastique vierge, importé sous forme de petites billes pour fabriquer des bouchons de bouteille, du matériel médical ou encore du mobilier de jardin. Les prix ont flambé et la pénurie guette », rappelle Sylvain Domergue.

Menaces en mer Rouge

L’Asie, elle, risque bel et bien une pénurie de pétrole. Craignant de manquer de carburant dans les ports asiatiques, le directeur général de la compagnie danoise Maersk indiquait dès le 11 mars au Monde que son entreprise affrétait des pétroliers pour « transférer des stocks d’un continent à l’autre ». « Les tarifs n’ont jamais été aussi élevés », précisait-il. Autant de coûts qui s’ajoutent à la flambée des prix des carburants, qui touche le transport maritime au même titre que tous les autres secteurs économiques et les particuliers.

Le commerce maritime pourrait être encore plus perturbé si l’Iran met à exécution sa menace de bloquer le détroit de Bab el-Mandeb en cas d’invasion terrestre des États-Unis. Situé de l’autre côté de la péninsule arabique, entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, il est la voie d’entrée (ou de sortie) vers le canal du Suez pour les liaisons entre l’Europe et l’Asie. Environ 12 % du commerce maritime mondial y transite habituellement. Grâce à son port de Yanbu, situé sur la mer Rouge, l’Arabie saoudite peut, par exemple, continuer à exporter son pétrole.

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Mais emprunter cette voie maritime coûte de plus en plus cher à cause des attaques menées par les houthis du Yémen depuis l’automne 2023. « Partout où il y a des risques, le coût des assurances flambe », explique Laurent Martens, délégué général d’Armateurs de France. Ce dernier cite plusieurs autres « zones grises » pour la navigation commerciale, où les risques de piratage sont importants, dont le golfe du Niger et le détroit de Malacca, entre l’île de Sumatra et la Malaisie. Face aux risques des houthis, de nombreux navires évitaient depuis plusieurs mois de passer par la mer Rouge, préférant une route plus longue, donc plus coûteuse en carburant, en contournant l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. La CMA CGM devait réemprunter le canal de Suez cette année. La guerre au Moyen-Orient l’a contrainte à faire marche arrière.

À bord des navires français, des équipages réduits et volontaires

« Cela ne nous était encore jamais arrivé d’avoir des navires bloqués en zone de guerre », explique Laurent Martens, d’Armateurs de France, qui s’inquiète de voir le conflit durer. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, 53 bateaux français sont bloqués dans le détroit d’Ormuz. Laurent Martens refuse de dévoiler le nom des armateurs, mais indique qu’il s’agit « d’une entreprise de transport de conteneurs, d’une entreprise de transport de gaz, d’une entreprise de navires de services et de deux entreprises qui desservent des plateformes off-shore ».

Les navires ont été mis à l’abri dans des mouillages considérés comme les moins dangereux et les équipages ont été relevés, ce qui signifie que les marins actuellement à bord sont tous volontaires et travaillent en équipes réduites. « Même s’ils sont formés, la situation n’est pas évidente pour eux. Et économiquement, cela va finir par devenir compliqué pour les entreprises, car les navires ne sont pas à l’arrêt complet. Les moteurs continuent de tourner, par exemple », détaille Laurant Martens.

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