La hausse des prix du pétrole, générée par la guerre au Moyen-Orient, alimente la crainte d’une crise énergétique majeure, semblable aux chocs de 1973 et 1979. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a parlé mardi d’un « nouveau choc pétrolier », avant de rétropédaler ce mercredi en disant que cela ne s’appliquait « en aucun cas à la situation française ».

Cyrielle Thevenin - Aujourd'hui à 20:31 | mis à jour aujourd'hui à 21:12 - Temps de lecture :

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Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle crise économique mondiale ? La guerre qui dure au Moyen-Orient, avec le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran et la hausse des prix du pétrole en conséquence, inquiète. Mardi, le ministre de l’Économie Roland Lescure, auditionné à l’Assemblée nationale, a parlé d’un « nouveau choc pétrolier ». « Si ce choc énergétique persiste au-delà de quelques semaines, la crise pourrait se diffuser plus largement à l’économie », a-t-il estimé. Avant de rétropédaler ce mercredi : « je regrette d’avoir utilisé ce terme. Il s’appliquait dans mes mots à la situation internationale et en aucun cas à la situation française », a déclaré Roland Lescure.

Un choc pétrolier désigne une situation de hausse brutale du prix du pétrole, ayant un impact négatif sur la croissance économique mondiale. Deux ont marqué les esprits, en 1973 et en 1979. Le premier avait été causé par la décision des pays de l’Opep de réduire leur production de pétrole à la suite de la guerre du Kippour entre Israël et ses voisins arabes. Le second avait été causé par le changement de régime en Iran, puis accentué par la guerre entre l’Irak et l’Iran.

Pétrole en hausse, croissance en baisse

La situation est-elle comparable aujourd'hui ? « La crise de 2026 partage la même origine géopolitique que les chocs de 1973 et 1979, à savoir un conflit militaire majeur au Moyen-Orient impliquant des pays producteurs. Dans les deux cas, on observe une contraction physique de l’offre, une envolée des cours du brut et le retour de la menace d’une spirale inflationniste mondiale », analyse Patrice Geoffron, directeur du Centre de Géopolitique de l’Énergie et des Matières Premières de l’Université Paris-Dauphine.

Depuis le début de la guerre le 28 février, le prix du baril de pétrole est passé de 73 dollars à environ 100 dollars, avec un pic à 110 dollars le 20 mars, selon le site prixdubaril.com. Cela représente une hausse de 40 à 50 %. En France, l’Insee a déjà revu en conséquence ses prévisions de croissance à la baisse, et table désormais sur un « net regain d’inflation » autour de 2 % d’ici juin, contre 0,9 % en février. En 1973, le prix du pétrole avait quadruplé, passant de 2,6 à 11,6 dollars en quelques mois. En 1979, il avait plus que doublé, passant d’environ 15 à 39 dollars. Ces niveaux-là n’ont pas encore été atteints mais « 40 installations énergétiques de la région » ont subi des dommages importants, ce qui pourrait avoir un impact sur leur capacité d’exploitation. « Si les réparations prennent plusieurs années pour certaines, la contrainte sur l’offre deviendra structurelle, maintenant durablement les prix à un niveau très élevé », craint Patrice Geoffron.

Des pertes équivalentes

Mais ce qui inquiète particulièrement l’Agence internationale de l’énergie (AIE), ce sont les pertes d’approvisionnement. « Aujourd’hui, rien qu’à ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies », s’est alarmé lundi le président de l’AIE, Fatih Birol. Il a rappelé que lors des crises pétrolières de 1973 et 1979, « le monde a perdu environ cinq millions de barils par jour, soit 10 millions de barils par jour au total ». À l’époque, cela correspondait à 9 % de la production mondiale, qui s’élevait à 58 millions de barils par jour selon les données de l’Energy Institute. Depuis, la production mondiale a fortement augmenté pour dépasser les 100 millions de barils par jour, mais la part des pertes reste équivalente.

La situation n’est toutefois pas tout à fait similaire pour autant. « Les économies occidentales sont aujourd’hui structurellement moins dépendantes du pétrole qu’en 1973, grâce au développement d’autres sources d’énergie et à une meilleure efficacité énergétique », nuance Patrice Geoffron. « La France se distingue par une vulnérabilité moindre grâce à son mix énergétique moins dépendant des hydrocarbures, à ses infrastructures nucléaires et à ses stocks stratégiques solides qui empêchent toute pénurie à court terme. Mais l’impact sur les prix est réel », souligne l‘économiste.

Des réserves disponibles

Autre différence par rapport aux années 1970 : « les pays consommateurs disposent désormais de vastes réserves stratégiques coordonnées par l’AIE », poursuit Patrice Geoffron. L’AIE a d’ailleurs décidé de mettre 400 millions de barils de pétrole à la disposition du marché pour compenser les pertes d’approvisionnement.

« Malgré cette injection massive, les prix ont continué de grimper, car ces réserves ne peuvent remplacer durablement le flux bloqué dans le détroit d’Ormuz », observe Patrice Geoffron. Le patron de l’Agence, Fatih Biron, n’a pas exclu la possibilité d’un nouveau déblocage « si cela s’avère nécessaire ». La durée du conflit, et notamment du blocage du détroit d’Ormuz, pourrait déterminer l’ampleur de la crise énergétique dans les prochains mois... et ses répercussions sur l’économie mondiale.

Les pays asiatiques, premiers touchés

« La France est mieux préparée, moins exposée que ses voisins européens et que les pays asiatiques qui sont directement concernés », a déclaré ce mercredi le ministre de l’Économie Roland Lescure. Les pays asiatiques sont en effet fortement dépendants aux exportations de pétrole des pays du Moyen-Orient. La Chine, l’Inde, le Japon et la Corée font partie des cinq premiers importateurs de pétrole au monde. Dans ces pays, l’impact économique se fait déjà ressentir de manière plus marquée. En Corée du Sud, les citoyens ont été invités par le gouvernement à raccourcir la durée de leurs douches. Aux Philippines, le président a déclaré l’état d’urgence énergétique national.

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