Comme tout cela peut paraître lointain. Un président américain qui parle de «superintelligence», des géants américains du «cyber» qui accusent leurs concurrents chinois de piller leurs technologies, des firmes de l’Empire du Milieu qui développent leurs propres puces… La rivalité entre les Etats-Unis et la Chine dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) semble passer au-dessus de nos têtes. Et c’est bien là le problème: l’Europe et la Suisse regardent de loin un affrontement extraordinaire qui a pourtant un impact immédiat sur nos vies.
Nous avions l’habitude de voir les empires technologiques américains régner sur la planète entière, Chine exceptée. Google, Microsoft ou Meta sont parvenus, depuis plus de trente ans, à imposer leurs services numériques quasiment partout. Seul l’Empire du Milieu, avec ses lois propres, était contrôlé par des géants locaux. Pour le reste, les Etats-Unis étaient triomphants. La Silicon Valley pensait poursuivre cette domination avec l’IA. Mais c’était compter sans la montée en puissance extrêmement rapide de la Chine.
Avancée technologique foudroyante
C’est à travers ce prisme qu’il faut analyser la volonté des Etats-Unis de laisser OpenAI, Anthropic ou Google s’autoréguler. La peur que des DeepSeek, Alibaba ou Moonshot les dépassent est bien réelle. Et elle est fondée: les modèles développés entre Pékin et Shenzhen ne cessent de s’améliorer, développés désormais sur des puces 100% chinoises, par des ingénieurs locaux ultra-qualifiés. Peut-être qu’une partie de ces technologies est volée aux Américains. Mais l’essentiel n’est pas là: très vite, la Chine est parvenue à créer une chaîne de valeur complète en IA, des terres rares aux chatbots.
Ce n’est pas tout. En parallèle à cette avancée technologique foudroyante, les conglomérats numériques chinois misent sur une stratégie redoutable: proposer leurs modèles à des coûts bas, voire gratuitement, pour leur assurer une diffusion rapide et mondiale. En développant des modèles commerciaux fermés, certes de pointe mais coûteux à l’usage, les Etats-Unis prennent un risque: celui qu’une partie de la planète ne s’en détourne pour préférer des concurrents chinois bien plus abordables. Nous l’avons déjà écrit, mais il faut le rappeler, des modèles chinois alimentent pour une part les IA des firmes genevoises Proton et Infomaniak. Cela montre les progrès réalisés en Asie.
Des panneaux solaires aux voitures électriques (observez le nombre grandissant de BYD dans nos rues), les technologies chinoises sont omniprésentes. Si les Etats-Unis commencent à craindre un début de dépassement, que dire de nous, Européens? Nous ne sommes que spectateurs d’une bataille qui nous dépasse.


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