Nestlé vient d’apprendre à ses dépens ce que signifie une économie «arsenalisée»: le 18 septembre, une décision du locataire du Kremlin a transféré la propriété de ses actifs russes – comme ceux d’Auchan et de l’ex-Leroy Merlin – à une entité contrôlée par l’Etat russe. Il ne s’agissait ni d’une sanction négociée entre un Etat et une entreprise ni d’un contentieux commercial, mais d’un simple trait de plume sur un décret présidentiel. Si l’on ajoute à cela les menaces incessantes de nouveaux tarifs douaniers américains, la dépendance aux terres rares chinoises ou aux semi-conducteurs taïwanais, il devient clair pour les conseils d’administration que la géopolitique n’est désormais plus l’affaire des seuls diplomates.
Le monde est passé d’une économie de paix à une économie des conflictualités, propulsant les entreprises d’un environnement propice aux échanges à un environnement de polycrises, d’incertitudes et de menaces. Cette évolution, sans précédent, est le fruit de la résurgence des multipolarités, du retour des différentes formes de coercitions et de l’apparition de dépendances de plus en plus difficiles à contourner.


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