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Des chansons entièrement générées par intelligence artificielle et des artistes virtuels qui apparaissent sur les plateformes d’écoute en continu, l’intelligence artificielle s’impose progressivement dans le milieu artistique. Cette évolution fascine autant qu’elle inquiète et soulève une question : jusqu’où peut-elle intervenir dans un processus de création qui repose traditionnellement sur l’expérience et la sensibilité humaines?
Cette question n’échappe pas aux artistes fransaskois.
Ces derniers temps, en faisant défiler le contenu sur son téléphone, Émilie Lebel, également connue sous son nom de scène éemi, du duo synth-pop-folk Beau Nectar, remarque de plus en plus de musique générée par intelligence artificielle sur les plateformes d’écoute en continu.

Émilie Lebel. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
C’est vraiment frustrant quand on a dépensé beaucoup, beaucoup d’argent pour faire la production d’un album, choisir un artiste, un réalisateur qu’on aime, puis d’apprendre qu’ils ont plus de "streams" que nous.
Sur des plateformes comme Spotify, ces chansons peuvent accumuler des écoutes et ainsi générer des revenus. Au-delà de la question financière, éemi s’inquiète surtout sur la frontière de plus en plus mince entre une œuvre créée par un humain et une autre produite par une machine.
Ça devient de plus en plus bien fait, surtout côté électronique. Les gens ont de la misère de les voir être décortiqués entre les deux, dit-elle.
La musique comme expression profondément humaine
Cette notion d’authenticité préoccupe également Thomas Chevalier, chanteur, compositeur et réalisateur fransaskois.

Thomas Chevalier. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Raphaële Frigon
La musique, c’est quelque chose d’humain. Alors, même s’il y avait quelque chose qui survolait de robotique, je ne pense pas que ce serait aussi beau et naturel, dit-il.
Pour l’artiste, qui vient de lancer son plus récent album, la création musicale demeure intimement liée à son vécu.
J’utilise la musique comme un peu la thérapie. C’est un peu comme un livre personnel. Quand moi, je souffre dans la vie, quand j’ai des émotions fortes et je ne sais pas comment m’exprimer, c’est là où j’écris.
Pour autant, Thomas Chevalier ne ferme pas complètement la porte à l’intelligence artificielle.
Dans un univers où des millions de chansons et de mélodies existent déjà, il imagine notamment l’IA comme un moyen de regarder ailleurs.
Je pense qu’aujourd’hui, il y a tellement de musique dans le monde. J’aimerais savoir, plutôt, s l'IA peut-être, aider les artistes à être découverts, non seulement juste créer la musique, mais nous aider à travailler ensemble et nous découvrir, dit-il.
Un outil qui n’est pas entièrement nouveau

Jean-Sébastien Gauthier veut susciter une réflexion sur la question des territoires autochtones.
Photo : Jean-Sébastien Gauthier
Jean-Sébastien Gauthier est le directeur artistique du Conseil culturel fransaskois et est lui-même artiste visuel.
Il rappelle que l'utilisation de la technologie dans un processus artistique n’est toutefois pas une nouveauté.
Selon lui, le problème réside notamment dans la manière dont l’artiste choisit d’utiliser l’outil et dans la transparence entourant cette utilisation.
Ce n’est pas nouveau de se servir du générateur paramétrique pour la création avec des ordinateurs. Même dans les années 60, des artistes comme Vera Molnar se servaient de codes par ordinateur pour générer des créations aléatoires, explique-t-il.
L’intelligence artificielle pourrait ainsi intervenir à différentes étapes du processus créatif pour explorer une mélodie, travailler un texte ou imaginer une forme artistique sans nécessairement remplacer l’artiste. Pour Jean-Sébastien Gauthier, cette réflexion prend une importance particulière dans le contexte fransaskois.
C’est de la culture fransaskoise. On n’est pas ici pour devenir dépendants d’une culture générale. On est ici pour générer notre culture selon nos valeurs et nos traditions et nos compétences, dit-il.


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