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Au fond de la mer de Kara repose depuis 1982 un sous-marin nucléaire au réacteur encore chargé que personne n’a jamais remonté

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Trente-trois mètres. C’est la profondeur à laquelle repose le sous-marin nucléaire soviétique K-27, immergé volontairement dans une baie de la mer de Kara le 6 septembre 1982. Ses deux réacteurs sont toujours à bord, avec l’intégralité de leur combustible, et personne n’a jamais tenté de les remonter à la surface.

À retenir

  • Un sous-marin nucléaire soviétique gît au fond de la mer depuis plus de quatre décennies avec ses réacteurs intacts
  • Un accident catastrophique en 1968 a tué neuf marins et condamné à jamais ce navire expérimental unique
  • Moscou hésite depuis 40 ans à affronter ce qui serait une première mondiale : récupérer un réacteur nucléaire chargé après 4 décennies d’immersion

Sommaire

  1. Un accident nucléaire que la Marine soviétique n’a jamais su réparer
  2. Un sabordage à faible profondeur, contre l’avis des experts internationaux
  3. Pourquoi ce tombeau nucléaire est resté intact pendant plus de quarante ans

Un accident nucléaire que la Marine soviétique n’a jamais su réparer

L’histoire du K-27 commence bien avant son sabordage. Ce sous-marin d’attaque, unique exemplaire du Projet 645 dans la flotte soviétique, embarquait une technologie expérimentale : deux réacteurs refroidis non pas à l’eau, mais par un alliage liquide de plomb et de bismuth. Une prouesse technique pour l’époque, mais aussi un pari risqué qui a mal tourné. Le sous-marin est endommagé de manière irréversible par un accident nucléaire lié à une déficience des barres de contrôle le 24 mai 1968. Neuf marins sont tués dans l’accident, et selon certaines sources, bien d’autres membres d’équipage développeront par la suite des maladies liées aux radiations.

Pendant une décennie, la Marine soviétique tente de sauver l’appareil. On envisage de découper le compartiment réacteur pour le remplacer par un modèle classique refroidi à l’eau. Le projet est finalement abandonné : trop coûteux, et de toute façon dépassé par l’arrivée de sous-marins plus modernes dans la flotte. La reconstruction ou le remplacement du réacteur nucléaire a été jugé trop coûteux et inapproprié, et le K-27 est officiellement désarmé le 1er février 1979. Le verdict tombe : ce sous-marin ne naviguera plus jamais. Reste à décider quoi faire de sa carcasse radioactive.

Un sabordage à faible profondeur, contre l’avis des experts internationaux

La solution retenue par Moscou tient en un mot : l’enfouissement liquide. Durant l’été 1981, les techniciens du chantier naval de Severodvinsk s’attaquent au compartiment réacteur. Pour prévenir toute fuite radioactive et exclure le contact des matières fissiles avec l’eau maritime, ils versent dans les cavités du compartiment 270 tonnes de bitume, mélangées à du béton et de l’alcool furfurylique pour figer le tout en une masse censée résister à la corrosion marine. Une sorte de sarcophage improvisé, pensé pour durer des décennies.

Le sous-marin scellé est ensuite remorqué vers une zone d’essais militaires dans l’est de la mer de Kara, au large de l’archipel de Nouvelle-Zemble. L’opération finale ne se déroule pas sans mal. Il a fallu qu’un remorqueur de sauvetage percute la poupe du K-27 pour percer ses ballasts arrière et le faire couler, car sa proue avait déjà touché le fond alors que sa poupe restait encore à flot. Le K-27 finit par sombrer le 6 septembre 1982, dans une baie appelée Stepovoy, à seulement 33 mètres de profondeur. Un choix qui n’a rien d’anodin : cette immersion en eaux peu profondes s’est faite contrairement aux recommandations de l’Agence internationale à l’énergie atomique, qui préconisait un enfouissement à des profondeurs bien supérieures pour limiter les risques de remontée de contamination.

Pourquoi ce tombeau nucléaire est resté intact pendant plus de quarante ans

Remonter un sous-marin nucléaire n’a rien d’une opération de routine. Le K-27 pèse plusieurs milliers de tonnes, ses structures se sont fragilisées sous quatre décennies de corrosion marine, et personne ne sait avec certitude dans quel état se trouve réellement le sarcophage de bitume censé protéger le cœur du réacteur. Les experts s’inquiètent notamment des poches d’air qui auraient pu se former dans ce mélange durcissant, laissant filtrer de la condensation à l’intérieur de la coque immergée.

Des expéditions scientifiques russo-norvégiennes se sont pourtant succédé sur zone depuis les années 2000 pour surveiller la situation. Bonne nouvelle relative : jusqu’ici, aucune fuite majeure n’a été détectée. De nombreux échantillons d’eau de mer, du fond marin et de la biomasse ont été recueillis puis analysés, et le rapport final indiquait que les niveaux de rayonnement de la région étaient stables. Mais la tranquillité pourrait ne pas durer éternellement. Une étude de l’Institut norvégien de recherche marine a modélisé le pire scénario : le déversement de la totalité du césium 137 des réacteurs multiplierait par 100 les concentrations contenues dans les cabillauds de la région, même si ces niveaux resteraient inférieurs aux directives internationales. Un risque jugé suffisamment sérieux pour que Moscou envisage enfin l’impensable : sortir le K-27 de l’eau.

Le calendrier a longtemps glissé d’une décennie à l’autre, mais les choses semblent aujourd’hui se préciser. La Russie prévoit de débuter les préparatifs en 2026 pour récupérer deux sous-marins nucléaires soviétiques des eaux arctiques, avec des opérations qui doivent démarrer en 2027, selon des documents budgétaires cités par la presse russe. Le budget alloué à la gestion des déchets radioactifs fédéraux et au démantèlement des sites nucléaires hérités du passé prévoit 10,5 milliards de roubles pour 2026, 10,7 milliards pour 2027 et 10,6 milliards pour 2028. De quoi financer, enfin, la sortie de l’eau d’un engin resté au fond de la mer de Kara plus longtemps que la durée de service qu’il a connue en surface.

Le K-27 n’est pas un cas isolé. Sept sous-marins nucléaires soviétiques reposent aujourd’hui dans les eaux arctiques russes, aux côtés de milliers de conteneurs de déchets radioactifs immergés durant la Guerre froide. Le jour où l’un d’eux sera enfin hissé hors de l’eau, ce sera la toute première fois qu’un pays tentera de récupérer un réacteur nucléaire encore chargé de son combustible, resté immergé pendant plus de quatre décennies.

Sources : agasm.fr | vice.com

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