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Obligés d’entamer les stocks de fourrage prévus pour l’hiver pour compenser le manque d’herbe dans les prairies, les producteurs laitiers voient une ligne de charges s’ajouter à leur trésorerie, déjà dans le rouge. La Fédération nationale des producteurs laitiers craint que des vaches ne finissent à l’abattoir.
Charlotte Murat - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
« Il n’y a rien de plus terrible que de ne pas pouvoir nourrir ses animaux », soupire Patrice Riauté, éleveur laitier dans la Sarthe et membre du bureau de la FNPL (Fédération nationale des producteurs laitiers). Dans les prairies brûlées par la canicule et la sécheresse, les vaches n’ont plus rien à manger. Les éleveurs sont donc obligés de leur fournir du fourrage. « Certains ont déjà commencé à taper dans les stocks prévus pour cet hiver et se demandent comment ils vont tenir jusqu’en avril prochain », poursuit Patrice Riauté.
Quant au maïs d’ensilage, aux 30 % de pertes pour le moment estimées par le ministère de l’Agriculture s’ajoute une faible qualité nutritionnelle. Ce que craignent les éleveurs, c’est que faute de pouvoir nourrir leurs bêtes, certains ne les envoient à l’abattoir. « Le risque de décapitalisation du cheptel est très fort. Et quand on baisse le nombre de bêtes dans un troupeau, on sait que cela ne revient jamais », précise Stéphane Joandel, éleveur dans la Loire et secrétaire général de la FNPL.
Car, acheter du fourrage, tous ne le pourront pas. « Beaucoup d’exploitations sont sur le fil du rasoir en termes de trésorerie », poursuit Stéphane Joandel. En raison d’une surproduction mondiale, le prix du lait payé aux éleveurs a diminué en 2026. « C’est 50 euros de moins pour 1 000 litres de lait depuis le début de l’année », indique Yohann Barbe, agriculteur dans les Vosges et président de la FNPL. Or, à cause de la canicule, les vaches ont produit moins de lait. Moins de lait payé moins cher, c’est une baisse de revenus pour les producteurs.
Augmentation des charges
Or, à cela s’ajoutent des augmentations de charges, notamment une hausse des prix des engrais et des carburants due en grange partie à la crise au Moyen-Orient et à la fermeture du détroit d’Ormuz. Selon une évaluation de l’Institut Idele, elle atteint 26,30 euros pour 1 000 litres de lait pour les éleveurs conventionnels en plaine et jusqu’à 31,10 euros pour les éleveurs en montagne.
Pour éviter que « la détresse n’aboutisse à des situations catastrophiques », le FNPL a pris son bâton de pèlerin pour demander toute une série d’accompagnements financiers au ministère de l’Agriculture, comme « une indemnisation pour les récoltes non assurées, la prise en charge des cotisations MSA (la sécurité sociale agricole), la prise en charge des intérêts des emprunts et une aide à l’acquisition de fourrage », liste Yohann Barbe. Et alors que le doublement du stockage de l’eau pour des fins agricoles a été voté dans la loi d’urgence agricole, Yohann Barbe assure : « Ce n’est plus un gros mot d’irriguer les prairies si on veut continuer à produire du lait. »


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