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Wealthsimple n’est pas une banque. Pourtant, elle pourrait bien remplir le rôle de septième acteur d’importance dans le secteur bancaire au pays, présentement dominé par six géants. Tour d’horizon d’une jeune pousse aux racines de plus en plus solides.
La numéro deux de la Banque du Canada, Carolyn Rogers, était sans équivoque dans son discours prononcé à Toronto en octobre dernier. Selon elle, il serait « difficile de nier, sur la base de quelque mesure objective que ce soit, que le système bancaire canadien est un oligopole ». La première sous-gouverneure de la banque centrale rappelait que les six grandes banques canadiennes détiennent ensemble environ 93 % de tous les actifs bancaires. Une concentration qui assurerait sécurité et stabilité au secteur bancaire, certes, mais qui nuirait aussi à la productivité, aux coûts et aux choix des consommateurs.
De nouveaux acteurs, comme Questrade ou la Banque EQ, n’ont pas attendu l’adoption des changements législatifs promis par Ottawa dans son dernier budget pour aller de l’avant avec leur plan de croissance.
C’est également le cas pour Wealthsimple, qui se distingue avec une offre de produits n’ayant pour seule limite que l’imagination de ses dirigeants.
Cette dernière a vu le jour en 2014. À l’époque, la jeune pousse technologique basée à Toronto s’est fait connaître pour son robot conseiller. Depuis, l’entreprise s’affiche un peu partout dans l’espace public — y compris en achetant des publicités au Super Bowl — et grandit à toute allure. Wealthsimple offre une gamme de produits diversifiée et souvent gratuite : compte chèques, compte épargne, portefeuilles gérés ou autogérés, cryptomonnaie, déclaration de revenus… L’entreprise vient aussi d’obtenir l’aval des autorités réglementaires pour offrir certains types de contrats prédictifs, à la manière de la plateforme de paris en ligne Polymarket, mais avec davantage de contraintes.
En 2025, le nombre total de clients de Wealthsimple a dépassé les trois millions. Son p.-d.g., Michael Katchen, a précisé en mars, dans une publication sur LinkedIn, que l’entreprise avait « connu [sa] meilleure saison de REER à ce jour » cette année et qu’elle avait « enregistré plus de transferts de comptes vers Wealthsimple que jamais auparavant ».
L’engouement se fait aussi sentir au Québec. « Près de 500 000 Québécoises et Québécois nous font déjà confiance, et les actifs dans la province ont doublé depuis le début de 2025 », indique par courriel Simon Lejeune, directeur de la croissance chez Wealthsimple. « Et ce n’est pas que chez les jeunes : le segment de notre clientèle qui croît le plus vite au Québec est celui des 40 ans et plus. »
Bousculer l’oligopole
Maher Kooli, professeur de finance à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), voit d’un bon œil l’arrivée de nouveaux acteurs dans le secteur financier. « Le principal avantage est que ça va mettre de la pression sur les banques à charte pour une baisse des frais. »
Cela dit, « est-ce que ça va remplacer à moyen ou long terme les institutions financières et canadiennes ? Je ne pense pas. Les Big 6 vont toujours être les piliers du secteur financier ». Par contre, « est-ce que ça va gruger une part du marché ? Certainement ».
« C’est intéressant pour tous les Canadiens d’avoir plus d’options », soutient le cotitulaire de la Chaire Fintech AMF-Finance Montréal de l’UQAM. Mais bien que ce soit avantageux pour le consommateur, il note que « plus l’offre s’élargit, plus c’est compliqué de choisir » le bon produit, d’où l’importance de la littératie financière.
Des fonds privés accessibles
Wealthsimple n’est pas cotée en Bourse ; on ignore donc le détail de ses résultats financiers. Mais certains chiffres ont été rendus publics. L’entreprise affirme être rentable depuis 2024, année où la valeur totale des actifs qui y sont détenus a franchi la barre des 50 milliards. Un an plus tard, ce montant avait déjà doublé.
La firme est détenue en majorité par Power Corporation et ses filiales, et Paul Desmarais siège au conseil d’administration. Wealthsimple n’a pas souhaité dévoiler la liste complète de ses investisseurs et les parts qu’ils détiennent dans l’entreprise.
En octobre 2025, la firme a conclu un cycle de financement en récoltant 750 millions de dollars, un effort qui a porté sa valeur à 10 milliards. « Ça montre qu’ils peuvent avoir assez de fonds du privé », note M. Kooli. « C’est intéressant dans le sens que la compagnie, du point de vue du financement, n’a pas de problème et n’a pas besoin du marché public. »
Elle n’en a peut-être pas besoin, mais elle considère tout de même cette possibilité. En entrevue au Financial Post en décembre dernier, le p.-d.g., Michael Katchen, a affirmé vouloir bâtir une entreprise « emblématique et pérenne », réitérant son « intention de faire un jour entrer l’entreprise en Bourse ».


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