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«We Bury the Dead»: le deuil autrement

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Bien que le cinéaste australien Zak Hilditch soit un grand admirateur des films qui ont établi les codes du genre apocalyptique — 28 Days Later (2002) et The Quiet Earth (1985) en tête —, il ne se contente pas de marcher dans les sentiers battus lorsque vient le temps d’imaginer ses propres récits. Pour lui, l’ultime cataclysme est d’abord et avant tout un véhicule pour interroger le monde et ses contradictions.

Son premier long métrage, These Final Hours (2013), explorait la possibilité de faire les bons choix, alors même que le concept de rédemption perd son sens, dans les dernières heures précédant la fin du monde. Dans sa nouvelle offrande, We Bury the Dead, le cinéaste entreprend plutôt une réflexion sur le deuil, et sur l’agentivité de chacun dans l’achèvement de celui-ci ; le tout entrecoupé de morts-vivants terrifiants, de courses-poursuites et de perturbantes scènes de désolation.

Le film s’ouvre sur les conséquences catastrophiques du déclenchement d’une arme expérimentale américaine sur l’île de Tasmanie, à la suite duquel on déplore 500 000 victimes. Ava (Daisy Ridley), une physiothérapeute américaine, s’engage dans une mission de récupération des corps, dans l’espoir de pouvoir se frayer un chemin jusqu’au complexe hôtelier dans lequel résidait son mari, Mitch (Matt Whelan), dans le cadre d’une conférence.

D’abord restreinte aux abords de l’aéroport à cause d’un important incendie, elle fait équipe avec Clay (Brenton Thwaites), un jeune voyou désabusé qui espère racheter une vie truffée d’erreurs en faisant preuve d’héroïsme. Les deux acolytes, comme toute l’équipe de sauvetage, ne tardent pas à comprendre que certaines victimes de l’accident militaire reviennent d’entre les morts, piégées dans un corps détruit et un cerveau déficient, mais sont rapidement mises hors-jeu par les soldats, qui les abattent froidement. Car plus ces revenants vivent longtemps, plus ils deviennent agités et montrent des signes de violence.

Ava, rongée par la perte de celui qu’elle aime, semble de son côté percevoir un relent d’humanité dans le regard de ces monstres. Plus déterminée que jamais à retrouver son amoureux et à espérer qu’il existe encore une infime partie de lui avec laquelle elle pourra obtenir une forme d’adieu et se réconcilier avec certaines de ses erreurs passées, elle prend la fuite avec Clay, brave la fumée et les barrages militaires pour atteindre sa destination.

Bien que la proposition — mélanger le deuil, un thème maintes fois revisité au grand écran, avec les codes classiques du film de zombies — soit rafraîchissante et prometteuse, Zak Hilditch semble souvent ne pas savoir sur quel pied danser, changeant de registre avant d’avoir bien pu creuser le fond des questions que son scénario soulève.

Le résultat est au mieux déséquilibré. En maintenant un doute sur l’humanité des victimes, le réalisateur laisse monter la tension dramatique, offrant un vif aperçu de la frontière poreuse entre la conscience et la mort. Or, ces scènes où pointe un soupçon de vérité sont amoindries par le basculement vers les codes de l’horreur, sur lesquels Zak Hilditch s’appuie sans jamais les exploiter à leurs pleines capacités. La même superficialité s’applique à la construction des personnages, dont le passé et la vie intérieure ne sont effleurés que par quelques phrases et retours en arrière peu rythmés.

Finalement, le spectateur n’a pas la matière nécessaire pour être touché ou se reconnaître à l’écran, sans non plus ressentir le plaisir du frisson que promet généralement le cinéma apocalyptique. On a quand même droit à quelques scènes d’une grande beauté, grâce au cadre océanique et dantesque dans lequel se déroule le récit.

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