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Un homme francophone est décédé seul dans un hôpital du Nouveau-Brunswick en raison d’une barrière linguistique. Sa famille, francophone elle aussi, en a été informée… en anglais. Un manque de respect « cruel » et le symptôme d’un problème systémique, selon la commissaire aux langues officielles de la province.
« L’institution est bien consciente de ses obligations linguistiques et des problèmes qui perdurent à l’hôpital [Miramichi], mais il semble avoir un manque flagrant de responsabilisation de la part de certains employés, notamment de la part des gestionnaires », écrit la commissaire Shirley MacLean dans une déclaration qui accompagne les rapports d’enquête publiés lundi.
Malade depuis six ou sept ans, l’homme, dont le nom ne figure pas dans le rapport, avait déjà été hospitalisé à l’hôpital Miramichi, tout près de la péninsule acadienne. Selon l’un de ses enfants qui est à l’origine de la plainte, « ce dernier n’a jamais reçu de services en français », peut-on lire dans le rapport.
Le 11 septembre dernier, le père de famille a fait une chute au domicile familial. Il a été transporté d’urgence à l’hôpital. Pendant la nuit et malgré les « nombreuses » tentatives du fils francophone d’obtenir des informations sur l’état de santé de son père en français, personne n’a été en mesure de lui en offrir, ni à lui ni à sa mère.
Ce n’est que le lendemain matin qu’un membre du personnel de l’hôpital a communiqué avec la mère de la famille, elle aussi unilingue francophone, pour l’informer du décès de son mari. Le tout en anglais.
« Le frère […], qui ne parle ni ne comprend l’anglais non plus, a immédiatement pris le téléphone des mains de sa mère afin de pouvoir entendre ce qui se disait. N’étant pas certain d’avoir compris, ce dernier a contacté la partie plaignante qui, à son tour, a téléphoné à l’hôpital et a parlé avec un membre du personnel en anglais qui lui a confirmé la nouvelle », est-il indiqué.
« La partie plaignante allègue que personne n’a été contacté pendant la nuit pour les informer de la détresse respiratoire de leur père », est-il écrit. « Son père est décédé seul à l’urgence en raison d’une barrière linguistique, et elle vit difficilement son deuil pour cette raison. »
L’hôpital n’a pas nié les allégations, confirme la commissaire. L’institution se défend toutefois en jetant le blâme sur la difficulté de recruter du personnel francophone ou bilingue. Depuis 2024, la proportion de personnel bilingue aux urgences de Miramichi a chuté de 27,5 % à 17,5 %.
Malgré tout, comme le mentionne la commissaire, un plan de contingence en matière de langues officielles existe et aurait dû être mis en place.
Un problème systémique ?
Dans les cinq dernières années, le nombre de plaintes envers l’institution n’a cessé d’augmenter, selon la commissaire. Lundi, elle publiait un autre rapport d’enquête dans lequel elle détaille la situation d’un homme francophone qui est resté sur une civière pendant sept jours sans qu’on lui adresse la parole en français, hormis un gardien de sécurité qui a agi à titre de traducteur pour faire comprendre à l’homme la raison pour laquelle on lui donnait des antibiotiques.
Malgré les recommandations à l’institution que la commissaire formule pour chaque plainte fondée, elle n’a pas noté d’amélioration.
En juillet 2025, par exemple, elle avait recommandé aux gestionnaires de l’hôpital de faire des vérifications aléatoires et de mettre en place des mesures disciplinaires pour les employés contrevenants. Presque un an plus tard, ces recommandations n’ont toujours pas été mises en place.
« Les audits réguliers et les mesures correctives en cas de non-respect sont essentiels. Il est la responsabilité de la direction de donner l’exemple, de s’engager activement et de mobiliser l’équipe pour assurer l’application d’une politique », souligne la commissaire MacLean. « Après tout, si le gestionnaire n’y croit pas, il lui sera bien difficile de convaincre les employés de son équipe non seulement à respecter la politique, mais aussi de la mettre en pratique. »
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.
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