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Une «fuite naturelle» de 30 000 litres de pétrole détectée dans le Saint-Laurent

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Des scientifiques ont observé pour la première fois une fuite naturelle de pétrole à partir des fonds marins du golfe du Saint-Laurent. Selon leur analyse basée sur des images satellites, 30 000 litres se sont écoulés à partir d’une zone située au nord-ouest de Old Harry, une structure géologique qui a déjà été convoitée par une entreprise du secteur des énergies fossiles.

Coauteur d’une étude sur ce cas de fuite naturelle publiée dans la revue scientifique Geology, Julien Vadnais est toutefois formel : les chercheurs n’ont pas découvert un gisement pétrolier exploitable. Rien n’indique par ailleurs que cette fuite détectée l’été dernier en eaux québécoises, et qui a duré un peu d’une cinquantaine de jours, ne représentait un risque pour l’environnement.

Étudiant au doctorat à l’Université de Bergen, en Norvège, M. Vadnais développe avec ses collègues « des algorithmes à partir de données satellites radar pour détecter les fuites naturelles d’hydrocarbures en mer », explique-t-il au Devoir.

« Au mois d’août 2025, nous avons testé nos algorithmes dans le golfe du Saint-Laurent par curiosité, pour voir quelles étaient la couverture et la qualité des données satellites. C’est à ce moment qu’une importante fuite naturelle de pétrole se produisait. On ne s’y attendait pas du tout. »

« L’hypothèse la plus probable, corroborée par les données sismiques et le contexte géologique régional, est que le pétrole s’est échappé d’une accumulation peu profonde après avoir migré depuis un gisement préexistant, possiblement sur plusieurs kilomètres », font valoir les chercheurs à partir des données récoltées sur le phénomène.

Cet écoulement de plus de 30 000 litres (un volume quantifié grâce à une bouée récoltant des données océanographiques dans le secteur) s’est produit à 35 kilomètres de la structure géologique Old Harry, située sur a frontière maritime entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador. Celle-ci a déjà été convoitée par l’entreprise du secteur des énergies fossiles Corridor Resources, désormais connue sous le nom de Headwater Exploration, qui n’a finalement jamais récolté le financement nécessaire pour l’exploration et qui a vu ses permis être révoqués.

Aucun gisement n’a été identifié dans ce secteur. Malgré plusieurs décennies au cours desquelles d’éventuels projets pétroliers ont par ailleurs été évoqués dans le golfe du Saint-Laurent, aucune ressource commerciale de pétrole ou de gaz n’a été découverte.

Première « fuite naturelle »

Selon ce qu’explique Julien Vadnais, ce type de « fuite naturelle » se produit ailleurs dans le monde, notamment dans le golfe du Mexique et en mer de Barents, au nord de la Norvège.

Dans le cas du golfe du Saint-Laurent, il s’agit toutefois de la première fuite observée avec des données probantes. Les chercheurs soulignent ainsi que « cette découverte met en évidence le peu de connaissances dont nous disposons sur la géologie et les hydrocarbures dans le golfe ».

Le sujet a déjà été évoqué dans le rapport de 800 pages intitulé Évaluation environnementale stratégique sur la mise en valeur des hydrocarbures dans les bassins d’Anticosti, de Madeleine et de la baie des Chaleurs (EES2), commandé par le gouvernement du Québec et publié en septembre 2013. « Des recherches privées suggèrent également la présence d’hydrocarbures en surface du golfe du Saint-Laurent qui proviendraient de six suintements visibles sur des images satellites », peut-on lire dans le document, sans plus de détails.

Est-ce qu’il est possible que d’autres fuites naturelles se produisent dans le Saint-Laurent ? « Cette découverte n’est probablement pas un cas unique. Mais ça restera à être démontré par des recherches futures. La tendance ailleurs dans le monde est que les fuites se produisent de manière systémique et non pas par cas isolés », explique Julien Vadnais.

Ce dernier ajoute que, selon les données disponibles, il n’y aurait pas de dommages environnementaux liés à la fuite détectée. Les 30 000 litres équivalent à moins de 200 barils de pétrole brut, une quantité nettement moins grande que dans n’importe quel accident pétrolier important.

Cette découverte scientifique à 450 mètres de profondeur soulève surtout des questions sur la recherche sur les structures géologiques du golfe, mais aussi sur les écosystèmes qui ont pu potentiellement se développer dans les zones où se produiraient des fuites naturelles d’hydrocarbures.

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