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Une arrestation violente filmée à Sheshatshiu fait l’objet d’une enquête

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La grande cheffe de la Nation innue estime que l'arrestation violente d'un homme autochtone au Labrador, qui a été filmée, met en évidence la nécessité de mettre en place une force de police dirigée par les Premières Nations dans la région.

Jodie Ashini a indiqué qu’une vidéo publiée mercredi sur les réseaux sociaux, montrant trois agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en train d’arrêter cet homme au sein de la Première Nation innue de Sheshatshiu, une communauté de 1300 habitants située à environ 30 kilomètres au nord de Happy Valley-Goose Bay, était difficile à regarder.

Attention : la vidéo ci-dessous contient des images et des propos qui pourraient troubler certains internautes.

On y voit apparemment un agent frapper à plusieurs reprises l’homme à la tête avant de déclencher à plusieurs reprises un pistolet Taser.

La grande cheffe a mentionné que la vidéo montrait des agents faisant usage d’une force excessive.

Trois personnes se sont jetées sur lui, a expliqué Mme Ashini lors d’une entrevue jeudi. Il recevait des coups de poing à répétition.

La vidéo (nouvelle fenêtre), qui a été partagée des milliers de fois en ligne, semble montrer trois agents de la GRC en train d’arrêter un homme à l’intérieur d’une maison. Lorsque l’homme semble retirer sa main pour l’éloigner des policiers, l’un des agents lui assène un coup de poing au visage.

Un policier debout remettant un pistolet Taser jaune dans l'étui à sa ceinture, pendant qu'un homme en civil est couché sur le dos, sur le plancher.

Sur une capture d'écran de la vidéo publiée par Nerissa Rich lors de l'arrestation de son compagnon, on voit un des trois gendarmes remettre son pistolet Taser dans l'étui à sa ceinture.

Photo : Facebook / Nerissa Rich

La vidéo semble également montrer l’homme projeté contre un mur, frappé à nouveau, plaqué au sol, puis frappé à plusieurs reprises avant qu’un agent ne semble lui asséner plusieurs décharges avec un pistolet paralysant.

C’était trop, a souligné Mme Ashini. Cela dépassait tout ce qu’un membre de la GRC devrait jamais faire à quelqu’un.

Un gendarme en uniforme détourne la tête et se protège le visage avec son bras. On entrevoit un homme en civil derrière lui.

Sur une capture d'écran de la vidéo filmée par Nerissa Rich, on voit un des gendarmes réagir comme si l'homme en civil lui avait craché au visage. Un de ses collègues (hors-champ) affirme quelques instants plus tard que ce serait effectivement ce qui s'est produit.

Photo : Facebook / Nerissa Rich

À un moment donné, un agent semble bousculer la femme qui filme, laquelle affirme que l’homme en train d’être arrêté est son petit ami.

L’agent explique que l’homme arrêté avait craché au visage d’un agent. On entend un chien aboyer et des cris tout au long de l’incident, et on aperçoit au moins un enfant en périphérie de la vidéo.

Mesure disciplinaire insuffisante

Un porte-parole de la GRC a refusé jeudi de donner plus d’informations sur l’incident de Sheshatshiu, indiquant que l’affaire avait été transmise à l’organisme provincial de surveillance de la police dirigé par des civils.

La GRC a indiqué avoir rencontré Mme Ashini, le chef de Sheshatshiu, Eugene Hart, et d’autres dirigeants communautaires mercredi.

Nous continuerons à dialoguer directement avec la communauté dans le cadre de ces discussions importantes, a assuré la GRC dans un communiqué publié jeudi.

Des personnes assises du même côté d'une table en train de discuter.

Lela Evans, ministre des Relations avec les Autochtones et de la Réconciliation de Terre-Neuve-et-Labrador, le député provincial Keith Russell et des représentants de la Gendarmerie royale du Canada assis à une table lors de la rencontre à huis clos, le 29 mai 2026, à Sheshatshiu.

Photo : Frederick Penashue

Mme Ashini a fait savoir que des responsables de la GRC lui avaient indiqué que le policier que l’on voit donner des coups de poing dans la vidéo avait été temporairement réaffecté à Happy Valley-Goose Bay.

Elle a estimé que cette mesure disciplinaire était insuffisante, et que le policier aurait dû être suspendu.

Il va continuer à avoir des contacts avec d’autres personnes à Goose Bay. Et l’idée qu’il puisse se retrouver face à un autre Autochtone est tout simplement effrayante, a-t-elle précisé.

Une force de police innue nécessaire

Jodie Ashini a ajouté que cet incident illustrait pourquoi le peuple innu avait besoin de sa propre force de police.

Cette question fait partie des négociations sur les revendications territoriales et l’autonomie gouvernementale de la Première Nation innue avec les gouvernements fédéral et provincial, qui durent depuis plus de 40 ans, a-t-elle souligné.

Jodie Ashini.

Jodie Ashini, la grande cheffe de la Nation innue du Labrador, en marge d'une conférence de presse à Saint-Jean de Terre-Neuve, le 17 août 2026.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Dans l’état actuel des choses, les Innus ne peuvent pas bénéficier de financements fédéraux pour créer leur propre force de police, selon Mme Ashini.

Nous avons tous grandi dans le même contexte traumatisant et nous nous comprenons mutuellement, a expliqué Mme Ashini. Il existe des moyens de communiquer avec les nôtres, de les calmer, plutôt que de recourir à la force, à l’intimidation ou à ces techniques qui font la réputation de la GRC.

En 2024, on comptait 36 services de police dirigés par les Premières Nations et les Inuits, desservant 157 communautés à travers le pays, selon Sécurité publique Canada.

La GRC a perdu la confiance de beaucoup de gens

La nation innue n’est pas le seul groupe autochtone à souhaiter disposer de son propre service de police.

En janvier, le chef de la Première Nation de Neqotkuk, au Nouveau-Brunswick, a réclamé la création d’une force de police autonome après une fusillade dans laquelle la GRC eut tué Bronson Paul, un membre de la communauté, lors d’une intervention pour violence conjugale.

Une auto de la GRC stationnée à côté d'une maison, l'hiver.

Une voiture de la GRC stationnée devant la maison où Bronson Paul a été abattu par un policier dans la communauté de Neqotkuk, au Nouveau-Brunswick. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Myfanwy Davies

Il s’agissait de la quatrième personne autochtone tuée par la police au Nouveau-Brunswick depuis 2020.

Ce même mois, un agent de la GRC a tiré sur un homme de la Première Nation de Sipekne’katik, en Nouvelle-Écosse, sur une autoroute au nord d’Halifax.

Ces deux décès ont poussé les chefs des Premières Nations de l’Atlantique canadien à demander une réunion d’urgence avec le gouvernement fédéral.

En juillet, l’Équipe d’intervention en cas d’incidents graves (SiRT) chargée de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick a intégré un enquêteur autochtone, après des années de plaidoyer de la part des Premières Nations.

Plus tôt cette année, le ministre des Affaires autochtones du Nouveau-Brunswick, Keith Chiasson, a déclaré que des discussions préliminaires étaient en cours concernant une enquête publique menée par des Autochtones sur le racisme systémique.

Mme Ashini a indiqué qu’elle était en contact avec la famille de l’homme du Labrador arrêté lors de l’incident de cette semaine. Elle a précisé qu’il avait été soigné à l’hôpital pour plusieurs blessures, et que sa famille devait également faire face à une vague de réactions négatives sur les réseaux sociaux.

Ses petits garçons, je pense, ne feront plus jamais confiance à une personne en uniforme, a-t-elle souligné. C’est une triste réalité. La GRC a perdu la confiance de beaucoup de gens. Beaucoup d’enfants ont vu cela sur les réseaux sociaux. […] Je ne pense pas que cette confiance puisse être rétablie de sitôt.

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