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Traite de personnes : des jeunes en foyer de groupe pris pour cible au N.-B.

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La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

Des individus ciblent des adolescents vulnérables vivant dans des foyers de groupe, selon des intervenants communautaires et des policiers qui tentent de prévenir la traite de personnes au Nouveau-Brunswick.

Ces individus abordent des adolescents lorsqu’ils sortent de leur foyer de groupe à Moncton durant leurs moments libres, indique Maggie.

Maggie, dont nous taisons le nom de famille pour des raisons de sécurité, est travailleuse sociale chez l’organisme Communauté de l’espoir, à Moncton, qui aide des victimes de la traite de personnes.

La traite de personnes, aussi appelée trafic de personnes, est un crime grave visant à exercer un pouvoir sur quelqu'un afin de l'exploiter. L'objectif des criminels est de s'enrichir.

Les trafiquants apprennent peu à peu ce que les jeunes souhaitent obtenir et c’est ce qu’ils leur proposent pour gagner leur confiance, selon Maggie.

Lorsque des jeunes sortent, ils disent par exemple : "Tu veux une cigarette? Allons au centre commercial pour t'acheter des vêtements", explique-t-elle.

Ils leur donnent des cadeaux et répondent à leurs besoins. C’est très facile pour ces jeunes de tomber dans le piège.

Une forme d’esclavage, selon la police

Des services policiers dans la province connaissent ces risques pour des jeunes pris en charge.

Un agent de police municipale de Saint-Jean en a témoigné devant la Cour du Banc du Roi cette année. Un résumé de son témoignage figure dans une décision du juge Danys Delaquis publiée en mars.

L'agent a expliqué que la traite de personnes est répandue et fait l'objet d'une enquête policière. L’enquête concerne des individus ayant des liens avec des foyers de groupe et/ou qui les ciblent, note le juge dans sa décision.

L’agent a décrit la traite de personnes comme de l’esclavage moderne. En général, les jeunes ne peuvent mesurer le risque ni comprendre le danger à cause de la consommation de drogue. Des jeunes n’ont aucune protection, ne rentrent pas et aboutissent dans d’autres villes, explique le juge dans sa décision.

La Gendarmerie royale du Canada a aussi enquêté sur des signalements selon lesquels des jeunes dans ce milieu ont été victimes d'exploitation sexuelle ou entraînés dans des situations de traite de personnes.

Holly Erb, en uniforme, pose pour la photo.

La sergente Holly Erb fait partie du Groupe d’enquêtes sur les violences sexuelles de la GRC au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Hadeel Ibrahim

Dans bien des cas, ces jeunes ne réalisent pas le danger, selon la sergente Holly Erb, du Groupe d’enquêtes sur les violences sexuelles, de la GRC au Nouveau-Brunswick.

Ils ne se considèrent pas comme des victimes, affirme Holly Erb. Ce n’est qu’au moment où les choses échappent à leur contrôle que les victimes reconnaissent avoir besoin d’aide.

Améliorer la sensibilisation du public et la coordination des efforts de toutes les agences qui interviennent auprès de personnes vulnérables est un moyen de lutter contre ces crimes.

Si nous pouvons mieux informer le public, nous pourrons donner plus d’aide et, espérons-le, prévenir le trafic de personnes, souligne la sergente Erb.

Des proxénètes ciblent des jeunes vulnérables

Ashley MacDonald, du programme Brave YW du YWCA à Moncton, a aussi entendu des jeunes expliquer comment leur foyer de groupe est ciblé.

Il ne faut pas conclure que tous ces établissements sont moins sécuritaires, selon elle, mais il y a certains facteurs de risque dans ce milieu.

J’imagine que de jeunes personnes ne sont pas très heureuses de vivre dans un foyer de groupe. Elles aimeraient probablement mieux vivre leur vie idéale, explique Mme MacDonald.

Ashley MacDonald dans un bureau.

Ashley MacDonald, du programme Brave du YWCA, aide fréquemment des jeunes vivant en foyer de groupe.

Photo : Radio-Canada / Michael Heenan

Il arrive qu’elles se sentent mieux au départ d’une relation avec un trafiquant.

Nous voyons neuf fois sur dix un Roméo proxénète et une personne, jeune ou non, croyant être amoureuse, souligne Mme MacDonald.

Les proxénètes sont des criminels qui tirent profit de la prostitution de leurs victimes.

Les réseaux sociaux constituent un autre moyen pour les trafiquants de communiquer avec des jeunes, selon Mel Kennah, directeur de l’organisme Youth Impact Jeunesse.

Il dit avoir aidé une adolescente prise en charge, qui recevait des messages sur Internet provenant d’hommes. Elle ne comprenait pas, selon lui, pourquoi il trouvait cela inquiétant.

Elle nageait dans des eaux très dangereuses par moments et n’avait aucune idée qu’il y avait un requin dans la piscine avec elle, affirme Mel Kennah.

Portrait de Mel Kennah.

Mel Kennah, directeur de l’organisme Youth Impact Jeunesse.

Photo : Gracieuseté/Mel Kennah

Des jeunes pris en charge sont plus vulnérables au trafic de personnes en raison de la perte ou de la fragilité de leur relation avec les adultes dont ils dépendent, ajoute-t-il.

Tu me dois maintenant quelque chose

Les victimes de la traite de personne sont âgées de 13 ans en moyenne, précise Liz Hawkes, de l’organisme Communauté de l’espoir.

Malheureusement, plus les victimes sont jeunes, plus elles rapportent d’argent. Elles sont donc ciblées.

Dans bien des cas, selon Maggie, des trafiquants se servent de l’amour pour exercer une emprise sur leur victime en lui donnant de nombreux cadeaux. Il arrive aussi que des trafiquants marquent leur victime par un tatouage.

Les victimes ne reconnaissent pas le problème parce qu'elles sont déjà émotionnellement impliquées, affirme Maggie.

Certaines parlent du trafiquant comme de leur ami à leur arrivée chez Communauté de l’espoir.

La relation tourne à l’exploitation lorsque le trafiquant exige que la victime paie les cadeaux.

Les trafiquants leur disent : "Vois tout ce que j’ai fait pour toi, tu me dois maintenant quelque chose", explique Liz Hawkes.

Liz Hawkes.

Les relations entre trafiquants et jeunes personnes finissent par devenir de l’exploitation, selon Liz Hawkes, de l'organisme Communauté de l’espoir.

Photo : Radio-Canada / Michael Heenan

Il demeure possible pour la victime de leur échapper à ce moment, selon Ashley MacDonald. J’ai entendu parler de 5 à 20 tentatives pour arriver enfin à échapper au trafic de personnes.

Après une relation de ce genre, ajoute Mme MacDonald, il arrive que ces jeunes se replient sur eux-mêmes ou aient peur de prendre toute décision. C’est pourquoi le programme Brave les encourage à reprendre leur vie en main.

Lorsque je rencontre des jeunes, je leur dis toujours : "Tu gouvernes le navire, alors où allons-nous désormais?", explique Ashley MacDonald.

Elle conseille aux membres du personnel des foyers de groupe et à d’autres fournisseurs de soins d’établir des relations solides avec les jeunes sous leur garde afin qu’ils comprennent qu’ils peuvent toujours compter sur eux quoi qu’il arrive.

D’après un reportage de Savannah Awde de CBC

Besoin d’aide?

Ligne d’urgence canadienne contre la traite des personnes : 1-833-900-1010, partout au pays, 24 heures par jour.

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