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À moins que Patrick Bruel décide de lui-même de renoncer à sa tournée « Alors Regarde 35 », il n’existe que peu d’options pour que ses concerts n’aient pas lieu.

BASTIEN OHIER / Hans Lucas via AFP
Visé par plusieurs plaintes et accusé par trente femmes de violences sexistes et sexuelles, Patrick Bruel doit quand même se produire un peu partout en France jusqu’à la fin de l’année.
EN BREF • Patrick Bruel, accusé par trente femmes de violences sexuelles, doit débuter une grande tournée mi juin.
• Seuls un retrait volontaire, une décision judiciaire ou des arrêtés préfectoraux pour risque de trouble à l’ordre public pourraient déclencher l’annulation de ses concerts.
• Le chanteur qui nie les accusation n’a pas prévu de renoncer volontairement à se produire.
Le 16 juin prochain, Patrick Bruel doit débuter une grande tournée pour fêter avec son public les 35 ans de la sortie de l’album Alors regarde. Toutefois, la tenue de ces multiples dates en France et à l’étranger est aujourd’hui remise en cause en raison des multiples plaintes pour violences sexuelles déposées contre Patrick Bruel.
Quatre enquêtes pour viols en France et une enquête judiciaire pour agression sexuelle en Belgique pèsent actuellement contre lui. Au total, trente femmes accusent le chanteur de violences sexistes et sexuelles. Lui, nie l’entièreté des faits qui lui sont reprochés.
Dans ces conditions, des militantes féministes mais aussi plusieurs maires de villes France où Patrick Bruel doit se produire ces prochains mois appellent le chanteur à renoncer à se produire. À l’instar du maire de Paris Emmanuel Grégoire, qui déclarait mercredi 20 mai sur France 2 que « pour la sérénité de sa défense, je pense qu’effectivement, il devrait se retirer, il devrait mettre entre parenthèses sa carrière », le temps que « la justice soit rendue ».
Une posture partagée par les maires de Marseille, Nancy, Lille, Montpellier ou encore Brest. La pression est donc forte sur le chanteur de 67 ans, mais jusqu’à maintenant, il refuse d’envisager cette possibilité. Il ne serait d’ailleurs pas sensible à l’argument soulevé par le maire de Paris, selon les informations de Libération. À ce jour, il reste en effet totalement innocent aux yeux de la justice, puisqu’il n’est pas mis en examen.
Droit de retrait et déprogrammation
Rien n’oblige donc légalement le chanteur à annuler sa tournée. Mais plusieurs scénarios sont plausibles. Tout d’abord, compte tenu du fait qu’il est lui-même producteur de ses spectacles, l’hypothèse la plus évidente serait que Patrick Bruel renonce de lui-même, s’il juge le contexte trop difficile ou la pression trop forte. Cela semble improbable : Patrick Bruel est encore tous les soirs sur les planches du Théâtre Édouard VII à Paris dans la pièce Deuxième Partie.
Du côté du public de Patrick Bruel qui souhaiterait faire faux bond, les éventuelles demandes de remboursement de places ne sont valables qu’en cas d’annulation. Seule solution, la revente des places, qui reste un phénomène à la marge pour l’instant. Le public a donc peu, voire aucun pouvoir pour peser sur l’annulation de ses concerts.
En revanche, dans les équipes techniques engagées par le chanteur, l’utilisation massive du droit de retrait pourrait être un levier suffisamment important pour conduire à l’annulation d’une ou plusieurs dates, si le chanteur ne parvient pas à remplacer ses salariés. Pour autant, les possibilités sont aussi nombreuses qu’imprévisibles, entre les concerts prévus cet été dans les festivals français, sa tournée des grandes salles à la rentrée et ses dates prévus en Suisse, en Belgique et au Canada. Dans ce dernier pays, trois concerts prévus en décembre ont été annulés mardi 19 mai par l’agence événementielle Gestev, en raison « du contexte actuel et de l’impossibilité d’assurer la promotion ». Un cas qui reste inédit en France.
L’annulation des concerts pourrait sinon venir des programmateurs de festivals où Patrick Bruel occupe généralement le haut de l’affiche. Auprès du HuffPost, le directeur du Son by Toulon Festival confiait début mai les risques d’une telle décision. « Il y aurait évidemment un impact financier si on décide d’annuler sa participation, d’autant que la jauge est pratiquement pleine pour cette date. Il faudrait lui rembourser son cachet d’artiste et en plus de ça, Patrick Bruel pourrait nous faire un procès. Il serait d’ailleurs dans son bon droit », reconnaissait Robert Albergucci. « S’il est mis en examen, il peut annuler. Il existe des clauses et des assurances annulation pour les artistes », partageait également le directeur.
Menace de trouble à l’ordre public et étau judiciaire
Toutefois, ces clauses n’ont que peu de chance d’englober une mise en examen, contrairement à un risque météorologique par exemple. « On peut sortir d’un contrat pour des valeurs éthiques, mais on paie. Sauf si des clauses spécifiques de conscience sont prévues dans le contrat, mais je ne pense pas que ce soit le cas ici », indique au Parisien Vanessa Fitoussi, avocate spécialiste en droit du spectacle et des artistes.
Robert Albergucci nous confiait aussi qu’il réfléchissait « à renforcer la sécurité en cas de manifestations durant sa prestation », en référence aux actions militantes déjà constatées en marge de spectacles de Gérard Depardieu ou Ary Abittan, lorsqu’ils avaient été visés par des accusations similaires à celles visant Patrick Bruel. Sur ce point, la présence de manifestations aux abords ou au sein même des concerts pourrait permettre aux préfectures concernées d’intervenir par arrêté, pour des questions de risque de trouble à l’ordre public. À condition que le risque soit substantiel. À ce stade, il est toutefois difficile d’anticiper les actions qui pourraient avoir lieu.
En première ligne ces derniers jours, certains maires peuvent aussi avoir leur mot à dire, mais pas tous. Si le concert a lieu dans une salle privée, l’édile concerné ne peut rien faire. En revanche, Patrick Bruel se produira dans plusieurs festivals de petite ou moyenne taille cet été. Comme le souligne l’avocate Vanessa Fitoussi auprès du Parisien, ces événements « bénéficient de subventions des collectivités locales », ce qui implique que le maire, sans pouvoir interdire un concert, peut légitimement « faire pression sur le programmateur » pour empêcher sa venue. En cas d’annulation, des frais d’indemnités devront quand même être versés à l’artiste et le public devra être remboursé.
Dernière option et non des moindres : une intervention de la justice. Un juge serait d’ailleurs le seul en mesure de lui interdire de monter sur scène, mais les délais semblent un peu courts avant le début de la tournée. Il faudrait que Patrick Bruel soit entendu, qu’une instruction soit ouverte et qu’une mise en examen ait lieu. Et même avec cette hypothèse, rien ne permet d’assurer qu’un juge l’empêcherait d’exercer son métier. Pour rappel Gérard Depardieu avait eu le droit de continuer à se produire sur scène après sa mise en examen pour viol en 2023. Il avait même été soutenu par le président de la République.


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