Un seul aller-retour sur trois cents mètres de rails, puis plus rien. Voilà le bilan opérationnel du TEB-1, ce bus enjambeur chinois censé révolutionner les transports urbains et qui n’aura finalement jamais quitté sa piste d’essai de Qinhuangdao, dans la province du Hebei.
Le 2 août 2016, des dizaines de badauds et de journalistes se pressent le long d’une route sans issue, près du village de Beidaihe, pour voir rouler ce qui ressemble à un tramway monté sur échasses. Zhai Wen, chef de la division des transports de la Commission municipale du développement et de la réforme de Qinhuangdao, a précisé que l’essai routier n’avait qu’un but touristique et que le test avait reçu l’autorisation pour se dérouler sur une partie de 300 mètres d’une route sans issue. L’engin file au-dessus de deux voies de circulation, les voitures roulant tranquillement dessous, entre ses roues immenses. La scène, filmée et diffusée en boucle sur les réseaux chinois, fait le tour du monde en quelques heures.
Mais derrière l’effet visuel, la réalité du test est plus modeste qu’annoncé. Dong Xin, une des personnes qui ont participé au test, a exprimé sa déception, disant que le TEB-1 a seulement parcouru environ 50 mètres à basse vitesse et que les passagers ont eu trop chaud dans sa cabine, le système de climatisation n’ayant pas été activé. Ces remarques ont renforcé les doutes quant à la faisabilité réelle du TEB. Cinquante mètres parcourus sur les trois cents autorisés. Pour un projet vendu comme la solution anti-bouchons du futur, l’écart entre la démonstration et la promesse commence déjà à interroger les observateurs les plus attentifs.
À retenir
- Un prototype futuriste filmé et diffusé mondialement, mais que personne ne reverra rouler
- Des problèmes techniques criants révélés par des experts indépendants dès le visionnage de la vidéo
- Derrière le projet : une arnaque géante et 32 arrestations, dont le directeur général
Sommaire
- Un monstre de 22 mètres pensé pour avaler les embouteillages
- Le site abandonné, puis démonté un an plus tard
- Une arnaque à plus d’un milliard de dollars
Un monstre de 22 mètres pensé pour avaler les embouteillages
Sur le papier, le concept séduit. Le Transit Elevated Bus straddle les voitures en dessous, leur permettant de passer à travers, et il est propulsé par l’électricité, capable de transporter jusqu’à 300 passagers dans une carrosserie longue de 21 mètres et large de 25 pieds. De quoi remplacer, sur le papier, une quarantaine de bus classiques : une seule unité TEB pouvait remplacer 40 bus conventionnels, selon l’entreprise à l’origine du projet. Et pour les grandes affluences, l’astuce était d’atteler plusieurs modules : le véhicule était censé atteindre des vitesses allant jusqu’à 60 km par heure, roulant sur des rails posés le long des routes ordinaires, et jusqu’à quatre TEB pouvaient être reliés ensemble.
L’idée n’est pas neuve. Elle circulait depuis 2010, portée par l’ingénieur Song Youzhou, avant de ressurgir six ans plus tard sous la forme d’un prototype grandeur nature. Le principal argument commercial ? Le coût. « Le TEB a les mêmes fonctions que le métro, tandis que son coût de construction représente moins d’un cinquième de celui du métro », expliquait alors l’un des ingénieurs du projet, Bai Zhiming, à la télévision d’État chinoise. Un argument séduisant pour des municipalités chinoises confrontées à une explosion du parc automobile et à des budgets d’infrastructures sous tension.
Mais les ingénieurs indépendants qui examinent la vidéo pointent très vite les mêmes failles techniques : un centre de gravité perché à plus de cinq mètres de haut, une incompatibilité avec les camions et bus classiques trop hauts pour passer dessous, et l’absence de solution crédible pour gérer les intersections ou les changements de voie. Autant de détails qui, sur une piste rectiligne de trois cents mètres, n’avaient jamais été mis à l’épreuve.
Le site abandonné, puis démonté un an plus tard
Après ce test unique du 2 août 2016, le TEB-1 ne roulera plus jamais. L’engin reste immobilisé sur place, rouillant à ciel ouvert, tandis que sa structure et ses rails commencent eux-mêmes à gêner la circulation locale qu’ils étaient censés fluidifier. Ironie du sort pour un projet vendu comme la solution aux embouteillages.
Onze mois plus tard, la situation bascule. Des informations sur les arrestations et l’enquête arrivent quelques semaines après que les autorités locales de la ville de Qinhuangdao ont commencé à retirer les voies d’essai du bus surélevé. Le site de test, laissé à l’abandon depuis près d’un an, est finalement rasé début juillet 2017. En juillet 2017, le site de test à Qinhuangdao a finalement été démantelé, et toute trace du TEB a été effacée des médias chinois.
Une arnaque à plus d’un milliard de dollars
Le démontage du site n’est que le prélude d’une affaire bien plus vaste. La police de Pékin a annoncé avoir détenu 32 personnes, dont le directeur général de l’entreprise derrière le projet, suite à des signalements d’investisseurs concernant une levée de fonds illégale. Parmi les personnes arrêtées figure Bai Zhiming, l’homme qui avait racheté les brevets du TEB et dirigeait Huaying Kailai, une plateforme de financement participatif qui promettait des rendements alléchants aux petits épargnants chinois.
Le montage financier repose sur un mécanisme classique de cavalerie. Les investisseurs avaient reportedly été offerts des rendements de 12 % s’ils mettaient de l’argent dans le projet, mais des allégations dans les médias chinois avaient suggéré qu’il s’agissait d’un moyen de les attirer vers l’achat de produits financiers. Au total, la structure aurait levé illégalement 1,3 milliard de dollars autour du projet de bus enjambeur, avec pour principal bailleur de fonds le gouvernement provincial du Hebei lui-même. Une enquête du New York Times, citée par plusieurs médias nord-américains, décrivait des bureaux de l’entreprise tapissés de photos du patron posant avec des célébrités et des officiels locaux, une mise en scène destinée à rassurer des investisseurs venus déposer, parfois en liquide, leurs économies.
Le TEB-1 aura donc connu une existence médiatique bien plus longue que sa carrière ferroviaire réelle : trois mois de fabrication, un jour d’essai public, cinquante mètres réellement parcourus à faible vitesse, puis un an d’abandon avant la démolition et les arrestations. Le concept, lui, n’a pas totalement disparu des radars : des variantes de bus enjambeurs, technologiquement plus modestes, ont refait surface ailleurs en Asie ces dernières années, sans jamais retrouver l’écho planétaire de ce prototype chinois de 2016.
Sources : demotivateur.fr | rse-magazine.com


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