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Sous une colline de Moselle dorment depuis 1935 des galeries si longues qu’on ne les traverse pas à pied

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Il existe en France des lieux qui défient l’imagination par leurs proportions cachées. Sous une colline paisible de Moselle, à quelques encablures de Thionville, se cache un labyrinthe si vaste que ceux qui l’explorent aujourd’hui montent à bord d’un petit train pour en faire le tour. Difficile d’imaginer, en observant cette butte boisée culminant à 343 mètres, qu’elle dissimule depuis des décennies l’un des ouvrages militaires souterrains les plus impressionnants d’Europe. Un secret de béton et d’acier qui continue de fasciner curieux, passionnés d’histoire et amateurs de sensations souterraines.

À retenir

  • Le fort du Hackenberg, à Veckring en Moselle, compte dix kilomètres de galeries sur 160 hectares reliant dix-neuf blocs de combat.
  • Construit entre 1929 et 1936 par environ 1 800 ouvriers, l'ouvrage disposait d'une caserne, d'une cuisine, d'un central téléphonique et d'une usine électrique autonome.
  • Un train électrique des années 1930, restauré, permet toujours de parcourir les galeries, désormais transformées en musée ouvert au public.

Dix kilomètres sous terre : le géant oublié du Hackenberg

Sur la commune de Veckring, à environ vingt kilomètres à l’est de Thionville, se dresse ce que les spécialistes considèrent comme l’un des plus grands ouvrages de la ligne Maginot : le fort du Hackenberg. Sous cette colline mosellane se déploient pas moins de dix kilomètres de galeries souterraines, réparties sur une surface impressionnante de 160 hectares. De quoi donner le vertige à quiconque tente de se figurer l’ampleur du chantier.

Ces galeries ne sont pas de simples couloirs creusés à la va-vite. Elles descendent à trente mètres de profondeur au minimum, une épaisseur de roche calculée pour encaisser les pires bombardements de l’époque. Dix-neuf blocs de combat émergent en surface, disséminés sur la colline, tous reliés entre eux par ce réseau souterrain digne d’une ville fantôme. On comprend mieux pourquoi, aujourd’hui encore, il est tout simplement impensable de parcourir l’intégralité du site à pied lors d’une simple visite.

Un chantier titanesque né de la peur de 1935

Pour comprendre pourquoi la France a enterré un tel monstre d’ingénierie sous une colline mosellane, il faut se replacer dans le contexte de l’entre-deux-guerres. Traumatisée par les pertes humaines de la Première Guerre mondiale, la France cherche alors à se doter d’une ligne de défense capable de repousser toute nouvelle invasion venue de l’est. Les travaux du Hackenberg débutent en 1929 et s’étirent sur plusieurs années, jusqu’à leur achèvement entre 1935 et 1936, l’armée française prenant officiellement livraison de l’ouvrage en 1936.

Ce chantier pharaonique a mobilisé environ 1 800 ouvriers pendant six longues années. Avec des moyens que l’on qualifierait aujourd’hui de rudimentaires, sans les engins de terrassement modernes, ces hommes ont creusé la roche mosellane à la force des bras et de quelques machines encore balbutiantes. Un travail titanesque, mené dans des conditions difficiles, pour ériger non seulement les galeries, mais aussi les dix-neuf blocs de combat qui hérissent encore la colline de leurs silhouettes de béton.

Un métro militaire pour déplacer hommes et munitions

Ce qui frappe le plus lorsqu’on pénètre dans les entrailles du Hackenberg, c’est l’autonomie quasi totale de cette véritable ville souterraine. On y trouvait un magasin à munitions M1 capable de stocker 34 000 obus, une caserne entière, une cuisine, un poste de secours, un central téléphonique et même une usine électrique produisant sa propre énergie. De quoi tenir un siège prolongé sans jamais remonter à la surface.

Mais comment acheminer hommes, obus et matériel sur des kilomètres de galeries sans s’épuiser ? La réponse tient en un mot : le train. Un authentique train électrique datant des années 1930 sillonnait alors les tunnels pour transporter les munitions jusqu’aux blocs de combat. Ce même convoi, restauré et toujours en état de marche, continue aujourd’hui de rouler dans les galeries, transportant cette fois les visiteurs curieux de découvrir ce patrimoine hors norme. Un clin d’œil savoureux à l’histoire, qui permet de comprendre concrètement pourquoi personne ne traverse ce site à pied.

Ce que le Hackenberg raconte encore aujourd’hui

L’histoire du fort ne s’arrête pas à sa construction. Épargné par les combats de juin 1940, l’ouvrage est ensuite récupéré par les troupes allemandes, qui l’occupent durant une bonne partie de la guerre. En 1943, elles y installent même une usine, employant des déportés et des prisonniers soviétiques dans des conditions terribles, avant de provoquer deux explosions dans les galeries. Le site retrouve un rôle stratégique en novembre 1944, lors des combats opposant les troupes allemandes à la 3e armée américaine du général Patton.

Après la guerre, alors que la guerre froide s’installe et que la crainte d’une avancée soviétique refait surface, le Hackenberg est réparé et remis en état. Il finira par perdre progressivement sa vocation militaire pour se transformer en un musée préservé, ouvert au public. Aujourd’hui, tandis que l’automne s’installe doucement sur la Moselle, le site continue d’attirer les amateurs d’histoire et les familles en quête d’une sortie hors du commun, loin des sentiers battus.

Ce géant enfoui sous une colline mosellane résume à lui seul une époque entière, celle d’une France qui pariait sur le béton pour se prémunir d’un conflit qu’elle redoutait par-dessus tout. Entre prouesse d’ingénierie, drame humain et reconversion patrimoniale, le Hackenberg n’a rien perdu de sa capacité à impressionner près d’un siècle après sa livraison. Reste une question qui vaut le détour : combien d’autres géants de béton dorment encore, oubliés, sous les collines de nos régions frontalières ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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