La Promenade des Anglais n’a pas été dessinée pour offrir un défilé aux riches hivernants. Elle est née d’un chantier de secours, ouvert pour donner du travail à des Niçois frappés par de mauvaises récoltes. L’initiative revient à un pasteur anglican, Lewis Way, qui lance en 1822 une souscription auprès des résidents britanniques de la ville. Les hommes embauchés devaient niveler un chemin, pas dessiner un jardin.
Les grands hôtels sont venus après.
À retenir
- Un pasteur anglican lance une souscription en 1822 pour aider les Niçois sans emploi.
- Le premier chantier élargit un chemin de 2 mètres de large le long du littoral.
- La voie est inaugurée en 1824 sous le nom italien de « Strada del littorale ».
Sommaire
Un nom qui raconte la mauvaise histoire
Deux mots suffisent à fabriquer un malentendu. « Promenade » évoque l’oisiveté, « des Anglais » évoque l’aristocratie en villégiature, et le cerveau assemble le tout : une avenue bâtie pour ceux qui avaient le loisir de s’y montrer. Le raccourci n’a rien d’absurde, puisque la richesse architecturale du front de mer témoigne d’une ville consacrée à la villégiature climatique d’hiver, ce qui lui a valu un classement au patrimoine de l’Unesco en 2021. Mais il oublie le déclencheur du chantier, et celui-ci n’a rien de mondain.
Le désir de promenade existait pourtant. Les Archives Nice Côte d’Azur notent que, dans le faubourg de la Croix-de-Marbre où logeaient les Anglais, les voies de balade étaient rares et incommodes. Ce qui a mis des hommes au travail, en revanche, tient en deux mots : mauvaises récoltes.
1822 : une quête de pasteur pour des chômeurs
Lewis Way, pasteur anglican, ouvre une souscription auprès de ses compatriotes liés à la ville, ce que l’on appellerait aujourd’hui une collecte de fonds. Son but : aider les Niçois sans emploi, privés de ressources par les mauvaises récoltes.
Cityxee évoque deux années de mauvaises récoltes avant le chantier, ce qui donne à l’affaire l’allure d’une crise installée plutôt que d’un accident de saison. Une publication consacrée au patrimoine touristique parle, de son côté, d’un gel qui aurait dévasté les orangers en 1822 et laissé des ouvriers sans travail. Les deux versions ne s’accordent pas sur la cause exacte, mais elles pointent vers la même réalité : des habitants sans revenus. Selon Riviera Radio, une riche veuve, Lady Olivia Barnard Sparrow, aurait aussi prêté main-forte à la quête du pasteur.
Les habitants dans la misère sont employés à niveler une première chaussée de 2 mètres de large le long du littoral. À peine plus large qu’une voiture de ville, elle n’a rien d’un boulevard. D’après les Archives Nice Côte d’Azur, elle part du Paillon et s’arrête à l’actuelle rue Meyerbeer, et ce sont des chômeurs niçois qui y travaillent comme manœuvres.
Le chantier s’achève en 1824, deux ans après la quête.
Le principe paraît très moderne : plutôt que de distribuer l’aumône, on paie des bras pour bâtir un équipement qui restera. L’Info durable et Cityxee décrivent l’opération dans les mêmes termes, faire travailler les Niçois, deux sources secondaires qui se recoupent.
1824 : un nom administratif, un surnom populaire
À l’inauguration, en 1824, la voie est baptisée « Strada del littorale ». Le nom est italien parce que le comté de Nice appartient alors au royaume de Sardaigne, la ville ne devenant française qu’en 1860, 36 ans plus tard. Les Niçois ne s’en tiennent pas à l’intitulé administratif : dans leur dialecte nissart, ils parlent très vite du « camin dei Inglés », le chemin des Anglais.
Ce surnom raconte à sa manière qui a pris l’initiative. Il vient de la rue plutôt que des bureaux. Les Archives Nice Côte d’Azur précisent que les actes publics employaient la dénomination officielle, tandis que la population disait « camin dei Inglés » ou « passeggiata degli Inglesi ». Quant à la date à laquelle l’appellation « promenade des Anglais » devient officielle, les sources divergent.
Ce que les sources établissent, et ce qu’elles taisent
Les récits cités ici viennent de la presse et d’organismes de tourisme, comme le parcours consacré à la promenade sur le site de Nice Côte d’Azur, qui mentionne lui aussi une route de 2 mètres de large. La souscription de 1822, le chemin étroit et l’inauguration de 1824 sont recoupés par plusieurs d’entre eux. Pour le reste, la prudence s’impose.
Quant au montant de la souscription, aucun texte consulté ne le donne.
Charité et intérêt ne s’excluent pas. Une publication sur le patrimoine touristique suggère que la communauté anglaise voisine pouvait elle aussi profiter d’un chemin le long de la plage, et il n’est pas interdit de penser que les donateurs y trouvaient leur compte tout en soulageant des familles sans ressources.
En 2024, Nice a consacré tout un week-end au bicentenaire de l’avenue, en rappelant que des résidents britanniques avaient été à l’initiative de sa construction. La vocation de la promenade n’était alors pas tant de relier deux points que de permettre de déambuler le long de la baie des Anges, face à la Méditerranée, avec l’espoir de bienfaits thérapeutiques. La première tranche, elle, ne mesurait que 2 mètres de large.
Sources : nicepresse.com | archives.nicecotedazur.org


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