Deux tiers des jardins de devant londoniens étaient pavés, en partie ou en totalité, d’après le comité Environnement de l’Assemblée de Londres. Son rapport « Crazy Paving », publié en septembre 2005, chiffre à 32 km² la surface des places de stationnement taillées dans ces jardins. Cela fait 22 fois Hyde Park, ou encore les deux boroughs d’Islington et de Hammersmith et Fulham additionnés.
Le même rapport compare cette surface à 16 fois le nouveau parc olympique.
Le sujet dépasse la querelle de voisinage sur l’esthétique d’une façade. Chaque dalle posée à la place d’une pelouse retire une éponge au sol de la ville, et c’est la pluie qui en paie le prix. Or les jardins de devant ne représentent que 3 à 5 % de la surface de Londres.
À retenir
- Les jardins de devant pavés à Londres couvrent 32 km², soit 22 fois Hyde Park.
- Un jardin de banlieue moyen absorbe environ 10 litres d’eau de pluie par minute.
- Un revêtement imperméable peut tripler le ruissellement par rapport à une surface poreuse.
- Depuis 2008, tout pavage imperméable de plus de 5 m² exige une autorisation d’urbanisme.
Sommaire
Un parking plus vaste que deux boroughs
Dans l’avant-propos, le président du comité pose l’équation. Si 22 Hyde Parks de verdure étaient bétonnés d’un coup, la protestation serait vive. Quand la même surface disparaît jardin après jardin, la société a laissé faire presque sans réaction.
Les moteurs de ce mouvement sont connus. Le stationnement hors voirie arrive en tête. Viennent ensuite la commodité et l’envie de jardins minimalistes, que les émissions télé de relooking ont contribué à alimenter, d’après le rapport.
Le chiffre de 32 km² repose sur un échantillon. Les auteurs ont étudié 14 zones, qu’ils ont comparées à des photographies aériennes de 2003. Les jardins de devant occupent entre 3 et 5 % de Londres, et c’est la fourchette basse, 3 %, qui a été retenue. Cela représente 47,8 km² de jardins de devant, dont les places de parking couvrent 32 km².
Pour mesurer 32 km², il faut penser en boroughs plutôt qu’en pelouses. Islington et Hammersmith et Fulham figurent parmi les arrondissements de la capitale, et leur surface cumulée correspond à celle de ces places de parking. Aucun des deux n’a pourtant été rasé : la perte s’est faite par grignotage, une allée après l’autre, jusqu’à un total que le rapport présente comme la première analyse menée à l’échelle de Londres entière.
Ce que la pelouse absorbait, le béton le renvoie
Un jardin de banlieue moyen absorbe environ 10 litres d’eau de pluie par minute un jour de pluie, selon la Royal Horticultural Society (RHS) en février 2005. À ce rythme, une heure d’averse représenterait 600 litres, de quoi remplir 3 ou 4 baignoires.
Remplacez la pelouse par du béton et le ruissellement grimpe : jusqu’à 3 fois celui d’une surface poreuse, d’après le London Wildlife Trust. L’eau qui ne s’infiltre plus file vers les caniveaux, puis vers un réseau d’égouts que le rapport décrit comme vétuste. Plus il y a de surfaces pavées, moins la pluie pénètre dans le sol, et plus ce réseau peine à suivre.
Août 2004 : des crues soudaines frappent l’ouest de Londres.
Le rapport mentionne aussi un million de tonnes d’eaux usées brutes rejetées dans la Tamise après de fortes pluies. Il qualifie le risque d’inondation de conséquence peut-être la plus préoccupante, à côté de la perte d’habitats pour la faune et de la dégradation de l’aspect des rues. Un jardin pavé isolé change peu de chose, c’est l’addition qui compte. Selon la RHS, paver tous les jardins des deux côtés d’une rue revient à rendre la route trois fois plus large.
Le seuil de 5 m², règle en vigueur depuis 2008
Depuis 2008, un seuil de 5 m² encadre le pavage des jardins de devant. D’après le Planning Portal, au-delà de cette surface, un revêtement imperméable exige une autorisation d’urbanisme. La règle vise la bande de terrain située entre la façade de la maison et la voie publique.
Une allée perméable, elle, ne demande aucune autorisation, quelle que soit sa taille.
Le gravier, les pavés drainants en béton et l’enrobé poreux entrent dans cette catégorie. Une surface imperméable passe aussi sans autorisation si l’eau de pluie est dirigée vers une pelouse ou un massif, où elle s’écoule naturellement. Le Planning Portal recommande ces matériaux qui laissent l’eau s’évacuer lentement dans le sol, plutôt que de la voir filer vers les égouts et accroître le risque d’inondation.
Ces règles concernent les maisons individuelles. Les appartements, les logements issus de divisions et les maisons neuves relèvent d’autres dispositions, tout comme les secteurs où les droits de construire sans permis sont restreints.
Des chiffres de 2005 à ne pas mélanger avec les suivants
Les données du comité datent de 2005, et les photographies aériennes de son échantillon de 2003. La RHS a publié depuis d’autres mesures, avec d’autres méthodes : en 2015, elle chiffrait par exemple à la moitié la part des jardins de devant pavés à Londres. Ces résultats ne s’additionnent pas à ceux du comité et ne les contredisent pas non plus, puisque les méthodes diffèrent.
Le rapport de 2005 adressait ses recommandations au maire, aux boroughs et au gouvernement. Pour tester ces ordres de grandeur chez soi, il suffit de compter, dans sa propre rue, les façades où une dalle a pris la place de la pelouse.
Sources : london.gov.uk | frontgardens.nationalparkcity.org


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