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Notre série se poursuit avec le Grieme, le Groupe de recherche et d’identification d’épaves de Manche-Est. Quatrième épisode : le HMS Daffodil coulé le 17 mars 1945 près de Dieppe.
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Par Marie LEMAISTRE Publié le 11 août 2026 à 18h02
Reposant par vingt mètres de fond, à une dizaine de kilomètres au large de Dieppe (Seine-Maritime), l’épave du HMS Daffodil compte parmi les plus remarquables de nos côtes. Par sa taille, son état de conservation, et surtout son histoire : ce train-ferry a traversé les deux guerres mondiales avant de sombrer, en 1945, à quelques encablures du port où il avait commencé sa carrière en 1917.
L’histoire du Daffodil commence pendant la Première Guerre mondiale. Sur le front de la Somme, chaque offensive alliée exige un ravitaillement massif en matériel, munitions et vivres depuis les usines britanniques. Les infrastructures portuaires classiques, souvent saturées, ralentissent l’acheminement. Les Anglais reprennent alors une idée déjà expérimentée au milieu du 19e siècle pour franchir de grands cours d’eau : le train-ferry, qui évite de décharger le fret du train au bateau puis du bateau au train.
Une invention pour ravitailler le front
En 1916, le War Office britannique décide de relier par ferry les réseaux ferroviaires de Dieppe et de Southampton. Des installations portuaires sont construites en un temps record, avec un grand portique et une passerelle mobile permettant d’embarquer et de débarquer les trains indépendamment des marées.

En 1917 sortent des chantiers britanniques trois navires jumeaux : les TF1, TF2 et TF3. Longs de 107 mètres, équipés de plus de 300 mètres de voies ferrées sur leur pont, ils peuvent transporter 54 wagons à la fois.
Du train-ferry au débarquement
Le 22 février 1918, le TF2 inaugure l’appontement dieppois en déchargeant 44 wagons en 17 minutes, un tonnage qui aurait nécessité toute une journée de travail par des méthodes classiques.
Ainsi, un obus fabriqué au petit matin dans une usine britannique était susceptible de partir sur les tranchées de la Somme avant la tombée de la nuit. Les liaisons militaires se poursuivent après l’armistice, jusqu’à la dernière traversée du TF3, le 26 novembre 1920.

Dans l’entre-deux-guerres, les trois navires sont affectés à des lignes commerciales, Harwich-Zeebrugge pour le TF1 et TF2, Calais-Harwich pour le TF3 (futur Daffodil), tandis que les installations dieppoises sont démantelées en 1929.
Des navires transformés
La Seconde Guerre mondiale interrompt ces liaisons : les trois train-ferries sont réquisitionnés en 1939. Le TF2 est perdu dès juin 1940, envoyé devant Saint-Valery-en-Caux pour évacuer des troupes alliées encerclées ; arrivé trop tard, pris sous le feu allemand, il finit par sombrer à la pointe d’Ailly.
Le TF1 rebaptisé HMS Princess Iris, et le TF3, rebaptisé HMS Daffodil poursuivent leurs missions militaires jusqu’en 1941. Ils participent notamment à l’évacuation des îles Anglo-Normandes, avant d’être profondément transformés : chaudières passées au fuel, canons antiaériens, et surtout une rampe arrière suspendue à un portique permettant de débarquer du matériel ferroviaire quel que soit le niveau du quai.

À partir de la reconquête de ports, l’Iris et le Daffodil vont devenir des atouts décisifs dans les mois qui suivent le 6 juin 1944, quand la France, privée de locomotives, a un besoin urgent de réapprovisionnement en matériel ferroviaire.
Le naufrage du 17 mars 1945
Le 17 mars 1945, à 23 heures, alors qu’il entame une nouvelle rotation vers l’Angleterre à une dizaine de milles de Dieppe, le Daffodil est secoué par une forte déflagration, probablement une mine magnétique. Touché devant les chaudières, le navire blessé se maintient à flot.
Un remorqueur est dépêché depuis Dieppe pour le ramener au port. Mais l’ampleur des dégâts est sous-estimée, l’équipage et quelques dizaines de soldats en permission, soit au total 120 personnes n’ont pas été évacués.
À l’aube, à un peu plus de six milles de Dieppe, le navire se brise brutalement en deux et sombre en quelques minutes. Quarante-sept hommes disparaissent avec l’épave. L’Amirauté n’en reconnaîtra officiellement que neuf, une manière de masquer l’erreur d’appréciation qui a coûté ces vies.
Le Grieme, le Groupe de recherche et d’identification d’épaves de Manche-Est, a pu retracer les circonstances du naufrage grâce au rapport d’un officier français alors en poste à Dieppe.
Une plongée dans l’histoire
Aujourd’hui, l’épave repose scindée en deux parties, distantes d’une dizaine de mètres, la partie arrière légèrement inclinée sur tribord. Les plongeurs peuvent encore suivre les rails sur le pont avant, observer le chariot translateur qui permettait de changer un wagon de voie, ou identifier les vestiges des canons antiaériens.
La corrosion continue son œuvre : plusieurs coursives se sont effondrées ces dernières années. Le site reste une plongée prisée des amateurs de la région, autant pour son intérêt historique que pour sa richesse en poissons.
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