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Le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodriguez, a fait état, dans un nouveau bilan, de 10 500 blessés et plus de 15 000 sinistrés. Le Programme alimentaire mondial a lancé mardi un appel initial de 50 millions de dollars pour nourrir quelque 500 000 personnes pendant trois mois.

Des soignants devant un hôpital effondré de Catia La Mar (Venezuela), le 28 juin 2026. Des soignants devant un hôpital effondré de Catia La Mar (Venezuela), le 28 juin 2026.

Le bilan du double séisme du 24 juin au Venezuela a été relevé de 1 719 à 1 943 morts, a annoncé, mardi 30 juin, le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodriguez. « A ce jour, on dénombre 1 943 personnes mortes », a-t-il indiqué, faisant état de plus 10 500 blessés et plus de 15 000 sinistrés.

Les deux séismes, de magnitude 7,2 et 7,5, les plus violents ayant touché le pays sud-américain depuis plus d’un siècle, ont aussi fait des dizaines de milliers de disparus, lançant une course effrénée contre la montre des secours pour tenter de retrouver des survivants sous les décombres. Sur la base d’images satellitaires, la NASA estime qu’environ 58 870 bâtiments ont été endommagés ou détruits dans l’ensemble de la zone affectée.

Dans l’Etat de La Guaira, le plus durement touché, « les pénuries alimentaires sont généralisées, les services de base se sont effondrés et les communications sont en grande partie coupées. Les tensions au sein de la population s’accroissent, alors que l’accès à l’aide demeure limité », s’est alarmé mardi le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR).

A La Guaira, Daniela Armas, une vendeuse de 18 ans blessée lors des séismes, a décrit à l’Agence France-Presse (AFP) une situation apocalyptique : « De l’aide est distribuée ici, mais parfois les gens s’entretuent pour de la nourriture. (…) Tout le monde se bat, comme dans un combat de coqs. »

Le Programme alimentaire mondial a lancé mardi un appel initial de 50 millions de dollars pour nourrir quelque 500 000 personnes pendant trois mois. Cet appel pourra être révisé en fonction de la poursuite de l’évaluation des besoins, a prévenu l’organisation.

Le HCR a lancé une campagne pour rattacher les enfants séparés de leurs parents, et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) s’inquiète de systèmes « inadéquats » de suivi des disparus et d’enregistrement des victimes. Le HCR chiffre ses seuls besoins à environ 15 millions de dollars, en particulier pour abriter temporairement 30 000 personnes pendant six mois.

« Plus de 80 % de l’Etat de La Guaira est en état de crise, il faut que les autorités agissent. Elles devraient au moins se concentrer sur les services de base comme l’électricité, l’eau potable et le nettoyage », s’est indigné Pablo Alfonzo, un homme de 64 ans réfugié sous une tente de fortune.

Infrastructures saturées

En attendant, les survivants se débrouillent comme ils peuvent, à l’image de Celix Ruiz, à Ciudad Piar, qui dort sur le parking d’une pharmacie. « Ici, personne ne veut aller dans un refuge, être dans un refuge c’est comme être dans la rue ». « Il semble que j’aie une côte fracturée », mais « tous les hôpitaux sont saturés », a-t-elle déploré.

D’autres se retroussent les manches, comme Diorjailis Escalona, une médecin de 23 ans : « Au bout de deux jours, j’ai commencé à travailler comme volontaire », a-t-elle raconté à l’AFP. « Sur le plan émotionnel, je suis démolie de voir tant de vies perdues à cause du tremblement de terre, mais on essaie d’aider. »

Mardi, le président de l’Assemblée a estimé à 6 461 le nombre de personnes secourues, soulignant qu’un enfant de 2 ans avait été sauvé mardi. « Si nous y ajoutons les 13 400 à 13 500 personnes qui ont pu se sauver par leurs propres moyens ou qui ont été aidées, on peut estimer à 19 861 le nombre de personnes qui ont sauvé leur vie à La Guaira », a-t-il souligné.

Environ 50 000 personnes restent toutefois portées disparues selon les Nations unies, lançant leurs proches dans une quête désespérée pour tenter de les retrouver. Et ce alors que la fenêtre fatidique des soixante-douze heures où des survivants sont susceptibles d’être retrouvés après un séisme s’est refermée samedi.

Sur les quais du port de La Guaira, une morgue a été improvisée. Dès les premiers jours, blessés et cadavres ont été envoyés vers les hôpitaux de la région, mais les infrastructures sont saturées. « Ma famille est ici. On me dit que sa sœur et ses enfants sont là, ainsi que les enfants de mon frère », a expliqué à l’AFP Wilker Molalla, dans la file d’attente pour identifier leurs corps. « Il y avait onze personnes chez moi, seuls deux d’entre nous ont survécu parce que nous étions au travail. »

Dans les funérariums, les crémations s’enchaînent. Une employée a dit avoir travaillé jusqu’à minuit au cours du week-end. « Et ce n’est que le début », a prédit Freddy Rey, fonctionnaire d’un cimetière.

Selon l’OMS, citant la présidente par intérim, 38 hôpitaux du pays ont été endommagés, dont trois sont dans un état critique. Les perturbations des services de santé, des réseaux d’eau et d’assainissement, combinées aux déplacements de population, pourraient favoriser des flambées « de maladies évitables par la vaccination comme la rougeole, la diphtérie et la coqueluche », a averti mardi un porte-parole de l’OMS, Christian Lindmeier, lors d’un point presse à Genève.

La communauté internationale s’est mobilisée : selon le coordinateur de l’ONU au Venezuela, Gianluca Rampolla del Tindaro, 27 pays ont envoyé une quarantaine d’équipes de secours, soit « plus de 2 000 secouristes et autres personnes sur le terrain, avec plus de 160 chiens ». L’ONU a fourni 10 000 sacs mortuaires, bien qu’elle espère un bilan final moins lourd.

Les Etats-Unis ont doublé le montant de leur aide bilatérale après la tragédie, pour un total de 300 millions de dollars dirigés vers les ONG et agences onusiennes. Au début de leur sommet mardi au Paraguay, les présidents des pays membres du Mercosur – Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay – ont observé une minute de silence en hommage aux victimes de la catastrophe.

Le Monde avec AFP