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Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, a présenté ce vendredi matin les mesures destinées à venir en aide aux producteurs, lourdement éprouvés par la canicule, la sécheresse et les incendies. Ces derniers réclament davantage.
Charlotte Murat - Aujourd'hui à 17:54 | mis à jour aujourd'hui à 17:55 - Temps de lecture :
Un plan « massif et inédit ». Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, a annoncé ce vendredi que l’État allait débloquer plus d’un milliard d’euros pour venir en aide aux agriculteurs, durement touchés cet été par la sécheresse, la canicule et les incendies. Les productions végétales enregistrent des pertes de rendement pouvant atteindre 50 %, et même jusqu’à 80 % localement. L’élevage est également fragilisé par la dégradation des prairies et le manque de fourrage, ainsi que par la surmortalité animale, en particulier dans les élevages avicoles.
Le gouvernement estime ainsi que 30 000 à 35 000 exploitations sont dans une situation financière très préoccupante. Le premier volet du plan d’urgence consiste donc à redonner de l’air aux trésoreries et ainsi éviter les faillites. Pour cela, le gouvernement entend indemniser le plus rapidement possible les pertes de récoltes. L’État va abonder à hauteur de 520 millions d’euros le fonds d’indemnisation de solidarité nationale (ISN), qui se déclenche au-delà d’un certain seuil de pertes pour les agriculteurs assurés ou non. Selon le ministère de l’Agriculture, il devrait bénéficier en grande partie aux prairies et au maraîchage.
Enveloppe à la charge des préfets
Grâce à des procédures simplifiées et accélérées, les premières indemnisations devraient être versées dès le mois d’octobre, précise l’entourage de la ministre. Les exploitations les plus touchées vont également se voir accorder un dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti, qui est à payer avant le 15 octobre. Coût estimé pour les finances publiques : 330 millions d’euros.
Le second volet du plan d’urgence concerne la remise en production dans les semaines et mois à venir. « Nous devons nous assurer que nous ne perdrons pas d’animaux (lire par ailleurs), que les semis seront bien réalisés pour l’an prochain, car il en va de notre souveraineté agricole et de la pérennité de toute la chaîne économique », a insisté Annie Genevard. La ministre a annoncé la création d’un fonds de « réarmement agricole » doté de 235 millions d’euros destinés à l’achat de semences, d’engrais, d’aliment pour animaux ou toute autre dépense nécessaire à la reprise de l’activité ou à la reconstruction après les incendies. Les préfets auront la charge de distribuer cette enveloppe en fonction des besoins locaux. Ils rencontreront pour cela les organisations professionnelles « dès la semaine prochaine », a précisé Annie Genevard.
À tout cela s’ajoutent la prise en charge des cotisations sociales pour 20 millions d’euros, la prolongation de l’aide à l’achat d’engrais azotés jusqu’au 31 décembre (38 millions d’euros pour le budget français) et la prolongation de l’aide de 15 ct/l pour l’achat de gazole non routier jusqu’au 30 octobre (53 millions d’euros par mois).
« Pas à la hauteur »
Très attendues par le monde agricole, ces annonces ont été jugées décevantes par l’ensemble des syndicats. « Elles ne sont pas à la hauteur de l’ambition », a réagi Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA. Le premier syndicat agricole, qui a chiffré les pertes autour de 10 milliards d’euros, estime les besoins à « au moins 2 milliards » et « n’exclut pas des actions syndicales ». Même chose chez son allié Jeunes Agriculteurs, qui « consultera son réseau ces prochains jours pour déterminer quelle réaction réserver à ce plan » qu’il juge « insuffisant ». Le syndicat des moins de 40 ans, allié historique de la FNSEA, regrette notamment que les jeunes soient « les grands oubliés de ce plan alors qu’ils disposent des trésoreries les plus fragiles et qu’ils portent les investissements les plus importants. »
De son côté, la Confédération Paysanne, qui réclamait une aide directe de 5000 euros par ferme, fustige un « plan scandaleux » qui va « laisser sur le carreau 4 fermes sur 5 » et annonce qu’elle « appellera les paysans à la mobilisation ». « Évidemment qu’il y aura des mobilisations », prédit également François Walraet, secrétaire général de la Coordination Rurale. « Un milliard d’euros pour 10 milliards d’euros de perte, le compte n’y est pas », estime ce dernier. « Il est temps de s’atteler sérieusement à repenser notre modèle agricole », poursuit le responsable syndical. Ce sera l’objet du plan de relance agricole annoncé par le Premier ministre, qui doit être présenté dans les semaines à venir.
D’où viendra l’argent ?
En cette période de restrictions budgétaires, où le ministère de l’Agriculture a-t-il trouvé un peu plus d’un milliard « d’argent frais », ainsi que l’a qualifié la ministre Annie Genevard, lors de la présentation de son plan vendredi devant la presse ? « Dans ce contexte budgétaire très serré, c’est la solidarité de tous les Français qui s’exprime », a-t-elle répété à plusieurs reprises. Renseignements pris auprès de son entourage, il s’avère qu’un peu plus de 200 millions d’euros proviennent de crédits gelés du ministère de l’Agriculture, que Bercy a dégelés.
Le reste sera « financé par des économies nouvelles dans le budget 2026 », indique le cabinet de David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics. Comprendre : de l’argent pris sur les budgets d’autres ministères. Des dépenses prévues pour cette fin d’année seront donc annulées ou gelées. Lesquelles ? On ne le sait pas encore. « Les mesures d’économies seront prises dans les prochains jours », ajoute le cabinet de David Amiel. À suivre, donc.


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