Le 2 juin 2026 se sont tenues les 2ème Assises du muscle, au ministère de la Santé, organisées par l’Institut de myologie, centre d’expertise sur le muscle, et l’AFM-Téléthon. Objectif : faire reconnaître le muscle comme enjeu de santé publique et inscrire la santé musculaire au cœur des politiques publiques.

En partenariat avec Destination Santé - 11 juin 2026 à 12:00 - Temps de lecture :

  • Le muscle est un organe majeur à tous les âges de la vie, bien au-delà des fonctions motrices. Il interagit avec d’autres organes et joue un rôle transversal majeur. Un muscle en bonne santé lutte contre les maladies cardiovasculaires et respiratoires chroniques, les maladies métaboliques (obésité, diabète), les troubles anxieux et dépressifs, les récidives de cancer, le risque de chute, la perte d’autonomie, les maladies neurodégénératives….Photo Adobe Stock

    Le muscle est un organe majeur à tous les âges de la vie, bien au-delà des fonctions motrices. Il interagit avec d’autres organes et joue un rôle transversal majeur. Un muscle en bonne santé lutte contre les maladies cardiovasculaires et respiratoires chroniques, les maladies métaboliques (obésité, diabète), les troubles anxieux et dépressifs, les récidives de cancer, le risque de chute, la perte d’autonomie, les maladies neurodégénératives….

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  • Malgré cela, le muscle reste un organe de salles de sport, laissé pour compte dans les cabinets médicaux et les bilans de santé.Photo Adobe Stock

    Malgré cela, le muscle reste un organe de salles de sport, laissé pour compte dans les cabinets médicaux et les bilans de santé.

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Le muscle est un organe majeur à tous les âges de la vie, bien au-delà des fonctions motrices. Il interagit avec d’autres organes et joue un rôle transversal majeur. Un muscle en bonne santé lutte contre les maladies cardiovasculaires et respiratoires chroniques, les maladies métaboliques (obésité, diabète), les troubles anxieux et dépressifs, les récidives de cancer, le risque de chute, la perte d’autonomie, les maladies neurodégénératives….

Malgré cela, le muscle reste un organe de salles de sport, laissé pour compte dans les cabinets médicaux et les bilans de santé. Entretien avec le Pr. Fabrice Chrétien, directeur de la stratégie scientifique de l’Institut de myologie.

Du 1er au 7 juin se teanait la Semaine du Muscle organisée par l’AFM-Téléthon et l’Institut de myologie. Pourquoi est-il important de sensibiliser le grand public à la santé musculaire ?

Fabrice Chrétien : « Durant très longtemps la santé musculaire a été le parent pauvre de la neurologie. Il est pourtant un organe capital, l’organe de tous les superlatifs : 40 % du poids du corps, plus de 600 muscles, organe le plus vascularisé avec une très forte capacité de régénération… Mais il n’a pas de discipline médicale et scientifique. Le muscle est donc resté une sous-spécialité de la neurologie car il existe, en effet, de nombreuses maladies neuromusculaires, près de 400. Mais on sait aujourd’hui que le muscle est important pour de nombreux autres organes avec lesquels il interagit. C’est pourquoi il est si important en cancérologie, en psychiatrie, dans les maladies chroniques… Pour nous, il y a une discipline transversale à bâtir, la myologie. »

C’est vrai que quand on pense muscle, on pense esthétique, culturisme, salle de sport… On ne pense pas vraiment santé.

« Oui, alors que préserver le capital musculaire est un énorme enjeu de santé publique. Pourtant la majorité des personnes de plus de 50 ans ne veulent pas aller à la salle de sport parce qu’ils ne veulent pas faire de body building. Mais en ne faisant pas d’activité physique, on fragilise son cœur, on fait le lit des maladies métaboliques. C’est pourquoi j’insiste sur la notion d’organe. Le muscle n’est pas seulement quelque chose qui fait bouger le squelette, c’est un organe à part entière avec d’innombrables fonctions. On sait qu’il faut prendre soin de son cerveau, de son cœur, mais le muscle, non, on ne le sait pas. »

Par quels mécanismes agit-il sur la santé globale ?

« Le muscle est l’organe le plus vascularisé, il est donc un grand consommateur de sang. Quand il est stimulé, cet organe a beaucoup plus de besoins en énergie, en afflux sanguin et en nutriments pour fonctionner. En faisant cela, il devient une énorme réserve de sucre et de graisse (il réduit ainsi le niveau de sucre dans le sang et limite le stockage de graisse dans d’autres organes comme le foie où ce stockage est nuisible, ndlr), il stocke les nutriments, il stimule la contraction cardiaque et interagit positivement avec les poumons pour répondre aux besoins en oxygène.

Quand il est stimulé, il joue aussi un rôle endocrine, c’est-à-dire qu’il fabrique des hormones, des petites molécules qui s’appellent des myokines et qui sont un cocktail de jouvence pour tous les autres organes. Elles luttent contre les démences. Associées aux endorphines, elles protègent contre le déclin cognitif, elles procurent un sentiment de bien-être. Elles stimulent le métabolisme, renforcent le système immunitaire et participent à la santé globale, notamment celle du foie et du cœur. »

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La diminution de la masse musculaire débute naturellement à l’âge de 30 ans. Comment faire pour l’empêcher ?

« Le muscle est un capital. Lorsqu’il disparaît, cette disparition est irrémédiable. Mais il est totalement dépendant du niveau de sollicitation dont il fait l’objet. Si elle n’est pas utilisée, la réserve musculaire disparaît et c’est irrémédiable.

Mais en l’entretenant et le stimulant régulièrement, on peut maintenir en vie toutes les cellules musculaires. Il y a trois niveaux de stimulation :

  • les mouvements de la vie quotidienne : se lever régulièrement, prendre les escaliers, bouger permet à la machine de conserver un régime de base ;
  • l’activité physique, comme la marche à pied deux à trois fois par semaine, permet de développer encore un peu plus ses capacités ;
  • le sport un peu plus intensif permet de stimuler les muscles jusqu’à atteindre la réserve et c’est un gros bonus.

Le muscle non stimulé disparaît assez rapidement et ne revient plus ensuite. L’entretenir par une activité graduée pour vraiment préserver le capital. »

Sinon, c’est la sarcopénie qui s’installe ?

« Oui, la sarcopénie c’est la perte du muscle. Et une fois qu’on a perdu les fibres musculaires, c’est trop tard. On ne sait pas les reconstruire. Une personne qui souffre de sarcopénie présente un risque accru de chutes, de fractures et de perte d’autonomie. »

Les femmes en périménopause et ménopausées sont-elles plus à risque de perte musculaire ?

« La ménopause à proprement parler ne fait pas perdre spécifiquement du muscle qui n’est pas hormonosensible. Mais la ménopause fait progresser la masse adipeuse et stimuler la masse musculaire à la ménopause permet de lutter contre cette masse adipeuse. Cela permet aussi de lutter contre l’ostéoporose, la perte calcique au niveau de l’os, qui est l’un des principaux fléaux de la ménopause. Le muscle met en mouvement les os, elle les étire et les stimule. Et un os stimulé, c’est un os qui est plus dur et plus solide. La bonne santé musculaire, l’activité physique a un effet bénéfique sur tout le squelette et permet, de ce fait, de lutter contre l’ostéoporose. »

Outre une stimulation régulière du muscle, vous plaidez aussi pour une mesure en routine des capacités musculaires.

« Oui. Il est important de mesurer sa capacité musculaire avec des exercices de routine. D’ailleurs, des études récentes montrent que la force qu’on a dans les mains, la force de préhension, est un excellent indicateur de survie et de santé globale. Et elle est très facile à mesurer avec des ergomètres. Ce serait déjà un pas énorme que la force de préhension et la santé musculaire soient abordées en consultation avec le médecin généraliste.

A terme, à l’Institut de myologie, nous visons, via des études objectives, la création d’un corpus d’indicateurs simples qui permettra de connaître la masse musculaire perdue, la force de préhension des patients… Il s’agirait d’outils simples à disposition de tous les professionnels de santé, médecins, infirmiers, pharmaciens, même des patients eux-mêmes ! »

Quels sont vos autres objectifs principaux ?

« On défend une communication, une formation et un enseignement auprès des professionnels de santé autour du muscle, via un corpus national de connaissances solides. Nous militons aussi pour l’intégration de la santé musculaire dans les bilans de santé notamment ceux proposés aux âges clés de la vie. »

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