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Le Collège des médecins et chirurgiens de la Colombie-Britannique demande une injonction permanente afin d’empêcher le fondateur populaire d’un service en ligne de « soins personnalisés contre le cancer et d'oncologie de précision » d’évaluer des patients et de prodiguer des conseils médicaux.
Une requête déposée cette semaine à la Cour suprême de la province affirme qu’Alexander Rolland enfreint la réglementation provinciale en matière de santé avec ses activités dans le cadre de Cancer Treatment Options and Management (CTOAM).
La requête affirme que, pris dans son ensemble, le site d’Alexander Rolland ainsi qu’une chaîne YouTube où il se présente comme The Cancer Guy insinuent que lui et ses collègues sont capables ou disposés à exercer des activités qui ne peuvent être fournies que par un professionnel de la santé réglementé.
La requête allègue que ces personnes ont des activités qui relèvent du champ d’exercice de la médecine ou qui sont des activités restreintes, comme le diagnostic, l’évaluation de l’état de santé des patients, la recommandation et la gestion des traitements, la prévention des maladies, les conseils en matière de santé physique et la conception de régimes thérapeutiques.

Le Collège des médecins et chirurgiens de la Colombie-Britannique demande une injonction permanente contre le fondateur de CTOAM, connu en ligne sous le nom de Cancer Guy. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Timothé Matte-Bergeron
Alexander Rolland n’a pas répondu à cette requête.
Lors d’un appel téléphonique avec CBC, la cofondatrice de CTOAM, Michelle Morand, assure que l’entreprise n'a pas reçu les documents judiciaires.
Alors qu’elle est nommée dans la requête, Michelle Morand dit que l’entreprise ne fait rien de mal.
Nous ne traitons pas et nous ne prescrivons pas. Nous aidons simplement les gens à accéder à des choses que le système de santé ne leur fournit pas, et nous le faisons depuis 15 ans. Tous les deux ans environ, le Collège des médecins et chirurgiens de la Colombie-Britannique vient se plaindre.
Elle ajoute qu’il n’y a aucune preuve selon laquelle nous traitons ou prescrivons [des médicaments], cela n’arrive tout simplement pas.
Ce que nous faisons, c’est un nombre considérable de diagnostics, puis un travail de plaidoyer intense auprès des patients pour que leurs médecins puissent leur proposer des technologies et des traitements plus récents.
Appui au système
Selon une trousse média en ligne, Alexander Rolland est titulaire d'un baccalauréat en sciences de l'Université de Victoria et d’un doctorat en génétique médicale du laboratoire Terry Fox de Vancouver.
CTOAM est décrit comme une entreprise privée qui agit comme appui au sein du système de santé traditionnel afin d'améliorer la qualité des soins reçus par les patients atteints de cancer.
On peut également lire que les contraintes budgétaires et de temps au sein du système de santé signifient que les médecins passent à côté des dernières avancées en matière de nouvelles méthodes de diagnostic et de traitements efficaces.
En résumé, le CTOAM fait le lien entre la recherche de pointe sur le cancer et les soins de première ligne. Notre objectif est de rendre notre propre rôle superflu.
Or, le Collège affirme qu’Alexander Rolland a outrepassé les limites, jouant un rôle central dans le suivi des plans de traitement et la recommandation de traitements aux clients, décrits comme des patients dans les rapports partagés avec les médecins.

En 2021, la Société canadienne du cancer a inauguré un nouveau centre de prévention et de soutien à Vancouver, qui combine hébergement de patients et recherche.
Photo : Radio-Canada
La requête affirme que l’homme a fourni des opinions à ses clients sur le fait que leur cancer puisse se propager ou sur des aspects de leur cancer qui devraient les préoccuper, ou non.
Selon les documents judiciaires, les services de CTOAM vont de 2000 à 20 000 $.
La requête affirme que les clients doivent payer à l’avance et qu’ils sont encouragés à créer des pages GoFundMe.
En plus de ces frais, si les clients doivent payer de leur poche les médicaments recommandés […] un client peut débourser jusqu’à 10 000 $ supplémentaires par mois.
Deuxième avis
Selon leurs biographies en ligne, certains consultants de CTOAM sont autorisés à pratiquer la médecine dans d'autres endroits, mais la requête assure qu'il leur est interdit de donner des conseils médicaux en Colombie-Britannique à moins d'être autorisés à exercer dans cette province.
La requête est appuyée par des déclarations sous serment de deux oncologues de BC Cancer qui affirment avoir des patients ayant sollicité un deuxième avis auprès de CTOAM.
Le Dr Adam Fundytus dit qu’un patient atteint d’un cancer du cerveau a reçu un rapport de CTOAM lui ayant coûté 25 000 $. Ce rapport recommandait un médicament qui n'en était qu'à la première phase des essais cliniques et qui n'aurait pas été pris en charge par BC Cancer.
Dans une correspondance avec Alexander Rolland, le Dr Fundytus écrit : La présentation du rapport est très injuste envers les personnes ayant un faible niveau de connaissances scientifiques, et la force des recommandations est quelque peu discordante par rapport à la qualité des preuves fournies dans le rapport.
Dans une réponse attribuée à Alexander Rolland, ce dernier aurait mentionné le fait que des Canadiens vont à l'étranger pour des traitements cancéreux qu’ils ne peuvent obtenir au Canada.
Peut-être pouvez-vous me répondre […] pensez-vous que l’un des objectifs d’une équipe soignante devrait être d’informer le patient sur les traitements disponibles, même s’ils ne sont pas proposés localement? Qu’en serait-il si c’était un membre de votre famille?
Le Dr Fundytus affirme que son patient a demandé à changer d’oncologue, et que ce patient est actuellement en soins palliatifs.
Changement d'oncologue
Un autre oncologue, le Dr Richard Gagnon, affirme qu’une patiente ayant un cancer de l’ovaire a eu un deuxième avis de CTOAM, qui s'opposait à un médicament prometteur alors en cours d'approbation par Santé Canada. Cela aurait endommagé leur relation thérapeutique.
La conversation qui a suivi a été longue et la patiente A et son conjoint étaient très frustrés. Ils m'ont dit qu'ils ne savaient pas à qui faire confiance compte tenu des informations contradictoires qu'ils recevaient [...] et ils m'ont accusé de retarder un traitement efficace à cause de la bureaucratie.
Le Dr Gagnon affirme que CTOAM a recommandé des examens et des analyses inutiles sans rencontrer la patiente en personne et assure qu’il n’a jamais parlé directement avec CTOAM.
Michelle Morand a déclaré à CBC que CTOAM est très clair avec ses clients sur les services disponibles.
Chaque patient signe un formulaire stipulant que ces gens ne sont pas oncologues, qu'ils ne me soignent pas, qu'ils ne me prescriront rien et que mon médecin n'est même pas obligé de consulter leur rapport s'il ne le souhaite pas.
Les patients sont très bien informés, mais ils signent aussi le même document qui stipule "je veux connaître toutes mes options et je suis prêt à voyager si nécessaire, ou encore, je suis prêt à payer moi-même mes médicaments ou à participer à un essai clinique", ajoute-t-elle.
Ce sont des personnes condamnées qui veulent tout faire pour prolonger leur vie et avoir de meilleures perspectives [...] Et la science peut faire beaucoup plus pour elles que notre système de santé dans presque tous les cas, affirme Michelle Morand.
Aucune de ces allégations n’a été prouvée en Cour.
Avec les informations de Jason Proctor


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